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mercredi 11 août 2021

NECESSAIRE MUTISME

NECESSAIRE MUTISME

 

Scellez vos confidences d’un acide baiser,

Que j’y voie l’amertume amplifier l’effet !

De vos conciliabules, vos agréments surfaits,

S’évaporent des mots me voulant embraser…

Je vous savais distante, rétive quelquefois ;

Plus docile aux nuits d’encre, sans lune,

Qu’au jour poudré de poussières falunes

Peu à peu absorbées du souffle des grands froids.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

ECRIN-POUBELLE

ECRIN-POUBELLE

 

Les vallées bitumées défigurent nos champs ;

Nos océans se meurent sous le goudron…

Plus de feuilles au beau rhododendron,

Ni d’épines aux roses, au soleil couchant.

 

Les rivières émargent de leur lit, asséchées ;

S’étranglent le ruisseau, sous la charmille ;

Les pluies ont éventré les infimes ramilles,

Et de l’arbre vieilli, l’écorce s’est détachée.

 

Au bruissement d’ailes de l’oiseau des cimes,

S’éteignent de froids matins, emperlés

D’acidifiante rosée ; là, s’en viennent déferler,

De l’ubac jauni, l’adret sans spires, sublimes,

Au temps jadis, d'autres saucées d’abîme,

Des reflux de mélasse, en cet azur grêlé…

 

Ne gèle plus l’étang de l’hivernale morgue ;

Le douzil des fontaines a perdu son éclat ;

Sera-ce en ces nuits d’encre, que tonnera le glas,

S’enfuiront les lunes bafouées de la sorgue ?

 

Pleurant complaintes devant la cheminée,

Verrai mourir des comptines, les ritournelles,

Monodiques reprises, parfois, ribambelles,

Au tercet de sonnets, de quatrains sublimés.

 

En désossant les ponts de la musarde,

Les hommes ont foulé, au cœur du renouveau,

Les primes facéties du garnement des vaux

Escaladés en un laiteux printemps , et que farde

L’absence ivre de sépia, sans hardes,

Ni ballerines... nue, aliénée au caveau

Sis aux ténèbres viciées, pour du biveau,

Nier le métrage noyé sous la faucarde…

 

Plaintives ressouvenances de nuits floutées,

Décélérez le mal dont je m'argue parfois,

Malgré moi_ c’est ainsi !... Du levis, au beffroi,

Ma vaillance s’étiole… qui pourrait en douter !?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

FEMMES : MON UNIQUE VIATIQUE

FEMMES : MON UNIQUE VIATIQUE

 

Voyez passer, mesdames, l’astre de vos vingt ans !

Il tournoie au-dessus des combles d’infortune,

Emu de vous voir délaisser, une à une,

Les précieuses reliques que patine le temps.

 

Ecoutez-les chanter, ces amants emmurés

De disgracieuses fièvres, ces ténors théatins

Dont les grimes jadis amusaient les catins,

Les niaises pucelles sermonnées du curé !

 

Mesdames, vous en souvient-il, des aubes

Profanées de noceurs rentrant quand point matin ?

Qui vous a accoutré de soie, de fragiles satins ;

Vous que l’oubli pénètre, que le passé engobe ?

 

Je vous ai rêvées au moelleux baldaquin ;

Imaginées sans autres, au pal de l’impossible ;

Mes yeux se voulurent, en ces désirs cessibles,

Uniques guides de vos lourds brodequins,

 

Puisqu’au rigaudon, ou en tarentelle, vous sûtes

Ajuster vos palmes enchanteresses au ballet

Des mutines de cours s’en venant déballer

Du licencieux charme, sous la coiffe hirsute,

 

Le galbe des naïades au filet de l’entrisme…

Aurais-je de plain-pied accédé au palier

Des caméristes piégées du vieil atelier :

Ce sinistre appentis défait d’allocentrisme ?

 

Laissez, mesdames, aux heures de réminiscence,

Les pesantes minutes de la remembrance !

