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jeudi 5 août 2021

EMOTIONS LAMINEES

EMOTIONS LAMINEES

 

Quand s’étirent les jours, se prolongent les nuits,

L’absence vient emmurer de mes songes dociles,

L’onirique support… s’y promènent, graciles,

Les filles captives d'offenses méconnues de l’ennui,

Enfiévrées d’hédonisme, de prétentions fragiles.

 

Quand la tissulaire trame, ce subéreux piège

Se déploie en mes lunes, je me couche, vaincu

De ces trop lourds clichés où l’enfance a vécu,

Enjuguée du mensonge des grands ; y siège

La peur du retenir… bradée à moindre écu.

 

Se faut-il rédimer aux grilles d’un confessionnal,

Anonner à l’ouïe d’un cacochyme nonce,

De futiles grimaces, d’aciculaires oponces,

Se laisser du nopal, lacérer ; de pompes atonales,

Psalmodier en l’état des litanies absconses ?

 

Quand l’hiver vient river à mon futur chaste,

De vexantes images ceintes de sénescence,

Je rabroue du passé l’obséquieuse décence :

Ce trompeur narcotique aux atteintes néfastes

Et qu’inhale le couard défait d’outrecuidance.

 


Que dois-je imaginer en ces rites forcés,

Ces mimiques larvées de concussionnaires

Dont la bourse pleine refrène l’adversaire

Egaré aux maltôtes, et par trop engoncé

A l’ajour d’un triste prébendier agencé

Au luxe d’un notable si l’exacteur l'enserre ?

 

Quand je verrai l’automne entasser à ma porte,

Reliquat de chagrin, séquelles d’hypocondrie,

Mes larmes ne seront, décavées d’anhydrie,

Qu’éphémères crevasses, rhagades mortes…

Tomberont les volets enchâssés d’hémiédrie,

Derrière le mantelet d'émotions plus fortes.   

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mercredi 4 août 2021

L’ADIEU Didier BARBELIVIEN

L’ADIEU

Didier BARBELIVIEN

 

Adieu
Aux arbres mouillés de septembre
A leur soleil de souvenirs
A ces mots doux
A ces mots tendres
Que je t'ai entendu me dire
A la faveur d'un chemin creux
Où d'une bougie allumée
Adieu à ce qui fut nous deux
A la passion du verbe aimer

Adieu
Est une infinie diligence
Où les chevaux ont dû souffrir
Où les reflets de ton absence
Ont marqué l'ombre du plaisir

L'adieu est une lettre de toi
Que je garderai sur mon cœur
Une illusion de toi et moi
Une impression de vivre ailleurs

L'adieu
N'est que vérité devant Dieu
Tout le reste est lettres à écrire
A ceux qui se sont dit adieu
Quand il fallait se retenir
Tu ne peux plus baisser les yeux
Devant le rouge des cheminées
Nous avons connus d'autres feux
Qui nous ont si bien consumés

L'adieu
C'est nos deux corps qui se séparent
Sur la rivière du temps qui passe
Je ne sais pas pour qui tu pars
Et tu ne sais pas qui m'embrasse
Nous n'aurons plus de jalousies
Ni de paroles qui font souffrir
Aussi fort qu’on s’était choisis
Est fort le moment de partir

Oh l'adieu

L'adieu
C'est le sanglot long des horloges
Et les trompettes de Waterloo
Dire à tous ceux qui s'interrogent
Que l'amour est tombé à l'eau
D'un bateau ivre de tristesse
Qui nous a rongés toi et moi
Les passagers sont en détresse
Et j'en connais deux qui se noient

Adieu
Aux arbres mouillés de septembre
A leur soleil de souvenirs
A ces mots doux
A ces mots tendres
Que je t'ai entendu me dire
A la faveur d'un chemin creux
Où d'une bougie allumée
Adieu à ce qui fut nous deux
A la passion du verbe aimer

Adieu
C'est le loup blanc dans sa montagne
Et les chasseurs dans la vallée
Le soleil qui nous accompagne
Est une lune bête à pleurer
L'adieu ressemble à ces marées
Qui viendront tout ensevelir
Les marées avec les mariés
Le passé avec l'avenir

