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mercredi 28 juillet 2021

PERINELLE… EN CES IDES ( la lie de mon enfance)

PERINELLE… EN CES IDES

( la lie de mon enfance)

 

De la rigole se mêlant aux cailloux, naissait

Une étrange rivière, un bassin où roulaient

Entre les grises pierres se laissant démouler,

D’agréables soufflées qui ne jamais cessaient.

 

De la vieille maison abritant mon enfance,

S’étiraient doucement les rais enchevêtrés

D’un soleil efficace, et que laissaient entrer

Les minces persiennes de l’alleu de Plaisance.

 

Périnelle, aux brumes éparpillées, s’ouvrait

Tel un écrin magnifiant du joyau la beauté ;

De flottantes senteurs de fruits éclatés,

Aspirés de l’oiseau se mussant de l’ivraie.

 

D’arômes tropicaux, de parfums frugifères,

Montaient d’autres fragrances, de ces sucs

Pénétrés d’olfactives mues, aux fétuques

Dressées pour exciter l’indiscret nasigère.

 

Mando, mon insolente doublure, pavanait

En ces lieux dont l’enfance accapare souvent

Le généreux espace que caressent les vents

Poussant sous sa peau de mutin nouveau-né.

 

Ebaubi au centre de ce verdoyant rêve, sifflait

Pour se mieux assurer du temps calamistré

Flattant de ses pigments le généreux attrait,

Et sans en obombrer la structure renflée.

 

La saveur des goyaves, des juteuses limettes ;

Ces allées où poussent les fragiles couronnes

De goûteux ananas arrimés en colonnes

Griffant sans mal l’arborescence palmette :

 

Voilà du beau jardin jouxtant de Saint-Pierre,

Le plaisant renouveau dont la campagne

Parachève l’esquisse, au pied de la montagne

Protégée du hallier piquant les paupières !


Des mangues, aux bananes, les tropiques 

En délaçaient ses éléments topiques...


Il m’arrive de retenir de l’absence butée,

Quand parfois se dissolvent des larmes,

D’émotives chutes, d’aspirer de ce charme,

La puérile constance, et sans jamais douter.

 

Les jeux qu’il m’en souvienne rétorquent

De l’imaginaire l’impossible voyage, que jadis,

Mando, le solitaire que les ans alourdissent,

Faisait nus pieds sur la lande en remorque

 

De salves prises aux orages déchirant la flore,

De bruits sourds éparpillant la faune égarée,

De la tonitruance dont l’éclair se parait

Pour confondre des ides envahies de mucor,

 

L’exacte polymorphie baguée de mutations

Semblables aux cycles germés sous opercule…

J’aimais, à ces grimaces de rouge caroncule,

Confondre de Mando, chaque tentation…

 

Que n’aurais-je donné, quand Périnelle dorait

De sa belle vallée, le bedon de l’ubac,

Enjôler de promesses sonores, sous l’abaque,

Son cœur d’aventurière, en l’aurore moirée !

Comment mon double sût-il là, s’amarrer

Sans montre de fierté ? a-t-il, aux grandes marées,

Navigué sur la lame froissée d’un océan, d’un lac,

Pénétré les riches profondeurs dévoilées du marais ?

 

Reclus en ces douleurs aux affres dizygotes,

Nous nous sommes cognés aux murs épais,

Aux parois où l’enfant, calmement, se repaît…

Et du grand domaine des Marraud des Grottes,

De ductiles volutes ouataient de ma marotte,

Le gesticulaire dont l’âme hier, s’estampait.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

JUIN Charles Leconte de Lisle

JUIN

Charles Leconte de Lisle

 

Les prés ont une odeur d’herbe verte et mouillée,
Un frais soleil pénètre en l’épaisseur des bois,
Toute chose étincelle, et la jeune feuillée
Et les nids palpitants s’éveillent à la fois.