L’illusoire est un puits où stagne l’insolence

Au vide de clichés de mortes exigences…

 

J’effeuille, chaque jour, avant que de me lier

A vos désordres flous, le livre de vos noces_

Si tant est qu’elles en soient… l’adosse,

Est à ce point fragile, qu’il faille du palier,

 

Enjamber l’entresol… de ces marches bancales,

Aux stables gémonies de vos rétrocessions,

J’avoue parfois m’y perdre, noué de componction…

Pourtant, mesdames, j’aimerais faire escale

 

Au tertre de vos nuits blanches, bâcher encor

De cette sénescence encordant votre affect,

Des cicatricules roidissant la béance suspecte,

En la porosité de cet aguichant corps :

 

Vous pûtes le préserver de prévarications

Trop tôt administrées de goguenards nonces,

Ces narquois anoblis que les rituels poncent

Au blême jour flouté de transsubstantiation.  

 

Il me faudra, mesdames, sous de clairs auspices,

Atteindre du conceptuel du Ready-made trompeur

Les hideuses trouvailles que l’esthète dompteur

Déprécie et sans mal… afin que, seuls, au précipice

 

Où se noient les galants de gentilhommerie,

L’amour en estocade tous mes songes déchus,

Avant d’une claymore, percer ma peau bréchue

Civilisée des reines de courtisanerie…

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 10 août 2021

ACICULAIRES RONCES

ACICULAIRES RONCES

 

Je me suis griffé au hallier de la vie,

En voulant m’approcher du jardin des délices ;

Que n’aurais-je donné, derrière les canisses,

Pour mieux apercevoir du plaisir, l’exuvie !

Hélas ! aux nuits sans lune, aux solstices,

Il n’y avait désormais, entre les interstices,

Que douleurs… au malheur qui sévit.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

EPÎTRE A MARGOT Pierre Choderlos de Laclos

EPÎTRE A MARGOT


Pourquoi craindrais-je de le dire ?
C'est Margot qui fixe mon goût :
Oui, Margot ! cela vous fait rire ?
Que fait le nom ? la chose est tout.
Margot n'a pas de la naissance
Les titres vains et fastueux ;
Ainsi que ses humbles aïeux,
Elle est encor dans l'indigence ;
Et pour l'esprit, quoique amoureux,
S'il faut dire ce que j'en pense,
À ses propos les plus heureux,
Je préférerais son silence.
Mais Margot a de si beaux yeux,
Qu'un seul de ses regards vaut mieux
Que fortune, esprit et naissance
Quoi ! dans ce monde singulier,
Triste jouet d'une chimère,
Pour apprendre qui me doit plaire,
Irai-je consulter d'Hozier ?
Non, l'aimable enfant de Cythère
Craint peu de se mésallier :
Souvent pour l'amoureux mystère,
Ce Dieu, dans ses goûts roturiers,
Donne le pas à la Bergère
Sur la Dame aux seize quartiers.
Eh ! qui sait ce qu'à ma maîtresse
Garde l'avenir incertain ?
Margot, encor dans sa jeunesse,
N'est qu'à sa première faiblesse,
Laissez-la devenir catin,
Bientôt, peut-être, le destin
La fera Marquise ou Comtesse ;
Joli minois, cœur libertin
Font bien des titres de noblesse.
Margot est pauvre, j'en conviens :
Qu'a-t-elle besoin de richesse ?
Doux appas et vive tendresse,
Ne sont-ce pas d'assez grands biens ?
Trésors d'amour ce sont les siens.
Des autres biens, qu'a-t-on à faire ?
Source de peine et d'embarras,
Qui veut en jouir, les altère,
Qui les garde, n'en jouit pas.
Ainsi, malgré l'erreur commune,
Margot me prouve chaque jour
Que sans naissance et sans fortune,
On peut être heureux en amour. [...]