Oh l'adieu
Oh l'adieu
Adieu

 

Didier BARBELIVIEN

MON PETIT OISEAU

MON PETIT OISEAU

 

Mon petit oiseau s’est encor blessé ;

Il a, ce matin, chu de la noueuse branche,

En voulant approcher la fragile hanche

Du nid agrémenté de brindilles cassées.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 3 août 2021

TENEBREUSES HARANGUES




TENEBREUSES HARANGUES

 

Fier, sur sa cathèdre, se prenant pour Dieu ;

Il se joue de la foi du Chrétien véritable…

Il voudrait tant et tant, pouvoir le mettre à table

Au ventre du Vatican, cet enfer de haut-lieu…


Il se croit invincible, mouchant de quiproquos,

Le larvaire buté, qui en blasphémateur,

Ose l’appeler ‘’père’’… lui, ce cynique menteur

Dont les prêches alimentent l’obstacle de l’écho.


Il croit régner en maître sur le simple d’esprit,

La pauvre ménagère, la béguine coincée ;

Dire que l’homme dont l’âme s’est laissée poncer,

Croit que ce funambule serti de lourds mépris :


Cet arrogant pape de prévariquât conduira

Les prétendus fidèles du noviciat de zélation,

Au Faîte du Royaume de La Belle Sion,

Ad patres, avec palmes et gloire, sous aura :


Cet éphémère nimbe dont le catholicisme

Ebaubi en l’état, agrémente l’icône de retable :

Pauvres hères ; ils sont de ces bistables :

Parures de labret soufflée du syncrétisme


A la lèvre romaine de chaisières dupées,

De moniales de mariolâtrie : folles vierges

En génuflexion devant un hideux cierge,

Pincées sous la férule de cardinaux huppés

Pénétrés de bombance, de rites et de pompes

Dont le faux magistère attise les plumets,

Aux tempêtes butées s’en venant allumer

La mèche d’un office de désuet psychopompe.

 

Lorsque s’écroulera cette Rome papale, ce fief :

Riche tombeau de blasphèmes annelés,

Princes et archevêques se feront tonneler

Du Divin Chasseur… l’esprit lesté de vains griefs,


Le mécréant boira de coupe pleine, le venin

Du serpent de l’Eden : ce fielleux pérore dont Eve

Sustenta à la lie sa balèvre lippue, cette sève

Eventée, au soir… enivrée de l’infect tanin,

Sans reconnaître_ bigame ! _   de la trêve,

L’Ultime semonce du Dieu en Colère : Brève

Admonition du Sauveur Eternel, en l’Appel Léonin.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

PERTINACITE

PERTINACITE

 

A force de l’aimer, elle a fini par fuir

Les chemins étrécis de la ville fardée

De luminaires, de cocagnes, de cuirs

Entretenus de longs pylônes ardés.

 

A force de la suivre à travers la broussaille,

A l’orée de sentes ébranlées de grands vents,

Ai vu naître et mourir en mes champs de bataille,

Bonheur et infortune du remords éprouvant.

 

A force de marcher sur ses pas imprécis,

Ai fini par confondre, avant l’aube nouvelle,

L’insolente douleur du bretteur indécis,

 

Et la douce euphorie dont l’ivresse nivelle

L’affectivité, avant que d’assagir le cœur

Empreint de ce lyrisme qu’émousse la rancœur.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

 

 

lundi 2 août 2021

ORANGE

ORANGE

 

Juteuse comme l’offrande aux rois,

Soutenue de saveurs toujours inégalées ;

En un bruit sourd, aux vents… dégringolée,

S’affaisse sur la mousse, derrière la paroi

Où s’ébattent les larves de sous-bois,

L’insecte accroché à nos rudes mollets.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

CHERE, VOICI LE MOI DE MAI Théodore de Banville

CHERE, VOICI LE MOI DE MAI

Théodore de Banville

 

Chère, voici le mois de mai,
Le mois du printemps parfumé
Qui, sous les branches,
Fait vibrer des sons inconnus,
Et couvre les seins demi-nus
De robes blanches.