Les cours d’eau diligents aux pentes des collines
Ruissellent, clairs et gais, sur la mousse et le thym ;
Ils chantent au milieu des buissons d’aubépines
Avec le vent rieur et l’oiseau du matin.

Les gazons sont tout pleins de voix harmonieuses,
L’aube fait un tapis de perles aux sentiers,
Et l’abeille, quittant les prochaines yeuses,
Suspend son aile d’or aux pâles églantiers.

Sous les saules ployants la vache lente et belle
Paît dans l’herbe abondante au bord des tièdes eaux ;
La joug n’a point encor courbé son cou rebelle,
Une rose vapeur emplit ses blonds naseaux.

Et par-delà le fleuve aux deux rives fleuries
Qui vers l’horizon bleu coule à travers les prés,
Le taureau mugissant, roi fougueux des prairies,
Hume l’air qui l’enivre, et bat ses flancs pourprés.

La Terre rit, confuse, à la vierge pareille
Qui d’un premier baiser frémit languissamment,
Et son œil est humide et sa joue est vermeille,
Et son âme a senti les lèvres de l’amant.

O rougeur, volupté de la Terre ravie !
Frissonnements des bois, souffles mystérieux !
Parfumez bien le cœur qui va goûter la vie,
Trempez-le dans la paix et la fraîcheur des cieux !

Assez tôt, tout baignés de larmes printanières,
Par essaims éperdus ses songes envolés
Iront brûler leur aile aux ardentes lumières
Des étés sans ombrage et des désirs troublés.

Alors inclinez-lui vos coupes de rosée,
O fleurs de son Printemps, Aube de ses beaux jours !
Et verse un flot de pourpre en son âme épuisée,
Soleil, divin Soleil de ses jeunes amours !

Charles Leconte de Lisle, 

mardi 27 juillet 2021

J’ARRIVE

J’ARRIVE

 

Ne t’en vas pas ; j’arrive !!!

Il a tant plu ce jour sur les berges grises ;

L’ondée fut à ma porte, comme insoumise ;

Ai fui de ses battées, sur l’autre rive,

Sa cruelle saucée… en aurai-je mainmise ?

Attends-moi… j’arrive !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

L’ASSASIN ASSASSINE Jean-Loup DABADIE

L’ASSASIN ASSASSINE

Jean-Loup DABADIE

(Paul Alain Leclerc) Composition

 

C'était un jour à la maison
Je voulais faire une chanson
D'amour peut-être
À côté de la fenêtre
Quelqu'un que j'aime et qui m'aimait
Lisait un livre de Giono
Et moi penché sur mon piano
Comme' sur un établi magique
J'essayais d'ajuster les mots
À ma musique

Le matin même, à la Santé
Un homme, un homme avait été
Exécuté
Et nous étions si tranquilles
Là, au cœur battant de la ville
C'était un' fin d'après-midi
À l'heure où les ombres fidèles
Sortant peu à peu de chez elles
Composent doucement la nuit
Comme' aujourd'hui

Ils sont venus à pas de loup
Ils lui ont dit d'un ton doux
C'est le jour, c'est l'heure
Ils les a regardés sans couleur
Il était à moitié nu
"Voulez-vous écrire une lettre?"
Il a dit "Oui" il a pas pu
Il a pris une cigarette

Sur mon travail tombait le soir
Mais les mots restaient dans le noir
Qu'on me pardonne
Mais on ne peut certains jours
Écrire des chansons d'amour
Alors j'ai fermé mon piano
Paroles et musique de personne
Et j'ai pensé à ce salaud
Au sang lavé sur le pavé
Par ses bourreaux
Je ne suis président de rien
Moi je ne suis qu'un musicien
Je le sais bien
Et je n'prends pas de pose
Pour dire seulement cette chose
Messieurs les assassins commencent
Oui, mais la société recommence
Le sang d'un condamné à mort
C'est du sang d'homme, c'en est encore
C'en est encore

