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samedi 24 juillet 2021

EUROPE BABEL Serge CHAUVIER (SL)

EUROPE BABEL

Serge CHAUVIER  (SL)

 

Europe Babel,
Europe ma belle,
Que tes langues, que tes langues toujours,
Que tes langues chantent des mots d'amour.

Je suis un aquitain qui habite Lutèce,

L'Europe c'est mon camp, la France c'est mon nid,
Je suis résolument pour tout ce qui progresse,
A condition, bien sûr, d'en n'être pas puni.
Cette Europe nouvelle est une vieille lune,
Aucun homme d'ici n'a mis le pied dessus.
Tables rondes, discours, déclarations communes,
Je te reçois, tu me reçois,
On s'est reçus...

Europe Babel,
Europe ma belle,
Que tes langues, que tes langues toujours,
Que tes langues chantent des mots d'amour.

Mon fils la verra-t-il, cette Europe qui chante ?
Quelle langue d'ailleurs lui fera-t-il chanter ?
Si chacun y est roi qui seront les servantes ?
A qui la tête haute, à qui le dos voûté ?
Que les raisons d'états rêvent d'état de grâce,
On peut toujours rêver, quelle affiche en tous cas,
Si Molière, Shakespeare et Goldoni s'embrassent
En récitant des vers de Goethe et de Lorca

Europe Babel,
Europe ma belle,
Que tes langues, que tes langues toujours,
Que tes langues chantent des mots d'amour.

I love you, je t'aime,
Ti amo, je t'aime,
Ich liebe Dich, ich liebe Dich, je t'aime
Que tes langues chantent des mots d'amour

Cette Europe Babel,
Je la rêve espérance,
Une ronde d'enfants joyeusement unis
Autour d'un Père Noël dont le nez est la France
Qui danse sur la mer en bottes d'Italie,
Je la vois dans l'habit d'un arlequin immense,
Un vitrail où toujours le soleil resplendit,
Ce serait comme vivre une nouvelle enfance
Si l'Europe Babel est comme je le dis

Europe Babel,
Europe ma belle,
Que tes langues, que tes langues toujours,
Que tes langues chantent des mots d'amour.

I love you je t'aime,
Ti amo Je t'aime,
Ich liebe Dich, ich liebe Dich, je t'aime
Que tes langues chantent des mots d'amour.

Europe Babel
Europe ma belle,
Que tes langues, que tes langues toujours
Que tes langues chantent des mots d'amour.

Serge Chauvier

L’ENFANT EN MON ESPACE

L’ENFANT EN MON ESPACE

 

Un enfant a chanté avant de s’endormir

Au nid des songes bleus, par-delà les éclairs ;

S'y est reposé, pour de l’aurore claire,

Aspirer goutte à goutte, afin de s’affermir,

Les perles de rosée qu’éclatent les soleils,

Quand l’oiseau en pépiant, survole la vallée,

Avant de se poser aux branches où, trâlée,

Ribambelle s’en vient éteindre le sommeil

D’amants pris au filet de l’assoupissement…

 

Un enfant fredonne comptine pour blanchir

Des nuits la ténébreuse chape: noir fourreau ;

De facétieux lutins veulent à ses barreaux,

Lestés de somnolence, s’y laisser avachir.

 


Si j’étais enfant en ces métamorphoses

Agrémentées d’étoiles, irais cueillir l’espace

Afin d’en retenir l’avenue périastre qu’enlace

L’orbe prisonnier de cette anamorphose.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 23 juillet 2021

TU RÊVAIS DE MAPPEMONDE Jean-Jacques Tazartez

TU RÊVAIS DE MAPPEMONDE

Jean-Jacques Tazartez

 

 

Tu rêvais de mappemonde
De voyages au tour du monde
Et d'océans déchaînés
Qu'il faudrait apprivoiser
Tu rêvais de découvrir
Les plages où s'en vont mourir

Les tout derniers survivants
Des rêves d'un autre temps
Quand le soleil se fait lourd
Et que les chansons d'amour

S'effacent
Tu rêvais de mappemondes
De voyages autour du monde
D'un avenir incertain
Qui te prendrait par la main
Tu rêvais de voir Chopin
Mais je ne suis pas Chopin
Je n'étais rien qu'un passant
Qui t'a dit "Viens, je t'attends"
Je suis un peu bohémien
Peut-être un peu musicien
Que sais-je?


