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vendredi 11 mars 2022

RUPESTRE EBAUCHE

RUPESTRE EBAUCHE

 

J’ai tant bâti de tours, châteaux et fiefs,

Écroulés depuis… me suis recroquevillé,

Déçu de ceux qui, me faisant griefs,

Dupaient la gent à leurs mots, chevillée.

Se fanent mes esquisses ; ai des ébauches

Écaillées sur trépied… mon fusain a pâli :

Charbon en poussière en l’encoche

D’un style, d'errements vexés de l’hallali.

 

Ai vu choir des femmes liées aux mépris,

Aux médisances lestées de persiflages ;

Au caniveau des larmes, me suis pris

Au soir pour elles; aux mêmes plages,

S’accotaient nos pas en la cadence

Rythmée du ressac de ces vagues,

Dont le sel clair fuit la pulvérulence

De froids sillons que la lame élague.

 

Mes mots vrais, mon verbe vitupérateur

Se cognent aux silences oints de solitude,

De souvenirs pris au filin rétenteur

Des sirènes de l’ombre… en séducteur,

J’arpente l'allée du désir ; l’altitude

Me sied bien ! Aussi, sans changer d’attitude,

Ni rompre du sabir l’acronyme agioteur,

J'effleure le vide pénétré de moiteur,

L’apathique affect voilé de rectitude.

 

S’enflent les croûtes,  les funestes teintes :

Picturales lézardes de nus illusoires ;

L'odalisque se joue de ces subtiles feintes

D’amants floués de joutes dérisoires.

 

Je vois déchoir les dryades bouffies,

Les vestales de boudoirs enfumés :

Larvaires mues retrempées de défis,

Violentées d’annonces embrumées.

 

En ornemaniste, je cisèle la courbe,

Retouche la hanche, élague le pubis

Ouaté d’un duvet qu' embourbent

L'insolence, les fadasses blandices.


Comme le panneleur, je pose le maillet

Aux revêches cuisses : entrejambe poudrée

De muses alanguies, d’égéries taillées

Pour nymphe devenir, quand le madré

Ayant pour pochoir l'œil dilettante,

Pince de l’ondine l’aréole cuivrée,

Pourlèche du sein chaud, l'adragante

Gonflée de sucs et de sève poivrée.

 

Rupestres ébauches, fades auréoles,

D'un Cézanne amoureux de la vie,

Impressionnistes au faîte de gloriole,

Purgent encor d’agréables lavis,

Le ton immergé sous l'atoll...


Je les veux posséder, donner au diptyque

Cireuse surface d’où glisse le stylet

Agrémenté de ponces de la stylistique :

Rhétorique magnifiée… il me plait

De la  faire trôner en la littérature

Faite pour elle, en montre de respect…

L'obséquiosité en trahit son concept mature,

L’abstrait en solennise l’altérable toupet.

 

En caricaturiste, j’égrène des lubies,

L’immodeste vacance… pugnace,

Au bord de matins gris, ma pensée ébaubie

Dépèce de l’anamnèse, la fiévreuse audace.

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

jeudi 10 mars 2022

INEXACTE MOUTURE



                      INEXACTE MOUTURE

Il y avait des fruits ; je les voulais cueillir ;

J’aurais pu décimer l'arbre de janvier…

Nul obstacle ne peut être ici-bas, obvié,

Ni placé en amont d’ombres à assaillir !

 

Il y a des jardins, de généreux courtils ;

Les vents en caressent le frêle mantelet

Aux belles livrées épiées du roitelet :

Duveteux drapés aux rhizomes fertiles.

 

Il y a des lacs posés entre les berges

S’y amoitissent d’éphémères bises ;

La bernache parfois, pour lâcher prise,

Pose grâce repue de trop d’alberges.

 

J’ai vu aux nuits de l’automne venteux,

Plier le fin roseau entre les folles ronces,

Le sombre fourré ; la broussaille le ponce,

Avant d’en élaguer l’herbage duveteux.

