pinterest

lundi 2 août 2021

CHERE, VOICI LE MOI DE MAI Théodore de Banville

CHERE, VOICI LE MOI DE MAI

Théodore de Banville

 

Chère, voici le mois de mai,
Le mois du printemps parfumé
Qui, sous les branches,
Fait vibrer des sons inconnus,
Et couvre les seins demi-nus
De robes blanches.

Voici la saison des doux nids,
Le temps où les cieux rajeunis
Sont tout en flamme,
Où déjà, tout le long du jour,
Le doux rossignol de l’amour
Chante dans l’âme.

Ah ! de quels suaves rayons
Se dorent nos illusions
Les plus chéries,
Et combien de charmants espoirs
Nous jettent dans l’ombre des soirs
Leurs rêveries !

Parmi nos rêves à tous deux,
Beaux projets souvent hasardeux
Qui sont les mêmes,
Songes pleins d’amour et de foi
Que tu dois avoir comme moi,
Puisque tu m’aimes ;

Il en est un seul plus aimé.
Tel meurt un zéphyr embaumé
Sur votre bouche,
Telle, par une ardente nuit,
De quelque Séraphin, sans bruit,
L’aile vous touche.

Camille, as-tu rêvé parfois
Qu’à l’heure où s’éveillent les bois
Et l’alouette,
Où Roméo, vingt fois baisé,
Enjambe le balcon brisé
De Juliette,

Nous partons tous les deux, tout seuls ?
Hors Paris, dans les grands tilleuls
Un rayon joue ;
L’air sent les lilas et le thym,
La fraîche brise du matin
Baise ta joue.

Après avoir passé tout près
De vastes ombrages, plus frais
Qu’une glacière
Et tout pleins de charmants abords,
Nous allons nous asseoir aux bords
De la rivière.

L’eau frémit, le poisson changeant
Émaille la vague d’argent
D’écailles blondes ;
Le saule, arbre des tristes vœux,
Pleure, et baigne ses longs cheveux
Parmi les ondes.

Tout est calme et silencieux.
Étoiles que la terre aux cieux
A dérobées,
On voit briller d’un éclat pur
Les corsages d’or et d’azur
Des scarabées.

Nos yeux s’enivrent, assouplis,
A voir l’eau dérouler les plis
De sa ceinture.
Je baise en pleurant tes genoux,
Et nous sommes seuls, rien que nous
Et la nature !

Tout alors, les flots enchanteurs,
L’arbre ému, les oiseaux chanteurs
Et les feuillées,
Et les voix aux accords touchants
Que le silence dans les champs
Tient éveillées,

La brise aux parfums caressants,
Les horizons éblouissants
De fantaisie,
Les serments dans nos cœurs écrits,
Tout en nous demande à grands cris
La Poésie.

Nous sommes heureux sans froideur.
Plus de bouderie ou d’humeur
Triste ou chagrine ;
Tu poses d’un air triomphant
Ta petite tête d’enfant
Sur ma poitrine ;

Tu m’écoutes, et je te lis,
Quoique ta bouche aux coins pâlis
S’ouvre et soupire,
Quelques stances d’Alighieri,
Ronsard, le poète chéri,
Ou bien Shakespeare.

Mais je jette le livre ouvert,
Tandis que ton regard se perd
Parmi les mousses,
Et je préfère, en vrai jaloux,
A nos poètes les plus doux
Tes lèvres douces !

Tiens, voici qu’un couple charmant,
Comme nous jeune et bien aimant,
Vient et regarde.
Que de bonheur rien qu’à leurs pas !
Ils passent et ne nous voient pas :
Que Dieu les garde !

Ce sont des frères, mon cher cœur,
Que, comme nous, l’amour vainqueur
Fit l’un pour l’autre.
Ah ! qu’ils soient heureux à leur tour !
Embrassons-nous pour leur amour
Et pour le nôtre !

Chère, quel ineffable émoi,
Sur ce rivage où près de moi
Tu te recueilles,
De mêler d’amoureux sanglots
Aux douces plaintes que les flots
Disent aux feuilles !

Dis, quel bonheur d’être enlacés
Par des bras forts, jamais lassés !
Avec quels charmes,
Après tous nos mortels exils,
Je savoure au bout de tes cils
De fraîches larmes !

Avril 1844.

Théodore de Banville (Les Stalactites, 1846)

AU SEUIL DU PROBABLE

AU SEUIL DU PROBABLE

 

Aux portes du matin, fleurs de mon exil

Poussent sans écumer des soleils vitreux,

L’injurieuse clarté sous le revers plâtreux

De sombres mausolées humectés de grésil.

 

Aux portes du futur, cognent des jours fanés :

Tristes ressouvenances dupant le naufragé

Retenu en la baille qu’encloue l’outrager

Dont la victoire n’est que relique tannée.