Tu rêvais de mappemondes
De voyages autour du monde
De quelque temple Maya
Qui n'attendrait plus que toi
Tu rêvais de vivre un jour
Un peu comme un grand amour
T'emportant loin des solitudes


Je rêvais de voir le jour
Même s'il donnait sur la cour
Même s'il donnait sur les quais
D'un vieux Paris oublié
Je te rêvais sans savoir
Qu'un beau jour dans ma mémoire
Tu inscrirais ta solitude

Et nous découvrirons Paris
Et puis les faubourgs de Paris
Et puis tout doucement la vie...
Comme deux oiseaux solitaires
Et puis un jour on s'en ira
Les yeux fermés où tu voudras
Peut-être serons-nous très vieux
Mais nous aurons les mêmes yeux
Pour voir la terre
La terre...

Jean-Jacques Tazartez

ETRANGE MISSIVE

ETRANGE MISSIVE

 

J’ai reçu votre lettre : bien étrange missive

M’annonçant votre désir de rompre… hélas !

Pour vous _ ne vous ai point aimée… incisive,

Se fait ma péremptoire véridicité : elle glace

Tous ceux qui, comme vous, entrelacent

De lèvres passionnées, l’hypothèse concessive.

 

Si jadis vous me plûtes, coula sous le tillac,

Fluctuantes eaux et remous d’abondance ;

Ai fait d’autres rencontres, grisé de calambac,

Enivré malgré moi, de nouvelles fragrances.

 

Vous me croyez surprendre, espérez m’étonner :

Moi, soliste de nuits d’encre, moi_ bohémien

Sans lunes, dont l’errance a toujours bétonné

Des traverses moussues le rempart permien.

 

Vous évoquez en d’éloquentes brèves, c’est vrai !

Nos communes passions… communes ???

Je n’eus pour vous, très chère, en ces ides cuivrées,

Qu’empathie… peut-être allocentrisme ; immune

Semble votre palpable gêne… cette ivraie.

 

En parafant l’épistole vôtre, vous portez estocade,

Avant le coup fatal, derrière la muleta…

Moi ? je demeure stoïque derrière la rocade ;

Vos mots n’enjambent pas mon affect, en l’état !

 

J’ai franchi d’autres monts, escaladé des cimes,

Le faîte auréolé de souveraines brumes ;

Ai vu naître des larmes au col gris que déciment

Les vents de l’arrogance soulevée du bitume.

 

Ephémère conquête de mes sens salvateurs,

Gardez de moi, en ces cendrures pleines,

L’image du sigisbée, non du vieux contempteur

Ficelé d’entregents, enrubanné de haine !

 

Je peux vous absoudre de fantasmes viciés,

De lubies dont le tendron honore l’efficace !

Emplissant de la coupe, avant d’officier,

L’uvale potion… heureux, vous livre dédicace,

Sans montre d’obséquiosité… cocasse,

N’est-il pas, la rétroaction qui si bien, vous sied !


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021


CE QUI DURE René-François Sully Prudhomme

CE QUI DURE

René-François Sully Prudhomme

Le présent se fait vide et triste,
Ô mon amie, autour de nous ;
Combien peu de passé subsiste !
Et ceux qui restent changent tous.

Nous ne voyons plus sans envie
Les yeux de vingt ans resplendir,
Et combien sont déjà sans vie
Des yeux qui nous ont vus grandir !

Que de jeunesse emporte l'heure,
Qui n'en rapporte jamais rien !
Pourtant quelque chose demeure :
Je t'aime avec mon cœur ancien,

Mon vrai cœur, celui qui s'attache
Et souffre depuis qu'il est né,
Mon cœur d'enfant, le cœur sans tache
Que ma mère m'avait donné ;

Ce cœur où plus rien ne pénètre,
D'où plus rien désormais ne sort ;
Je t'aime avec ce que mon être
A de plus fort contre la mort ;

Et, s'il peut braver la mort même,
Si le meilleur de l'homme est tel
Que rien n'en périsse, je t'aime
Avec ce que j'ai d'immortel.

