L’INSOLENSE D’AIMER
Naissent en ce doux printemps, à l'aube
Où s'ouvre la rose de suaves senteurs,
De nouvelles fragrances ; germent en la moiteur
L'éclosion du jour, des bulbilles qu'enrobent
En la tiédeur d'avril les vents de Provence,
Mistral, Tramontane : vaporeuses brises…
L'adolescence y trace d’autres cicatrices
Aux assoiffés d'aventures, d'errance…
*
Elle a la prestance des muséales nymphes,
L'attrait des gouaches de Marie Laurencin…
Sa peau hâlée sublimant du dessin
L'esquisse expurgée de la lymphe.
Arrogant, fier, lui, porte en ces rondes
La contenance de l'âme sans attaches :
Irrévérencieuse estime du lâche
Bagué de vices en pleutre immonde ;
L'aura du pusillanime, ô combien,
Dupe du citadin la componction,
En niant de la vie ces désaffections
Sevrées de quintessence… grand bien
Lui fasse ! Calife sans l'être, se voulait
Prestigieux dandy de la dame,
Sabreur sur le froid macadam
Talé de taulières, d'ivrognes, de valets.
A ses yeux, semble victorieux ;
Aimerait à son bras, sous l'ombrelle,
Arpenter les charmilles plus belles,
Poser à son cou d'amant mystérieux,
Son souffle… ouïr en ces parcours
Des musiques ivres du pépiement
De l'ibis moqueur, ses tremblements
Aux plaintes d'autres discours.
A-t-elle de ces désirs attouché
L’onirique parvis ? peut-elle
Avant le petit jour, se lier les ailes,
Au poteau d'un répressif bûcher ?
En d'intrusives joutes, éclate du miroir,
Le tain de l'inconfort, l’artefact ;
Taclant des lois, l'édit censurant l'acte :
Codicille de pompeux accessoire,
Protocolaires fiefs tannés à tort,
D’amants de nos livres d'images :
Dont Shakespeare étoile de présages,
D'évidentes promesses au décor
Cambré en arceau de la félicité…
Faudra des pages... lignes à noircir
Pour offrir au bonheur, sans forcir
Mansuétude, et sans démériter,
La dimension, l'insolence d'aimer,
Du paraître; puis, d'un pas :
L'appréhension de l'ego sous appât:
Empyreume bâti à jamais sublimé.
Serions-nous simplement du beffroi,
Dépouilles d'une mort annoncée,
Spectres en devenir au Schéol agencé
De casuistes, de grincheux pisse-froid ?
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022