Chacun son tour, ça n'est pas drôle
On lui donne deux, trois paroles
Et un peu d'alcool
On lui parle, on l'attache, on le cache
Dans la cour un grand dais noir
Protège sa mort des regards
Et puis ensuite, ça va très vite
Le temps que l'on vous décapite

Si je demande qu'on me permette
À la place d'une chanson
D'amour peut-être
De vous chanter un silence
C'est que ce souvenir me hante
Lorsque le couteau est tombé
Le crime a changé de côté
Ci-gît ce soir dans ma mémoire
Un assassin assassiné
Assassiné
Assassiné

 

Jean-Loup DABADIE


HYBRIDE SURVENANCE

HYBRIDE SURVENANCE

 

Sur la grande terrasse d’une villa cossue,

Une belle métisse savourait lentement,

De ces heures qui pointent vers l’issue,

D’ultimes rais d’un soleil d’agrément

Dardant de sa superbe, avant de disparaître

Dans le bleu horizon souffleté de vents chauds,

De bises économes, au soir s’en venant naître

Au creux de pâles villes bordées de maréchaux.

 

Cette douce créole à la peau tamarin, écoutait

Chanter sur la lagune, les sirènes livresques

Caletées d’un grimoire d’où parfois s’égouttaient

De frémissantes bruines au reflux gigantesque.

 

Elles avaient de longs doigts entre lesquels

Glissaient les harmonies d’un fictif clavecin

Dont Chopin pincerait l’allégorie triskèle,

En berçant de nocturnes de possibles sizains.

 

A son cou perlé de moites suées, les colliers

En cascades, flattaient de sa candeur, l’ingénuité

Dont s’imprègnent les sages damoiselles, au palier

Dont les rois tallent la discontinuité…

 

D’offensante lèvre, de farouches mimiques,

Plissaient de doutes de probables invites,

Entretissant des mots, l’idiome chimérique :

Ces translatoires slangs que le rhéteur évite.

 

Quand je la vis marcher sur l’antique barlongue,

Jadis empruntée de la bourgeoisie, j’eus peine

A retenir de l’ahanant souffle, la trop longue

Poussée… égaré, je le fus, en ces plaines

 

Chevauchées de hardis écuyers prêts à bouter

Le matamore dont nous parle Plaute :

Ce capitan crispé sous jaseran, jamais redouté

Du pauvre cacochyme, aux aurores pâlottes.

 

Quand je la vis pleurer de cristallines sources,

Déverser de diaphanes gangues diluées

Sur sa joue de mutine… là, s’arrêta ma course ;

Comment concevoir ce songe difflué ?

 

Moi qui n’avais d’yeux que pour sa profondeur ;

Je ne voyais _ hélas _ que rivière de larmes !

Mon cœur nu descellerait le fragile sondeur

Dont la systole vêt l’âme enquillée au charme.

 

Hétéroclites, ces formes pénétrant mon regard ;

Il me semblait que d’autres mécanismes

Infiltraient peu à peu, de l'œil trop hagard,

La princière visée… devenue, défaite d’attentisme,

Pochade de rigaudon emperlé de sophisme :

Canevas de ballets où seul, Lully s’égare.

 

En de trop fins délires accusant mon éveil,

Ai souvent délité strates de manigances,

Dont s’orne trop souvent le pesant sommeil

Ou clivé parfois les couches d’apparence,

 

Mais, jamais ne furent miennes ces traites

Où l’esclave, au pinacle des rustres, s’encloue

De soumissions ! si défié, en ces folles retraites,

Ai acquiescé confiant de ce grimage flou,

C’est que : pour les voiles que l’audace renfloue,

Serai prêt_ c’est vrai _ en quelque jour de fête

À confondre putains et nobles dames en quête

D’un plaisir pris au rets de bretteurs jaloux,

Et qu’éparpille la soif de trop brèves conquêtes !

 

Quand la femme ne peut dompter des pleurs

L’extravagante chute, soumise se fait au soir,

La chatterie pubère corrélée à la peur...