 

Aux portes de l’espoir, l’ivresse semble poser

Des grimes éthérés, des mimiques fardées

Dont se satisfait l’âme trop souvent brocardée

Du pontifiant silène se voulant imposer…

 

Aux portes de l’enfance, quand lunes à renaître

Se déparent de l’astre confortant la superbe

Entoilant de la nue l’étoupe qui l’engerbe,

Les hommes s’agenouillent sans connaître

 

Du Ciel, L’intouchable Beauté : Réel Attrait,

Digne Munificence en l’éclat de Promesses

Clampées au Passionnel dont les horribles messes

Altèrent La Splendeur, enforcissent le trait.

 

Aux portes de ma plume, les mots cognent silence,

Avivant du mutisme, l’hétéroclite précompte…

Mon style, aux solubles cancanes, surfait du conte

En la prosopopée, folles antonomases ; j’en tance

De par elle, bien d’autres périphrases, en l’intense

Dont le quintessencié civilise de peu, la honte

Lui étant quelquefois coutumière, mais que dompte

Sevré de rhétorique… le sabir d’acescence

Dilué du langage de trop sages archontes.

 

Aux portes de mon verbe, s’attardent des clichés

Souffletés de ces nuits aux opaques cendrures :

Butyreuses sorgues dont la grise fourrure

Asphyxie en l’aurore, les douillettes nichées.

 

Sans faire montre du pire, j’édulcore, c’est ainsi_

L’idoine, sans en parachever, perclus en l’indécis,

L’adéquat, qui de mon double honore l’entité,

Ad hoc : de ce rude froncis, le bâti translaté !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 1 août 2021

LA VIE… CE BEAU VOYAGE

LA VIE… CE BEAU VOYAGE

 

Il y a des soleils au faîte de nos joies ;

Des matins colorés, des journées de fête ;

L’amour sème de rires, lorsque l’astre rougeoie

Et dénoue de nos cœurs les ébauches surfaites.

 

Il pleut de pétillantes gouttes agrémentées

D’espoirs sur la peau de nos songes cuivrés ;

On écoute pépier l’oisillon, sans douter

Du sursis du faucon éclipsé sous l’ivraie.

 

La vie, ce beau voyage nous ramène au passé

Où l’enfance berçait des premiers nuages,

L’ouateuse texture s’en venant trépasser

 

Dans l’eau claire de fastueux mirages,

De souvenirs à naître, d’images défroissées,

Et qu’allument les rais de plumets nuancés.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

 

 

INEVITABLE RUINE (La faucheuse)

INEVITABLE RUINE

(La faucheuse)

 

Elle s’approche la mort,

Et en catimini, s’insère doucement

Dans les veines hybrides, et que mord

Le péché qu’émondent les tourments.

 

Elle là, à nos portes, cette horrible faucheuse,

Epiant de nos actes, les moindres maladresses ;

Drapée d’un long linceul, et, en défricheuse,

Déboise de l’esprit, la flore enchanteresse.

 

Lorsque tombe le soir… volets clos, s’invite

En nos chambres, au trouble des nuits…

Se peut-il que l’enfant, qui ici-bas, l’évite,

 

Soit le seul à atteindre, au-delà de l’ennui,

Un plus juste sommeil, un repos mérité,

A l’heure où l’âme pleure son dernier été ?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

 

 

IMPERCEPTIBLES CRIS

IMPERCEPTIBLES CRIS

Je hais les riches 


Imperceptibles cris qui en la nuit, se fondent

Au désespoir de l’âme bouleversée ;

Vous aiguisez vos crocs, quand se vient déverser

Les chagrines larmes qui s’y souvent confondent !

 

Molles huées de défaites, en un soir de malheur ;

Voyez traîner au caniveau de ces ladres ruinés,

Les baveuses coulées de liesses périmées,

Les glaireux ramas de mensonges, de leurres !

 

A vos tables jadis, s’entretissaient des rêves,

Des promesses mondées, d’artificieux aveux,

Devenus rogatons de sinistres morveux

Toujours prêts à découdre, et sans jamais de trêves.

 

Nuisibles doléances d’occultes financiers,

De cambistes pistés de récipiendaires,

Cessez vos ronds-de jambes de tortionnaires,

Dont l’ilote accuse codicilles de conférenciers !

 

Poudrés de miasmes trompeurs, vous paradez

Sereins, trompant la gent honnête… celle

Qui vous confiait sequins, quand l’escarcelle

Du boursicoteur se laissait_ hélas _ dégrader !

 

Pernicieuses intercessions de stellionataires,

Qui trop souvent, percez des clivantes empreintes,

L’estampille dont la charge semble ceinte

Au juste locateur : nouvel actionnaire

 

Dont vous sucez le sang… vampires que vous êtes !

L’enfer, à vos pieds, calcinera vos titres,

Vos valeurs et vos biens… sera-ce alors, en pitres,

Que vous ferez gigote, argentiers malhonnêtes !?