Voici la saison des doux nids,
Le temps où les cieux rajeunis
Sont tout en flamme,
Où déjà, tout le long du jour,
Le doux rossignol de l’amour
Chante dans l’âme.

Ah ! de quels suaves rayons
Se dorent nos illusions
Les plus chéries,
Et combien de charmants espoirs
Nous jettent dans l’ombre des soirs
Leurs rêveries !

Parmi nos rêves à tous deux,
Beaux projets souvent hasardeux
Qui sont les mêmes,
Songes pleins d’amour et de foi
Que tu dois avoir comme moi,
Puisque tu m’aimes ;

Il en est un seul plus aimé.
Tel meurt un zéphyr embaumé
Sur votre bouche,
Telle, par une ardente nuit,
De quelque Séraphin, sans bruit,
L’aile vous touche.

Camille, as-tu rêvé parfois
Qu’à l’heure où s’éveillent les bois
Et l’alouette,
Où Roméo, vingt fois baisé,
Enjambe le balcon brisé
De Juliette,

Nous partons tous les deux, tout seuls ?
Hors Paris, dans les grands tilleuls
Un rayon joue ;
L’air sent les lilas et le thym,
La fraîche brise du matin
Baise ta joue.

Après avoir passé tout près
De vastes ombrages, plus frais
Qu’une glacière
Et tout pleins de charmants abords,
Nous allons nous asseoir aux bords
De la rivière.

L’eau frémit, le poisson changeant
Émaille la vague d’argent
D’écailles blondes ;
Le saule, arbre des tristes vœux,
Pleure, et baigne ses longs cheveux
Parmi les ondes.

Tout est calme et silencieux.
Étoiles que la terre aux cieux
A dérobées,
On voit briller d’un éclat pur
Les corsages d’or et d’azur
Des scarabées.

Nos yeux s’enivrent, assouplis,
A voir l’eau dérouler les plis
De sa ceinture.
Je baise en pleurant tes genoux,
Et nous sommes seuls, rien que nous
Et la nature !

Tout alors, les flots enchanteurs,
L’arbre ému, les oiseaux chanteurs
Et les feuillées,
Et les voix aux accords touchants
Que le silence dans les champs
Tient éveillées,

La brise aux parfums caressants,
Les horizons éblouissants
De fantaisie,
Les serments dans nos cœurs écrits,
Tout en nous demande à grands cris
La Poésie.

Nous sommes heureux sans froideur.
Plus de bouderie ou d’humeur
Triste ou chagrine ;
Tu poses d’un air triomphant
Ta petite tête d’enfant
Sur ma poitrine ;

Tu m’écoutes, et je te lis,
Quoique ta bouche aux coins pâlis
S’ouvre et soupire,
Quelques stances d’Alighieri,
Ronsard, le poète chéri,
Ou bien Shakespeare.

Mais je jette le livre ouvert,
Tandis que ton regard se perd
Parmi les mousses,
Et je préfère, en vrai jaloux,
A nos poètes les plus doux
Tes lèvres douces !

Tiens, voici qu’un couple charmant,
Comme nous jeune et bien aimant,
Vient et regarde.
Que de bonheur rien qu’à leurs pas !
Ils passent et ne nous voient pas :
Que Dieu les garde !

Ce sont des frères, mon cher cœur,
Que, comme nous, l’amour vainqueur
Fit l’un pour l’autre.
Ah ! qu’ils soient heureux à leur tour !
Embrassons-nous pour leur amour
Et pour le nôtre !

Chère, quel ineffable émoi,
Sur ce rivage où près de moi
Tu te recueilles,
De mêler d’amoureux sanglots
Aux douces plaintes que les flots
Disent aux feuilles !

Dis, quel bonheur d’être enlacés
Par des bras forts, jamais lassés !
Avec quels charmes,
Après tous nos mortels exils,
Je savoure au bout de tes cils
De fraîches larmes !

Avril 1844.

Théodore de Banville (Les Stalactites, 1846)