Redevenue enfant, sous le déversoir,

Gourgandine, gaupe de polissoire,

Défroisse des tourments, la stupeur,

Quand la gent ironise au lever d’ostensoir.

 

Métisse, mon vieux rêve écorché ; _ dis-moi

Que tu n’es de celles qui louvoient sans accords,

Au petit matin blême ! Je t’écoute ; parle-moi,

Que j’aie de la fragilité des roses en ce décor

Exacte mutation ! Si, ravi du galbe de ton corps,

Je confesse hardiesse, j’ai peur quand tu larmoies ;

Les miens souvenirs en ces deuils, n’atermoient ;

Pressés, voire oppressés, ils patinent mon moi

D’un inopportun seing… et encor, et encor… encor.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 26 juillet 2021

EAUX BLEUES DE LA CÔTE

EAUX BLEUES DE LA CÔTE

 

Entre les algues vertes et les coraux iodés,

La mer vient promener ses discrets remous ;

Elle chevauche les vagues, sans jamais éroder

La lame survolée du preste tinamou…

 

Aux crantages du madrépore, s’accrochent encor

Les miasmes poudreux chus de la puntarelle ;

Montent des fonds marins à l’unique décor,

Le farouche fretin, l’alevin, et qui, en saltarelle,

 

Tournoient en cet abysse où s’arrête le temps ;

La beauté retenue de l’écrin s’ouvrant calmement,

Apaise la faune marine, quand roule, haletant

Le reflux des marées poussées sous le gréement.

 

Naissent de la flore humide, de petites crossettes

Semblables aux boutures des jardins ouvriers ;

Parfois, quand le steamer longe de la croisette,

Les sublimes reflets, on regarde, amusé, briller

 

Par-dessus la goulotte, le soleil de juillet, ses spires,

Et qu’effleure la bise dont la moiteur cajole

L’océan mis en berne, comme pour rechampir

Du courant marin, les agréables geôles…

 

La mer, cet espace qu’emmurent les tempêtes,

Est un grand boulevard caressé de galiotes

Dont le rostre perturbe la cambrure replète ;

C’est aussi un bassin fractionné de sciotte

Taillant du polypier envahissant nos côtes,

L’épaisse pierraille allongée en carpette.  

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

MESAISE DE TROUVERE

MESAISE DE TROUVERE

 

Avec les yeux cernés, la lèvre appesantie,

La gorge annelée, le regard fuyant,

Ai fait mille pirouettes, peu à peu, effrayant

Mon pathogène double, ici-bas, converti

A mes déboires d’homme redevenu enfant :

Illusions du poète blessé du pragmatisme

De doctes : rhéteurs en montre d’attentisme,

Dont l’asocial, sans allégeance, pourfend

D’ombrageuses épithètes, l’ïambique mesure,

Afin d’en suturer de la béance pleine, l’influx…

Se peut-il en ces cosses privées de melliflu,

Que s’y accorasse encor la banale césure ?

 

Sur l’étrange butée, aux aurores livides,

Ma peau détrempée de revanchardes bruines,

Au cortège d’irascibles austers, à ces ruines,

Se laissa enjôler de muances gravides.

 

Avec de chaudes larmes, des rires bocardés,

Ai adjoint à ma rime d’élégiaque penseur,

Rivaroliennes brèves refoulées de censeurs

Dont La Rochefoucauld su jadis encorder

La fatale raideur au latent pessimisme

Dont jouissent aux décans, les lourdaudes

Joutes de conférenciers, dont les faraudes

Dupées _ on le serait à moins _ du sophisme

De prévaricateurs : nonces bouffis, vieux clercs

Bercés de dilatoires pompes de concussionnaires :

Compte à rebours dotant le munitionnaire,

Taclant le démuni attentif aux éclairs.

 

Avec d’autres ivresses, sans fard, ni explétif,

Ai donné aux mots vrais, le ton de l’accessible ;

Les songes ont aluné de mes grimes cessibles,

L’onirique percée ; l’oublieux s’en fera réceptif.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021