 

Pierre Choderlos de Laclos

 

A TROP EPIER… ON S’OFFUSQUE PARFOIS

A TROP EPIER…

ON S’OFFUSQUE PARFOIS

 

J’ai vu marcher les reines de riches lupanars,

Les rombières frustrées de villages incultes ;

J’ai vu mûrir la mort au milieu d’insultes ;

Gésir des lendemains troublés du communard.

 

J’ai écouté chanter les amants de Fréhel :

Ces âmes passionnées dont Paris fait réserve ;

Les putains de bombance côtoyant les serves,

Avant que de mourir au fusain d'aquarelle.

 

J’ai pris les raccourcis de l’amant apeuré,

Les sous-bois où l’étrange étrangle la raison ;

Nu, sous le pédonculé, en la morte saison,

Mon profil décapait des coulpes de prieuré.

 

J’ai laissé ma dégaine de piètre revanchard

Boire aux sources taries de l’absoluité…

En l’apologétique _ que n’aurais-je douté ! _

Ai regardé mon double jouer les pleurnichards.

 

Quand la chair alouvie, comme désemparée,

Donnait ton à mes crocs, ma faconde dupait

Les chiennes de couvoir, ces fringantes poupées,

En un cri séducteur les venant perforer.

 

J’ai de notable mise, encarté à mes pages,

Un nouvel ex-libris aux fadasses dorures ;

Les mots qu’il m’en souvienne, accrurent

De l’idiome l’incessible avoir, et qu’encagent

Encor les bedonnants censeurs, de male rage,

Avant de clore du style l’efficace mouture.

 

Si je garde la main, ébaubi au sixain d’un tripot,

C’est que le temps m’angoisse… il pleut encor

Sur mes tristes dimanches, quand, à d’autres accords,

S’insèrent des musiques grisées de vains tempos.

 

Il me faut naître ailleurs, repousser de vos glaires,

L’amniotique coulée ! il me faut des silences,

Et pour parachever au for de ces muances,

Cette palinodie dont Mando ne se peut satisfaire.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 9 août 2021

SAINT-GERMAIN CHATTE ENCAVEE



SAINT-GERMAIN

CHATTE ENCAVEE

 

Les caves se sont tues, Boris Vian a rangé

Sa belle trompinette ; Juliette Greco est morte…

Il n’y a plus que poussière sous la porte ;

S’envolent les volutes venant ennuager

Ceux qui s’encanaillaient… du jeune, au plus âgé,

S’y venaient encaver… que l’alcool les emporte !

 

Saint-Germain pleure encor Sartre et De Beauvoir ;

Et de la rue Dauphine où l’amour décoiffait

Les vierges de passage, les tableaux de Buffet,

Le vice vient encoffrer l’imposant boulevard.

 

Cocteau s’y était laissé prendre, quand minuit

Dévoilait les chiennes essoufflées dont Paris

Garde encor empreintes, en faisant le pari

Que les grues maquillées s’y lasseraient d’ennui.

 

Montmartre, perché ex cathedra, épiait ces fous

Dont Trenet étrillait en ses suaves arias,

Le prétentieux galbe… mondaines et parias

S’illusionnaient sans mal quand l’audace bafoue

 

La morale princière, et que le jazz enfume au soir

Les couples possédés, se déhanchant sans crainte

De voir paraître au petit matin, des ruelles éteintes,

Les premiers ripeurs de la rue Tombe-Issoire.

 

Les Germanopratins rêvaient en d’autres lunes,

D’un espace quiet où les flottantes ombres

Ne pourraient s’accoter aux dissonances sombres

D’un orphéon de cacochymes, qu’aucune

Dame figée en la noblesse n’en défalque nombre.

 

Cluny s’est mise en deuil ; la Sorbonne elle,

Se gausse des déboires de la gent noctambule

S’en venant paître ici, en des conciliabules

Arrachant à l’ouïe aveux passionnels.

 

Quand montent des artères de l’Auxerrois,

Du dôme du Panthéon, de folles lallations,

Le poète et la chatte se font confession

Au creux du même lit où le plaisir est roi,

D’être les seuls amants glissés sous la paroi

D'un passé éthéré… fait de compromissions.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021