Voyez passer, mesdames, l’astre de vos vingt ans !
Il tournoie au-dessus des combles d’infortune,
Emu de vous voir délaisser, une à une,
Les précieuses reliques que patine le temps.
Ecoutez-les chanter, ces amants emmurés
De disgracieuses fièvres, ces ténors théatins
Dont les grimes jadis amusaient les catins,
Les niaises pucelles sermonnées du curé !
Mesdames, vous en souvient-il, des aubes
Profanées de noceurs rentrant quand point matin ?
Qui vous a accoutré de soie, de fragiles satins ;
Vous que l’oubli pénètre, que le passé engobe ?
Je vous ai rêvées au moelleux baldaquin ;
Imaginées sans autres, au pal de l’impossible ;
Mes yeux se voulurent, en ces désirs cessibles,
Uniques guides de vos lourds brodequins,
Puisqu’au rigaudon, ou en tarentelle, vous sûtes
Ajuster vos palmes enchanteresses au ballet
Des mutines de cours s’en venant déballer
Du licencieux charme, sous la coiffe hirsute,
Le galbe des naïades au filet de l’entrisme…
Aurais-je de plain-pied accédé au palier
Des caméristes piégées du vieil atelier :
Ce sinistre appentis défait d’allocentrisme ?
Laissez, mesdames, aux heures de réminiscence,
Les pesantes minutes de la remembrance !
L’illusoire est un puits où stagne l’insolence
Au vide de clichés de mortes exigences…
J’effeuille, chaque jour, avant que de me lier
A vos désordres flous, le livre de vos noces_
Si tant est qu’elles en soient… l’adosse,
Est à ce point fragile, qu’il faille du palier,
Enjamber l’entresol… de ces marches bancales,
Aux stables gémonies de vos rétrocessions,
J’avoue parfois m’y perdre, noué de componction…
Pourtant, mesdames, j’aimerais faire escale
Au tertre de vos nuits blanches, bâcher encor
De cette sénescence encordant votre affect,
Des cicatricules roidissant la béance suspecte,
En la porosité de cet aguichant corps :
Vous pûtes le préserver de prévarications
Trop tôt administrées de goguenards nonces,
Ces narquois anoblis que les rituels poncent
Au blême jour flouté de transsubstantiation.
Il me faudra, mesdames, sous de clairs auspices,
Atteindre du conceptuel du Ready-made trompeur
Les hideuses trouvailles que l’esthète dompteur
Déprécie et sans mal… afin que, seuls, au
précipice
Où se noient les galants de gentilhommerie,
L’amour en estocade tous mes songes déchus,
Avant d’une claymore, percer ma peau bréchue
Civilisée des reines de courtisanerie…
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021