 

L'insecte surpris du halo du Phoebus

Vole la nuit au-dessus des cuves

Mitraillées de bruines supplantées en l’étuve

De nos terres ridées de cumulo-nimbus.

 

S'il y est des filles en devenir de femmes,

Créatures dont le sein prometteur

Souffle à la lippe étarquée en tuteur,

Rutilante douceur agrémentée de flammes,

L'amour fera escale loin des mots menteurs.

 

Que n’aurais-je donné pour lier la soif

Entenaillant les nuits du marin égaré

Sur la lame frisée qu'écalent les marées

Chahutées de poudrin, et que zéphyr encoiffe !

 

Il y a tant d’espace en mon rêve clos,

De continuum en ce fonds homogène ;

S’éclatent peu à peu les pointes conigènes

Griffant de ma vacance les espoirs forclos.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

INSOLENTE PARERE

INSOLENTE PARERE

 

Nos pensées portent au loin, et sans mal,

L’enfance désœuvrée, l’adolescence brève ;

Elle fuit la mémoire qui lentement achève

De notre devenir le reflux optimal.

 

Nos songes défenestrent des nuits la fadeur,

Naviguant au matin sur l’onde crêpelée ;

Ils tracent des cavées le plaintif chapelet

Qu’égrène le sommeil accablé de lourdeur.

 

Nos spleens amplifient de la dense mémoire,

L’esprit des saisons gauchies du bibelot

Posé au froid ubac éveillé des grelots

Secoués au nord de l’âpre désespoir.

 

Puisqu’il faut des tares taire l’altération,

Il faut aussi des mots éteindre l’aspérité ;

Si ma plume accuse encor sincérité,

Ma faconde en lie l’étrange mutation.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

samedi 19 février 2022

RECREATION

RECREATION

 

Fleurissent les roses du parc de Gladioles,

S’épanouissent aux vents ses glaïeuls,

Sans s’offrir au nectar de fioles,

Gardant empreintes d’un habile aïeul

 

Dont la plume fit naître, au détour de l’ïambe,

L’altière scansion ramenant de son île,

La spumescente nappe que les flux enjambent,

Et qu’entoilent les rimes d’Antoine de Gentile.

 

Au soir de l’étrange bohème, chaque fille

Suspendue au filin de musarde,

Au sommeil dont les pauses s’enquillent,

Cloue des rais en canevas des bardes.

 

De l’oubli des tares, à la ressouvenance,

S’éparpille la gent affolée de me voir

Au miroir figé de peines, d’indulgences :

Pénéplaine à dix lieues du couvoir

 

De la harengère enlacée de fièvres

Toxémiques, en l’équanimité de l’âme

Affectée de résipiscences qui de la lèvre,

Aux mots crus, refoule l’épigramme.

 

J'ois au balcon de vos larmes, seul,

A la contrescarpe des châteaux de paille,

Les cris désaccordés remontés de l’éteule,

D’amants au socle de subtiles batailles :

 

Enamourés grisés de froids ébats, nus,

Sous bruines perlées au ciel d’avril,

De la nue vaporeuse, vidée de contenu

Sans s’en faire, au ventre du bouvril.


Que ne l’aurais-je tu, moi qui, de l’imaginative,

Loue délicatesse, autant qu’il m’en permette !

De l’idiomatique cloître, fatalement s’activent,

Des mots emporte-pièces dont l’aura s’émiette,

 

Soufflée d’antagonisme, huée d’antilogie…

Lors, j’offre, quand Villon l’admoneste,

Réceptacle au flou polymorphe ; j’en régis,

Et sans parcimonie, l’usuraire queste

 

Dérivée du pochoir de babil, slang

De clephte de faubourg, nervi de margaille…

S’encavent mes idées, quand tangue

La stylistique du trop-plein d’entrailles...

 

Laissez-moi revenir au printemps de Ronsard,

Aux romances d’Alphonse de Lamartine,

Accuserai pour vous, sans nuance, ni fard,

Aigrelettes pipées, vespérales mâtines,

Sans m’accorer au dédain de mutines

Enjôlées d’impostures, de sourires blafards !


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022