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lundi 3 juillet 2023

BADAUDERIE D’EMPRUNT

BADAUDERIE D’EMPRUNT

 

Tu fuis, désabusé, les côteaux de Frioul,

Les butes de l’Ombrie ; las, sans t’arrêter,

Jonché, de la plaine herbue, en l’été,

Les escarpes, d’où les brises roucoulent.

 

Tu marches sur les terres brûlées du Sertao,

Haletant, épuisé, au matin venant naître,

Se fane ton profil qui, hier, aux fenêtres,

Etoilait ta prestance libérée du chaos.

 

Aux sentes de Dogon, sublimées du poète,

S'attelaient à ta marche, d’agréables trottines ;

Le sable chaud des dunes aux primes matines,

Hâlait de ton teint blême, les notes indiscrètes.

 

Aux lacets de Zermatt, aux brumeuses soufflées,

L’helvétique colline offrait à tes yeux noirs;

De fines gouttelettes, en apex d'entonnoir :

Infimes bigarrures de poches renflées.

 

Aux nuits d’encre, quand hulotte la chouette,

De spectrales éclipses rongent des bordures,

Les molles entailles ; les bruines les suturent,

Au calme d'autres rais auréolant l’aigrette !

 

De Calvi, l’approche de Calenzana, à Conca,

Jusqu’au Porto Vecchio, affermit le marcheur ;

Sa randonnée adorne, en la douce fraîcheur,

L’étrange houppelande, semblable à l’abaca.

 

Tu aimerais te perdre à Aguas Calientes,

Voir le Machu Picchu ; puis, d’Ollantaytambo,

Ouïr battre le cœur de Cuzco déparé de lambeaux,

Comme ragaillardi aux frimes oscillantes…

 

Si je porte, dès l’éveil, et sans les dévoiler,

Baume à tes cicatrices, c’est pour taire, parfois,

Aux mille souvenirs, aux gerces de grands froids,

La rudesse de l’exil : ce sombre mausolée.

 

Alors… comme toi,


Je pérégrine, sous de clairs horizons :

Anamorphes segments de malléables terres

Désenclavées de mortifères chues, de délétères

Oukases de retors édiles empaumés d’oraisons.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

DIAPHANES COULEES

DIAPHANES COULEES

 

Les eaux calmes de Baïkal promènent au matin,

La douce nonchalance des réserves liquides ;

Translucide cuvette que les risées dérident,

Riche aquamanile aux reflets diamantins

 

Y frémissent, parfois, d’ondulantes pincées :

Fragiles gouttelettes aux vents, éparpillées ;

L’hiver pose en son lit, et pour l’en habiller,

De ductiles caresses dérobées aux saucées.

 

Le Nyassa Malawi aux éclats azurés, prolonge

De la plaine, en l’écho des ventées, l’empreinte

De fonds clairs, dont les cichlides teintent

L’évaporeuse niche enserrant les éponges.  

 

La vallée du grand Rift enlace ses bordures,

Tressant sur sa barlongue, d’alcalines chutes,

Au tourbillon de l’onde qui s’y percute,

Sans craindre du gramen, l’intense évidure.

 

Majestueux lac du Tanganyika : frontière

Entre la Tanzanie, la Zambie, ces contrées

Jouxtant le Burundi, côtoyant, et de près,

Le Congo voisin, son ami… oui, son frère !

 

Quand ton cristal dessoude, aux tornades vaquées,

La peau de l'hydrique nappe, l’étrange revient

S’accoupler, avec grâce, au souffle abymien

De ces terres lointaines dérivées, hors des quais.

 

O Huron : lac Supérieur du nord de l’Amérique,

Toi, que les Iroquois massacrèrent sans peine ;

Toi que les infidèles bannirent des plaines,

Regarde s’approcher ces suppôts amnésiques,

 

Ces chercheurs repentis au leurre de l’histoire !

Ne se peuvent dompter de minables poudrées ;

Eux qu’emmurent les sables d’impossibles adrets,

Que la beauté encerne de rites attentatoires.

 

Ce lac, mon lac : immense Victoria, riche vasque

Pointée d’astres nouveaux… immensité solvable

D’un cosmos effeuillé, en ses rives palpables ;

Comme il me plaît, sans comptines tarasques,

 

De chanter ton ivresse… du Kenya cuprifère,

 Aux serres d’Ouganda, la rebelle nilotique ;

Victoria, envoûtante, ô combien ! mon distique

Entoile de tes plaintes, les reflux aquifères.

 

Vous, onduleuses avenues, messagères lacustres,

Vous bohêmes escales de mes rêves tronqués,

Faites-moi accéder _ j’aimerais embarquer 

Au nid de vos fuites !...  Céans, poser au balustre,

Ma dégaine rompue… et, au ton de l’illustre,

Humecter l’aquarelle de ces toiles croquées.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

dimanche 2 juillet 2023

ETRANGE MAROUFLAGE

ETRANGE MAROUFLAGE

 

La maison défraîchie devient une ruine ;

Sa voûte dégarnie s’écaille, à vue d'œil ;

Oserait-on, aux frissonnantes bruines,

Agencer les grêlons entassés à son seuil ?

