( la lie de mon enfance)
De la rigole se mêlant aux cailloux, naissait
Une étrange rivière, un bassin où roulaient
Entre les grises pierres se laissant démouler,
D’agréables soufflées qui ne jamais cessaient.
De la vieille maison abritant mon enfance,
S’étiraient doucement les rais enchevêtrés
D’un soleil efficace, et que laissaient entrer
Les minces persiennes de l’alleu de Plaisance.
Périnelle, aux brumes éparpillées, s’ouvrait
Tel un écrin magnifiant du joyau la beauté ;
De flottantes senteurs de fruits éclatés,
Aspirés de l’oiseau se mussant de l’ivraie.
D’arômes tropicaux, de parfums frugifères,
Montaient d’autres fragrances, de ces sucs
Pénétrés d’olfactives mues, aux fétuques
Dressées pour exciter l’indiscret nasigère.
Mando, mon insolente doublure, pavanait
En ces lieux dont l’enfance accapare souvent
Le généreux espace que caressent les vents
Poussant sous sa peau de mutin nouveau-né.
Ebaubi au centre de ce verdoyant rêve, sifflait
Pour se mieux assurer du temps calamistré
Flattant de ses pigments le généreux attrait,
Et sans en obombrer la structure renflée.
La saveur des goyaves, des juteuses limettes ;
Ces allées où poussent les fragiles couronnes
De goûteux ananas arrimés en colonnes
Griffant sans mal l’arborescence palmette :
Voilà du beau jardin jouxtant de Saint-Pierre,
Le plaisant renouveau dont la campagne
Parachève l’esquisse, au pied de la montagne
Protégée du hallier piquant les paupières !
Des mangues, aux bananes, les tropiques
Il m’arrive de retenir de l’absence butée,
Quand parfois se dissolvent des larmes,
D’émotives chutes, d’aspirer de ce charme,
La puérile constance, et sans jamais douter.
Les jeux qu’il m’en souvienne rétorquent
De l’imaginaire l’impossible voyage, que jadis,
Mando, le solitaire que les ans alourdissent,
Faisait nus pieds sur la lande en remorque
De salves prises aux orages déchirant la flore,
De bruits sourds éparpillant la faune égarée,
De la tonitruance dont l’éclair se parait
Pour confondre des ides envahies de mucor,
L’exacte polymorphie baguée de mutations
Semblables aux cycles germés sous opercule…
J’aimais, à ces grimaces de rouge caroncule,
Confondre de Mando, chaque tentation…
Que n’aurais-je donné, quand Périnelle dorait
De sa belle vallée, le bedon de l’ubac,
Enjôler de promesses sonores, sous l’abaque,
Son cœur d’aventurière, en l’aurore moirée !
Comment mon double sût-il là, s’amarrer
Sans montre de fierté ? a-t-il, aux grandes marées,
Navigué sur la lame froissée d’un océan, d’un lac,
Pénétré les riches profondeurs dévoilées du marais ?
Reclus en ces douleurs aux affres dizygotes,
Nous nous sommes cognés aux murs épais,
Aux parois où l’enfant, calmement, se repaît…
Et du grand domaine des Marraud des Grottes,
De ductiles volutes ouataient de ma marotte,
Le gesticulaire dont l’âme hier, s’estampait.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021





