pinterest

mercredi 11 août 2021

FEMMES : MON UNIQUE VIATIQUE

FEMMES : MON UNIQUE VIATIQUE

 

Voyez passer, mesdames, l’astre de vos vingt ans !

Il tournoie au-dessus des combles d’infortune,

Emu de vous voir délaisser, une à une,

Les précieuses reliques que patine le temps.

 

Ecoutez-les chanter, ces amants emmurés

De disgracieuses fièvres, ces ténors théatins

Dont les grimes jadis amusaient les catins,

Les niaises pucelles sermonnées du curé !

 

Mesdames, vous en souvient-il, des aubes

Profanées de noceurs rentrant quand point matin ?

Qui vous a accoutré de soie, de fragiles satins ;

Vous que l’oubli pénètre, que le passé engobe ?

 

Je vous ai rêvées au moelleux baldaquin ;

Imaginées sans autres, au pal de l’impossible ;

Mes yeux se voulurent, en ces désirs cessibles,

Uniques guides de vos lourds brodequins,

 

Puisqu’au rigaudon, ou en tarentelle, vous sûtes

Ajuster vos palmes enchanteresses au ballet

Des mutines de cours s’en venant déballer

Du licencieux charme, sous la coiffe hirsute,

 

Le galbe des naïades au filet de l’entrisme…

Aurais-je de plain-pied accédé au palier

Des caméristes piégées du vieil atelier :

Ce sinistre appentis défait d’allocentrisme ?

 

Laissez, mesdames, aux heures de réminiscence,

Les pesantes minutes de la remembrance !

L’illusoire est un puits où stagne l’insolence

Au vide de clichés de mortes exigences…

 

J’effeuille, chaque jour, avant que de me lier

A vos désordres flous, le livre de vos noces_

Si tant est qu’elles en soient… l’adosse,

Est à ce point fragile, qu’il faille du palier,

 

Enjamber l’entresol… de ces marches bancales,

Aux stables gémonies de vos rétrocessions,

J’avoue parfois m’y perdre, noué de componction…

Pourtant, mesdames, j’aimerais faire escale

 

Au tertre de vos nuits blanches, bâcher encor

De cette sénescence encordant votre affect,

Des cicatricules roidissant la béance suspecte,

En la porosité de cet aguichant corps :

 

Vous pûtes le préserver de prévarications

Trop tôt administrées de goguenards nonces,

Ces narquois anoblis que les rituels poncent

Au blême jour flouté de transsubstantiation.  

 

Il me faudra, mesdames, sous de clairs auspices,

Atteindre du conceptuel du Ready-made trompeur

Les hideuses trouvailles que l’esthète dompteur

Déprécie et sans mal… afin que, seuls, au précipice

 

Où se noient les galants de gentilhommerie,

L’amour en estocade tous mes songes déchus,

Avant d’une claymore, percer ma peau bréchue

Civilisée des reines de courtisanerie…

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 10 août 2021

ACICULAIRES RONCES

ACICULAIRES RONCES

 

Je me suis griffé au hallier de la vie,

En voulant m’approcher du jardin des délices ;

Que n’aurais-je donné, derrière les canisses,

Pour mieux apercevoir du plaisir, l’exuvie !

Hélas ! aux nuits sans lune, aux solstices,

Il n’y avait désormais, entre les interstices,

Que douleurs… au malheur qui sévit.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

EPÎTRE A MARGOT Pierre Choderlos de Laclos

EPÎTRE A MARGOT


Pourquoi craindrais-je de le dire ?
C'est Margot qui fixe mon goût :
Oui, Margot ! cela vous fait rire ?
Que fait le nom ? la chose est tout.
Margot n'a pas de la naissance
Les titres vains et fastueux ;
Ainsi que ses humbles aïeux,
Elle est encor dans l'indigence ;
Et pour l'esprit, quoique amoureux,
S'il faut dire ce que j'en pense,
À ses propos les plus heureux,
Je préférerais son silence.
Mais Margot a de si beaux yeux,
Qu'un seul de ses regards vaut mieux
Que fortune, esprit et naissance
Quoi ! dans ce monde singulier,
Triste jouet d'une chimère,
Pour apprendre qui me doit plaire,
Irai-je consulter d'Hozier ?
Non, l'aimable enfant de Cythère
Craint peu de se mésallier :
Souvent pour l'amoureux mystère,
Ce Dieu, dans ses goûts roturiers,
Donne le pas à la Bergère
Sur la Dame aux seize quartiers.
Eh ! qui sait ce qu'à ma maîtresse
Garde l'avenir incertain ?
Margot, encor dans sa jeunesse,
N'est qu'à sa première faiblesse,
Laissez-la devenir catin,
Bientôt, peut-être, le destin
La fera Marquise ou Comtesse ;
Joli minois, cœur libertin
Font bien des titres de noblesse.
Margot est pauvre, j'en conviens :
Qu'a-t-elle besoin de richesse ?
Doux appas et vive tendresse,
Ne sont-ce pas d'assez grands biens ?
Trésors d'amour ce sont les siens.
Des autres biens, qu'a-t-on à faire ?
Source de peine et d'embarras,
Qui veut en jouir, les altère,
Qui les garde, n'en jouit pas.
Ainsi, malgré l'erreur commune,
Margot me prouve chaque jour
Que sans naissance et sans fortune,
On peut être heureux en amour. [...]