 

Ne reste en ce mas privé de gouttières,

Traces de l'enfance bercée de clapotis…

Mes rires dilués perçaient de l'archière,

Le noyau … sous le vieil appentis.

 

De l'entrée, au minuscule linteau,

Le fronton bâillait sous la poutrelle ;

J'y accrochais mon imposant manteau,

Madeleine, elle, sa mante, son ombrelle.

 

L'odeur des confitures, l'arôme des sauces,

Traversaient du couloir, les épaisses murettes ;

J'en humais, déjà, aux lueurs précoces

Les substantifiques sucs : quintessence de luette.

 

Désormais, les primes souvenirs, projettent

De l’absence, sans retenues aucunes,

Leurs visions ganguées… Aux miasmes d'aigrette,

S’y accolent au soir, mes plates infortunes

 

Les pépites grisées aux reflux trépassés…

Lors, sombrent, des rais discourtois, l’orbe bleu

De cette adolescence : astres compressés,

Et jours pleins, qu’évincent d’autres jeux.

 

Tout est gris… sans nuances ; l'escalier s'enfuit

Des combles oubliés en l'âpreté du temps…

Même l'eau de l'orage s'exhale du puits ;

Tout est blême, glapit... au dernier battant

 

Des fenêtres ; Madeleine y guettait,

Du frêle damoiseau, l'altière silhouette…

Où êtes-vous pirouettes indomptées,

Mutines cabrioles ? Sous quel ciel, l'alouette

 

Nage-t-elle sans joie ? De dispendieuses noces,

Aux mornes ordalies, s'étirent l’innocence,

Les fièvres floutées, les désirs précoces :

Inénarrables contes aux clameurs intenses.

 

Madeleine a vieilli devant la cheminée ;

Y tisonnent les pleurs des serves démunies,

En l'amour éventré de lames acuminées

D'amants entenaillés de songes désunis.

 

J'essaie parfois, aux pérégrinations,

De me faire échevin d'impossibles édits ;

Longeant en ménestrel, le pont de nations

Clivées aux remembrances… sans dédit.

 

Avec force conviction, je m’applique

A lier aux accords de la félicité

De solubles portées, des musiques

Ignorées de donzelles, jadis plébiscitées

 

De céladons à l'armure trop claire

Pour calmer la soif, toute l'anadypsie…

Aimerais, la nuit, pour vous plaire,

Sevrer leur vie recluse...  en autarcie...

 

En l'embrasure chichement consumée

De râles plaintifs, je ramone l'histoire,

Ecure sa faconde, et, pour, au mois de mai,

Saluer du printemps, le règne absolutoire.

 

Au sortir du lit, je traîne élégamment,

Ma cambrure troublée de parhélies…

Est-ce toi Margot, pleurant secrètement,

Le reflet de ces doutes dont l'oubli me délie ?


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

DECHOIR AUX AUBES CLAIRES

DECHOIR AUX AUBES CLAIRES

 

Une tête est tombée… un roi a succombé…

Elle ne fut pas en reste, l’Autrichienne

Morcelée par la haine d’âmes cabochiennes,

Dépecée de l’animadversion de l’esprit plombé.

 

La mort, ce fourre-tout, en quille sur vos bermes,

A grimé le monarque, apostasié sa foi…

Il a fait marchandage, du faîte du beffroi,

Aux pousses contrefaites, aux répulsifs germes

 

De rites séculiers, d’observances formelles,

Pour en assujettir le zélateur bouffi : ce bigot

Cadenassé de prêches insufflés au cagot,

Verrouillé de sermons, de litanies gémelles.

 

Un royaume n’est plus… la cour fera bombance,

Qui du roi, de la serve ; qui du prince, du palefrin

Au cercle de ce mouroir, se laissera, sans freins,

Divertir des loges de la Parque, sans ganse !

 

Sera-ce, en ce jour endeuillé, aux solstices,

Que s’allieront nobliaux, écuyers, blasonnés :

Ces damoiseaux stériles, à jamais soupçonnés

De la vieille garde ! épiés, d’autres interstices,

 

Le preste gentilhomme, le vaillant duelliste,

Se feront accolade, en croisant le fer… altiers,

Souverains… avançant au son de luthiers

Acclamés de la gent pour le moins affairiste.

 

Aux mires du mol achalandage, les vivres

Redonneront sourire aux vassaux : feudataires

Aux portes de suzeraineté ; pliés en acrotère,

Tel le socle au fronton d’un lupanar de vouivres.

 

Le Dauphin sera roi… l’infante, séduite, rougira,

Gauche, en ses brodequins ; affectueuse Manon

D’un couvent désœuvré, qui, au son du canon,

Egrènera neuvaines… advienne que pourra !