 

Je me gausse déjà de vos cris de rouliers,

Vos froids glapissements de mécènes ventrus !

Ignobles écornifleurs, cupides malotrus,

Attiseront des flammes, les braises déliées !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

samedi 31 juillet 2021

ENIVRANTE EFFRONTERIE

ENIVRANTE EFFRONTERIE

 

Puisque se meurent déjà, avant l’aube,

Les premiers frimas, te viendrai couvrir

De murmures enjôleurs, pour encor t’attendrir,

De caresses feutrées et qu’entoile ta robe.

 

Par les petits chemins de juillet refleuri,

Nous goûterons aux fruits dont la saveur

Pénètre la musarde, quand l’étuveur

Libère la vapeur des cuves de brasserie.

 

Sous le pédonculé aux majestueuses branches,

Nos silhouettes se laisseront bercer de la brise

Ethérée, de petites soufflées, et que prisent

Les rais chauds de l’été sous sa voilure blanche.

 

Entrelacés, nos doigts voudront apprivoiser

De nos furtifs gestes, rétive volition…

Conquis de cet aplomb, ivres d’insoumission,

Poserons nos lèvres au revers de baisers

 

Que les amants dissolvent en la matutinale,

A l’heure où les nubiles s’écorchent de désirs ;

Parlerons le langage que ne peuvent transir

Les plaintives semonces échues de centennales.

 

Puisque naissent au soir les célestes étoiles,

Les brillantes comètes de la voie périastre,

Je te ferai trôner, ô toi, mon plus bel astre

Au cœur même de mon cœur ! je t’entoile,

Ma douce reine, d’un satin, au pilastre

De rêves griffés, et que l’insomnie voile

De sombres cauchemars filetés de désastres.

 

Apporte-moi ta joie, tes amiteux soupirs ;

Te ferai voir l’étrange en des orbes pochés !

Laisse-moi, doux phénix, lentement approcher

De ton regard mutin, au seuil de cet empire,

L’agréable percée me voulant empercher !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

NON JE N’AI RIEN OUBLIE Shahnourh Vaghinag Aznavourian

NON JE N’AI RIEN OUBLIE

Shahnourh Vaghinag Aznavourian

 

C .A

 

Je n’aurais jamais cru qu’on se rencontrerait ;
Le hasard est curieux, il provoque les choses
Et le destin pressé un instant prend la pose
Non je n’ai rien oublié…

Je souris malgré moi rien qu’à te regarder ;
Si les mois, les années marquent souvent les êtres ;
Toi, tu n’as pas changé, la coiffure peut-être
Non je n’ai rien oublié…
Rien oublié.

Marié, moi, allons donc je n’en ai nulle envie !
J’aime ma liberté et puis, de toi à moi,
Je n’ai pas rencontré la femme de ma vie ;

Mais allons prendre un verre, et parle-moi de toi !
Que fais-tu de tes jours, es-tu riche et comblée ?
Tu vis seule à Paris, mais alors ce mariage !
Entre nous tes parents ont dû crever de rage ;
Non je n’ai rien oublié.

Qui m’aurait dit qu’un jour, sans l’avoir provoqué,
Le destin tout à coup nous mettrait face à face ?
Je croyais que tout meurt, avec le temps qui passe ;
Non je n’ai rien oublié.

Je ne sais trop que dire, ni par où commencer ;
Les souvenirs foisonnent, envahissent ma tête,
Et le passé revient du fond de sa défaite ;
Non je n’ai rien oublié.

Rien oublié…

À l’âge où je portais mon amour pour toute arme,
Ton père ayant pour toi bien d’autres ambitions,
A brisé notre amour et fait jaillir nos larmes,
Pour un mari choisi sur sa situation.

J’ai voulu te revoir, mais tu étais cloîtrée ;
Je t’ai écrit cent fois, mais toujours sans réponse ;
Cela m’a pris longtemps avant que je renonce ;
Non je n’ai rien oublié.

L’heure court et déjà le café va fermer…
Viens, je te raccompagne à travers les rues mortes,

Comme au temps des baisers qu’on volait sous ta porte !
Non je n’ai rien oublié.

Chaque saison était notre saison d’aimer,
Et nous ne redoutions ni l’hiver, ni l’automne ;
C’est toujours le printemps quand nos vingt ans résonnent…
Non je n’ai rien oublié,
Rien oublié…

Cela m’a fait du bien de sentir ta présence ;
Je me sens différent, comme un peu plus léger ;
On a souvent besoin d’un bain d’adolescence :
C’est doux de revenir aux sources du passé ;
Je voudrais, si tu veux, sans vouloir te forcer,
Te revoir à nouveau, enfin… si c’est possible ;

Si tu en as envie, si tu es disponible…
Si tu n’as rien oublié,
Comme moi qui n’ai rien oublié…

Shahnourh Vaghinag Aznavourian