René-François Sully Prudhomme

PRETENTIEUX OLIGARQUES

PRETENTIEUX OLIGARQUES

 

Enserrés de fièvres, d’insupportables ardeurs,

Ils vomissent l’histoire à l’ouïe de sectaires

Pontifiants et gras : en vils affermataires

Dont l’Etat alimente la trompeuse candeur,

Lors que le mécénat distribue sans s’en faire,

A ces noires âmes piégées de mille affaires,

Sequins à volonté, titres et, en secondeurs,

Nobilité promise… si c’était à refaire…

 

Sur des terres pentues, au nord de fiefs nus,

Ils plantèrent jadis, de factices décors :

Nuisibles artefacts d’où pointent, en désaccord,

Les mirages perlés d’ambitions ténues.

 

Sur d’ouateux sofas, ont posé leur dégaine,

Jouissant de promesses d’ambitieuses chattes

Offrant sous les satins, le tissu écarlate

De la plaintive chair confite de rengaines.

 

Auraient pu, aux nuits de lune pleine, baguer

De l’inconditionnel, subtiles déviances…

Et du dévoiement, qu’abhorre la sapience,

Sarcler les folles friches, et sans s’en enjuguer.

 

On les voit seuls aux messes, égrener chapelet,

En zélateurs de prêches alambiquées…

Scellés en mariolâtres, aimeraient abdiquer,

Pour de l’iconoclaste raillé du pipelet,

Oindre de parénèse, pour le mieux épauler,

Le catéchumène vidé… à bout de quai.

 

Ces pâles foutriquets dont les orges frémissent

Aux banquets de silènes pansus, implosent

De colère, quand les démons déposent

Au pied de l’orgueil_ (que vouliez-vous qu’ils missent

Sans en restreindre aura ?)  _ dernières prémices,

Ultimes prolégomènes de questaux qu’enclosent

Taxables démunis, purotins de comices.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

jeudi 22 juillet 2021

DEROBADE FUITEE

DEROBADE FUITEE

 

Qui êtes-vous jocrisse aux plates manœuvres ;

Vous que le temps empourpre de reliquats,

Usurier dont la couronne ne jamais fait cas,

Voyez donc se distendre vos rallonges de pieuvre ?!

Coincés sous l’oviducte_ oh ! j’en fournirai preuves _

Vos flottantes membranes serviront d’en-cas…

 

Qui êtes-vous bouffon aux pitreries multiples,

Qui promenez calèche avec grandiloquence !

Vos songes muselés d’ignobles appétences

Se font déchiqueter du trop rusé haliple…

 

Je vois vos longues dents mordre aux fruits

De la métempsycose… abîmés, vos crocs

Ne peuvent retenir_ laid et minable escroc,

Le délice mutant de l’âme en usufruit !

 

Qui vous a ourlé au bâti de l’espèce naïve,

Clivé aux crues de la turlupinade !?

Sera-ce en ces jours gris tracés de l’alidade,

Que s’orneront au soir, vos idées émissives ?

 

Flotte une odeur de mort, un relent de tombeau

Sur vos malsaines tacles… il semble que la nuit

Aie d’une longue chape étouffée de vos brigues,

La collusion dont s’arme le manant: intrigues,

Connivences enrouées, pétries d’un fol ennui,

 

En l’éclat du joyau dont la grâce fit montre

Et qui, de votre joug, enserre la prestance ;

Serait-il de bon ton d’en atténuer instance,

Pour mieux parachever, si le cran le démontre,

 

L’ouvrage de vos excès (devrais-je dire méfaits ?)

Empilés sur la table d’un patient magistrat,

De qui la gent confiante, ignorée du substrat,

Accuse en des mots vrais réceptifs bienfaits ?

 

Si j’ai par mégarde_ talé de vos impasses,

Le sombre corridor, sans m’en apercevoir,

J’ai _ que ne suis-je imprudent ! _ pu voir

Le digressif poser col à même la surface,

De l’horrible ajour : subtil tour de passe-passe

Que vous vous plûtes, évincé du pouvoir,

A jouer en coulisse, quand se mirent à pleuvoir,

Les larmes désossées de mièvre Candace.

 

Qui êtes-vous céans_ vous que les années cassent

Aux vents de ces gréements mollement chahutés

De bizarres tempêtes s’en venant permuter

Du socle qui vit naître les combines cocasses ?!

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021