 

Au taffetas brodé de fringants baldaquins,

Putains et caméristes se feront marquises ;

Engrossées au soir, et avant l’heure exquise,

D’un lovelace, glissé sous leur chaud casaquin.

 

Les curés, ces nonces assiégés d’indignes confesses,

Supplieront la madone aux vertus d’un carmel

N’ayant point vu le jour… rutilantes mamelles,

Et pelucheux poitrails, sublimeront la fesse,

 

Sans qu’il leur soit permis d’accéder, aux laudes,

Aux rudes gémonies de la contrition…

Bien fol, qui s’y fiera !!! devant tant d’imprécations,

Le clerc affolé parafera l’ouvrage que, penaudes,

 

Salueront les reines bafouées : de ces cornades,

Les cocufiées, sans montre de parcimonie,

Agrémenteront, en de nouveaux salons, sans déni :

Insipides causeries, palabres bien trop fades,

 

Pour du fastidieux, redorer la constance…

Aux nuits de tarentelles, aux rigaudons d’artistes,

Les bernaches poudrées : ces tenaces suivistes,

Déhancheront, pour plaire, et avec insistance.

 

Les sages embaqués à ce jeu de croupes, diront : _

Callipyges sirènes enarbrées d’énergie, oyez

De l’agonie de ces pâles catins, ces dévoyées,

Le maupiteux râle ! … certes, nous le publierons

 

Aux générations futures… les scribes, dont Boileau

Alimente cortège, vexeront les plus tendres :

Ces plumes avachies, ces copistes de cendres,

Emportés de bourrasques émiettées sur l’eau

 

D’océans délacés de tropiques contrées… feront,

En ces métamorphoses baguées d’irrationnel,

Epithètes pour, de la poétique, en ce traditionnel,

Anoblir langage, et du barde, griffé sous l’éperon,

 

Aseptiser, tel le clephte déchu, le sabir moqueur

De livresques prosopopées, aux diurnes fontes

Du frileux accessoire qu’Aristote, et sans honte,

Accole aux images sublimées sans rancœur.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

samedi 1 juillet 2023

INEXPLORABLES FONTIERES INEXPLOITABLES CONFINS

INEXPLORABLES FONTIERES

INEXPLOITABLES CONFINS

 

Aux frontières du mal, s’écalent nos humeurs ;

Aculés, insolvables : l’homme vit, quand il meurt

Aux mensonges faciles, aux tromperies notoires :

Fallacieux discours, gestes ostentatoires.

 

Aux frontières du vice, s’amenuisent l’envie,

Le besoin d’aliéner à la mort, la vraie vie ;

Se diluent chimères, et illusions d’amants

Piégés sous le pont de ces corps en aimants,

Que l’audace nomme : FEMMES ; ces poupées

Habiles, voire adextres, nous voulant découper.

 

Aux frontières de l’enfance, s’encapent les folies

D’un monde sursitaire, un cosmos ramolli,

Où traînent des noceurs empourprés de vices,

De fringants libertins affriolés d’auspices.

Salivent à l’idée de pétuner la nuit, de noyer,

En l’alcool, leurs remords, et sans atermoyer ;

Déçus, dégorgés du babil d’ères embryonnaires,

Ponctionnés des primes lallations… scissionnaires.

 

Aux frontières du savoir, s’étiolent les mots :

Hier, noble langage ; céans, obsolescents fermaux  

Posés au conclusif d’inadaptables phrases :

Borborygmes drapés d’inutiles emphases ;

On voit, aux trottes de l’érudit, le seing

D’un axiome qui, parfois, en l’adage assassin,

Berne la sémantique, la lexicologie : synchronie

Mue en la stylistique riche d’orthophonie.

 

Aux frontières de l’espoir, s’essouffle l’attente :

Ces souhaits pétris d’expectative, et qu’enfante

La présomption… n’est en ces lunes pleines ; hélas !

Nulle variante : version, que le trouble n’efface ;

J’imagine mon double féal : altier sigisbée

Au bras d’une égérie : muséale ondine inhibée,

Freudienne, à qui l’amour, aux traverses liées,

Refuse allégeance… repoussée, jusqu’à mon palier.

 

Aux frontières de tendres élégies, se dénouent

De chagrines portées ; tristes, à deux genoux,

Implorent, aux perméables stances, souvent,

L’idéologue, le théoricien, aspirant de l’auvent,

L’idéale clarté, la fulgurance d'un soleil,

Aux flammèches dégourdies de sommeil…

 

Aux frontières de ma plume, se dissolvent encor,

D’exceptionnelles rimes, sans l’orgueil du décor

Contrefaisant, l’intense catachrèse : métaphore

Boudée du concis de cénacle, qui, de l’amphore,

Hume l’uvale teinte, la râpeuse lie… dommage !

Se peut-il, aux griseries lunaires, sans damage,

Qu’il piétinât l’ombre de l’autosuffisance,

Qu’il damât le profil de captieuses aisances !?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023