Bonsoir ! la route était mauvaise ;
J’aurais dû emprunter d’autres raccourcis,
Sillonner des vallées, les bermes étrécies,
Avancer sur les plaines dépourvues de glaise.
J’ai fait le plein de rêves, et sans parcimonie,
Embrassé de l’attente, les fiévreux courtils ;
Serai-je en ces soifs, en quête d’une autre île,
Pour clamper à ma joie, et sans cérémonie,
La douceur de ta peau, ce galbe satiné
Dont mes mains font quémande ! se peut-il,
Que l’envie altère mes besoins… que cette île
Si proche, et si lointaine, soit _ douce vahiné,
L’atrophie d’un songe emperlé d’amertume,
L’athrepsie de nos amours naissantes ?
L’oubli ne peut atteindre en sa rage mutante,
Le désir dont me coiffent les ineptes coutumes
Vaque d’improbité, en vexants stellionats ;
Il faut en haranguer en de subtiles joutes,
Les premières mues dégorgées des déroutes
Entretissant nos peines serties de jaconas.
*
Bonsoir ! la nuit fut malsaine, l’aube plaintive ;
Se mouraient à mes pieds, l’empreinte nue,
L’effigie d’ombres arguant, trotte-menu,
Les bordures du vide aux nuances craintives.
Pour palier à l’angoisse du présent incertain,
Je cloue de moite lèvre ta purpurine lippe ;
Laisse-moi me griffer, loin des tristes nippes,
De l’injuste musarde du miroir sans tain !
De ton ventre crayeux, à ma moite bouche,
Flottent d’ambitieux baisers… ils écorchent
De ma rude balèvre, au boucan de la torche,
Les fines ridules que le plaisir attouche.
Fais-moi l’amour, sans fixer de nos peines
L’inutile pinacle ! le tissu de ma peau
Eveillera de ta chair alanguie le tempo
Brisant de la maldonne, la faillite soudaine.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022