 

Pierre Choderlos de Laclos

 

A TROP EPIER… ON S’OFFUSQUE PARFOIS

A TROP EPIER…

ON S’OFFUSQUE PARFOIS

 

J’ai vu marcher les reines de riches lupanars,

Les rombières frustrées de villages incultes ;

J’ai vu mûrir la mort au milieu d’insultes ;

Gésir des lendemains troublés du communard.

 

J’ai écouté chanter les amants de Fréhel :

Ces âmes passionnées dont Paris fait réserve ;

Les putains de bombance côtoyant les serves,

Avant que de mourir au fusain d'aquarelle.

 

J’ai pris les raccourcis de l’amant apeuré,

Les sous-bois où l’étrange étrangle la raison ;

Nu, sous le pédonculé, en la morte saison,

Mon profil décapait des coulpes de prieuré.

 

J’ai laissé ma dégaine de piètre revanchard

Boire aux sources taries de l’absoluité…

En l’apologétique _ que n’aurais-je douté ! _

Ai regardé mon double jouer les pleurnichards.

 

Quand la chair alouvie, comme désemparée,

Donnait ton à mes crocs, ma faconde dupait

Les chiennes de couvoir, ces fringantes poupées,

En un cri séducteur les venant perforer.

 

J’ai de notable mise, encarté à mes pages,

Un nouvel ex-libris aux fadasses dorures ;

Les mots qu’il m’en souvienne, accrurent

De l’idiome l’incessible avoir, et qu’encagent

Encor les bedonnants censeurs, de male rage,

Avant de clore du style l’efficace mouture.

 

Si je garde la main, ébaubi au sixain d’un tripot,

C’est que le temps m’angoisse… il pleut encor

Sur mes tristes dimanches, quand, à d’autres accords,

S’insèrent des musiques grisées de vains tempos.

 

Il me faut naître ailleurs, repousser de vos glaires,

L’amniotique coulée ! il me faut des silences,

Et pour parachever au for de ces muances,

Cette palinodie dont Mando ne se peut satisfaire.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 9 août 2021

SAINT-GERMAIN CHATTE ENCAVEE



SAINT-GERMAIN

CHATTE ENCAVEE

 

Les caves se sont tues, Boris Vian a rangé

Sa belle trompinette ; Juliette Greco est morte…

Il n’y a plus que poussière sous la porte ;

S’envolent les volutes venant ennuager

Ceux qui s’encanaillaient… du jeune, au plus âgé,

S’y venaient encaver… que l’alcool les emporte !

 

Saint-Germain pleure encor Sartre et De Beauvoir ;

Et de la rue Dauphine où l’amour décoiffait

Les vierges de passage, les tableaux de Buffet,

Le vice vient encoffrer l’imposant boulevard.

 

Cocteau s’y était laissé prendre, quand minuit

Dévoilait les chiennes essoufflées dont Paris

Garde encor empreintes, en faisant le pari

Que les grues maquillées s’y lasseraient d’ennui.

 

Montmartre, perché ex cathedra, épiait ces fous

Dont Trenet étrillait en ses suaves arias,

Le prétentieux galbe… mondaines et parias

S’illusionnaient sans mal quand l’audace bafoue

 

La morale princière, et que le jazz enfume au soir

Les couples possédés, se déhanchant sans crainte

De voir paraître au petit matin, des ruelles éteintes,

Les premiers ripeurs de la rue Tombe-Issoire.

 

Les Germanopratins rêvaient en d’autres lunes,

D’un espace quiet où les flottantes ombres

Ne pourraient s’accoter aux dissonances sombres

D’un orphéon de cacochymes, qu’aucune

Dame figée en la noblesse n’en défalque nombre.

 

Cluny s’est mise en deuil ; la Sorbonne elle,

Se gausse des déboires de la gent noctambule

S’en venant paître ici, en des conciliabules

Arrachant à l’ouïe aveux passionnels.

 

Quand montent des artères de l’Auxerrois,

Du dôme du Panthéon, de folles lallations,

Le poète et la chatte se font confession

Au creux du même lit où le plaisir est roi,

D’être les seuls amants glissés sous la paroi

D'un passé éthéré… fait de compromissions.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

COSETTE

COSETTE

 

Cosette, il fait nuit noire, et le puits est si loin…

Veux tu, en ces brumes encrées, sans crainte,

Me tenir la main… je le vois, la misère t’éreinte ;

Ton enfance prend l’eau, mais en l’aube qui point,

Ton ciel verra naître, en la félicité, des joies,

Des rires pleins, la beauté sans grimaces,

Ni ombres de détresse ; fallait-il que j’aimasse,

Pour enclore tes peines, aux larmes qui rougeoient !

