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vendredi 14 janvier 2022

TRÈS LOIN DÉJÀ

TRÈS LOIN DÉJÀ


Avant de devenir un jardin de délices,

Une belle oasis au centre d’Outre-lieu,

Ma terre se dressait au col du précipice

Où se meurent encor les miasmes suiffeux.

Avant de s’accoutrer de condamnables rides,

De se farder au soir de l’horrible fuchsine,

Elle dormait au ventre d’un désert aride

Dont s’éveillent les dunes aux lunes assassines.


Avant de rassurer péons et fermiers

Offensés d’ingrates saisons, de tempêtes

Troublant jusqu’aux décans premiers,

Elle déracinait les puantes népètes.


Avant de s’ouvrir en l’aube diaphane,

Aux jours pénétrés d’hétéroclites lueurs,

Elle suivait du lac les frisures profanes,

Du ruisseau, chaque relent pollueur.


Avant de s’éveiller en l’aurore cuivrée,

De s’étirer du lit des froides rivières,

Elle avait su nouer la désolante ivraie,

Fagoter un peu plus l’envahissant lierre.

Quand je me suis penché pour boire

A son douzil, le liquoreux breuvage,

A mes lèvres gercées, en des ides ivoires,

Naquirent des mots anoblissant les pages.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022