Avant de devenir un jardin de délices,
Une belle oasis au centre d’Outre-lieu,
Ma terre se dressait au col du précipice
Où se meurent encor les miasmes suiffeux.
Avant de s’accoutrer de condamnables rides,
De se farder au soir de l’horrible fuchsine,
Elle dormait au ventre d’un désert aride
Dont s’éveillent les dunes aux lunes assassines.
Avant de rassurer péons et fermiers
Offensés d’ingrates saisons, de tempêtes
Troublant jusqu’aux décans premiers,
Elle déracinait les puantes népètes.
Avant de s’ouvrir en l’aube diaphane,
Aux jours pénétrés d’hétéroclites lueurs,
Elle suivait du lac les frisures profanes,
Du ruisseau, chaque relent pollueur.
Avant de s’éveiller en l’aurore cuivrée,
De s’étirer du lit des froides rivières,
Elle avait su nouer la désolante ivraie,
Fagoter un peu plus l’envahissant lierre.
Quand je me suis penché pour boire
A son douzil, le liquoreux breuvage,
A mes lèvres gercées, en des ides ivoires,
Naquirent des mots anoblissant les pages.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022