 

Je te veux garder du mépris des trompeurs ;

Que j’aille des quémandes, éteindre les tisons !

Te garde douce enfant, loin de cet horizon

Où la tendresse se débilite, où la peur

Fait caprice en l’âme du plus faible… un monde

Moins cruel peut altérer la marche du manant ;

Au réceptacle des morts, se cogne, advenant,

Le cœur aux passibles défaites, et qu’inondent

Les pleurs de martyrs piégés de mistoufles ;

Cosette, mon enfant, ne suis point de ceux

Dont le verbe agrémente de propos poisseux,

L’engagement premier, si le mal l’essouffle.

 

Loin des Thénardier, il y a _ crois-moi !

Un berceau de jouvence, une oasis claire

D’où fusent des matins méconnus de l’éclair,

Si l’orage chahute la serve qui larmoie,

Que tonitruent les vents purgés du réceptif

Quelquefois violenté de compacts blizzards,

Désamorcés des tempêtes, au grand phare

D’océans étranglés du nostoc de récifs.

 

Cosette, ma main te fait invite, elle saura,

Du spleen, adoucir le fiel d’atrabile !

En ma maison, ceux qui tendent sébile,

Ont avant toi, trouvé d’un probe tutorat,

Douceur, attention… je ne veux, c’est ainsi !

M’en aller intestat… il est des déshérences,

En l’égoïsme nôtre, malgré les apparences,

Des dalles de margelle ; le temps les étrécit ;

Parfois, l’ivresse du possédé, conduit

Le réfractaire, à livrer à l’ouïe réceptive,

Conciliabule d'effusions attractives :

Douteux aveux, dont, hélas ! _ s’enduit

 

Le naïf… il voit les happelourdes,

Comme rubis de princes… pauvre sot !

N’est du gobe-mouche aveuglé au queusot,

Comme du biseauteur entenaillé de bourdes,

 

Point de fuites, si ce n’est en ces rixes,

Honnêteté de croire que Jean Valjean,

Devenu Madeleine, ne trompe pas ses gens…

Car de la valetaille émanent, quoique prolixes,

D’acceptables défenses… on se doit à soi-même,

Cosette, ma petite, comme aux autres… pourtant

Au preste renouveau, et quand tarit l’étang,

Les grenouilles acceptent sans broncher, même

 

Le simple ru où s’étirent les larves, après ponte ;

Vois-tu, la vie est un grimoire où se côtoient,

Déliés d’apparences, le prude et le matois,

Confondus en l’aisance, chahutés en la honte !

 

Serai pour toi, un père, un confident, un frère !

Tu ne m’appelleras pas… puisque je serai là,

Près de la cheminée, regardant çà et là,

Se distordre les flammes de ce rouge cratère.

 

Je n’ai pas eu de chance ; tu n’as point eu d’envies ;

Mes fêlures sont tiennes… tes rires seront mon mal,

Afin qu’il m’en souvienne, aux plombées hiémales,

De la mort à venir, comme nouvelle vie…

*

Cosette, l’existence te viendra courtiser,

Sous les traits d’un jeune homme déçu d’être,

Aux absences dantesques, solitaire, ou reître ;

C’est selon… il voudra de ton feu, attiser

 

Les brandons, pour voir se magnifier

De son amour pour toi, l’étrange gloriole

Dont se nimbent les rois, l’ouateuse auréole

Du sage en devenir… devras-tu t’y fier ?

 

Tu portes malgré ton âge, de pénibles douleurs

Au sein de ta beauté… n’étale pas, pour lui, Cosette,

Cet amoureux fragile, le ruban de rosette ;

L’espoir est un chemin de doutes et de leurres ;

 

Garde-t-en ! J’ai moi aussi, aimé… elle était

En mes yeux de servile sans bornes, rosière

De réserve… étais-je cette réserve ?... Fière,

A mon bras, comme toi, aujourd’hui, se vêtait

 

D’un sourire sans buée… j’ai savouré les heures,

Qu’ensembles, nous passions au Luxembourg…

Les fleurs s’ouvraient, pour du cœur-troubadour,

Le nôtre, accentuer cadence… quel bonheur !

 

Ne laisse les ombres entoiler tes soleils !

Il faudra en l’Ether, quand l’astre scintille,

Étendre le cordon dont se parent les filles,

Avant de pénétrer l’angoisse du sommeil !  

                                        Il est tard !

Couche toi mon enfant ! La chaleur de la lampe

Agrémente des nuits, quand siffle le passé,

La douceur cuprifère s’en venant trépasser

Au matin intrusif… endors-toi ! Je te baise la tempe.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021