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mercredi 21 juillet 2021

SOMPTUEUSES DERIVES

SOMPTUEUSES DERIVES

 

Quand s’effacent les ombres des jours passé,

Les brouillards de jadis, les spectres trépassés,

Naissent en nos mémoires, d’autres inquiétudes :

La peur du lendemain, la transe d’hébétude…

Quand, aux froids condensés, s’éparpillent encor

Les sulfureux brandons dont s’échauffe le corps,

Les lubies d’hier étoffent la cancane, puis, sombrent

En l’inappréciable de moqueries sans nombre :

Quolibets de rouerie, lazzi de sardoniques

Enfumés de ces brettes… ils paniquent

A l’idée de voir au renouveau, l’éveil des sens

Perforer de l’idoine en sa lie, l’indécence

De conciliantes brèves dupant le conformiste…


Quand les heures fondues interpellent le temps,

Broutées, les minutes activent paissance ; l’autan

Broie des fuyardes secondes, le doux clapotis ;

Il coule en nos absences, au revers de l’impair,

Au matin où le cœur a perdu ses repères,

De fâcheuses ondées, des larmes d’abattées

Intronisées aux veines percluses sous butée,

Reviviscence à nulle autre pareille : sang frais

A bouillonner… qui ne jamais s’effraie

Des digressions du latiniste piégé

Du supin d’oracles… s'en viennent siéger,

Le substantif verbal, et tous ses dérivés…


Faut-il d’autres accords pour les mieux aviver !?

J’écris de libre main mes rêves achevés,

J’encloue aux réserves domptées, à leur chevet,

Le presque raisonnable… mes envies s’en alunent,

Sans conspuer des mots l’irascible infortune.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 20 juillet 2021

SOUVENIRS VAGUES OU LES PARENTHESES Edmond ROSTAND

SOUVENIRS VAGUES OU LES PARENTHESES

Edmond ROSTAND

Nous étions, ce soir-là, sous un chêne superbe
(Un chêne qui n'était peut-être qu'un tilleul)
Et j'avais, pour me mettre à vos genoux dans l'herbe,
Laissé mon rocking-chair se balancer tout seul.

Blonde comme on ne l'est que dans les magazines
Vous imprimiez au vôtre un rythme de canot ;
Un bouvreuil sifflotait dans les branches voisines
(Un bouvreuil qui n'était peut-être qu'un linot).

D'un orchestre lointain arrivait un andante
(Andante qui n'était peut-être qu'un flonflon)
Et le grand geste vert d'une branche pendante
Semblait, dans l'air du soir, jouer du violon.

Tout le ciel n'était plus qu'une large chamarre,
Et l'on voyait au loin, dans l'or clair d'un étang
(D'un étang qui n'était peut-être qu'une mare)
Des reflets d'arbres bleus descendre en tremblotant.

Et tandis qu'un espoir ouvrait en moi des ailes
(Un espoir qui n'était peut-être qu'un désir),
Votre balancement m'éventait de dentelles
Que mes doigts au passage essayaient de saisir.

Votre chapeau de paille agitait sa guirlande
Et votre col, d'un point de Gênes merveilleux
(De Gênes qui n'était peut-être que d'Irlande),
Se soulevait parfois jusqu'à voiler vos yeux.

Noir comme un gros pâté sur la marge d'un texte
Tomba sur votre robe un insecte, et la peur
(Une peur qui n'était peut-être qu'un prétexte)
Vous serra contre moi. - Cher insecte grimpeur !

L'ombre nous fit glisser aux chères confidences ;
Et dans votre grand œil plus tendre et plus hagard
J'apercevais une âme aux profondes nuances
(Une âme qui n'était peut-être qu'un regard).

 

 

Edmond ROSTAND

LAMENTO Frederic Monteil


LAMENTO

Frederic Monteil

 

Lamento,

La pluie martèle mes carreaux

Et vient mêler ses gouttes d’eau

Aux larmes de ma solitude.

Lamento,

Le vent soupire dans la nuit,

Il doit deviner que je suis

Anéanti de lassitude.

Seul,

Je regarde le feu qui se meurt,

Les jours à venir me font peur

Et je souffre de tout mon cœur.

Il,

Il me fallait un tel chagrin

Pour m’apercevoir enfin

Combien je t’aime !

Lamento,

En venant glisser ta chanson

Sous la porte de ma maison

Tu en accentues le silence.

Lamento,

Ta plainte tourne autour de moi,

Cette nuit n’en finira pas

De me rappeler son absence.

Seul,

Devant le feu qui s’est éteint,

À l’heure du petit matin

Je sais que je n’attends plus rien.

Il,

Il me fallait un tel chagrin

Pour m’apercevoir enfin

Combien je t’aime !

 

Frederic Monteil


ALLEGORIQUES MUES

ALLEGORIQUES MUES

 

Les vieux ont des enfants qu’ils ne verront jamais

Grandir sous le pampre, où le rameau branchu ;

Ils ont de leur superbe, en l’aube idéale, chu…

Dire qu’ils ont cru que celles qu’ils aimaient

Resteraient partenaires de leurs petits matins,

Quand s’isole du flou, la nue désincarnée,

S’arc-boutent des brumes, les brises écornées…

Ils pensaient que les femmes étaient des catins ;

Celles qu’ils appréciaient, ces fébriles lutines

Verseraient une larme à leur heure dernière,

Prises entre les remords posés en charnières

Que font sauter au soir, les naïades mutines.

 

Les vieux ont des désirs qui ne point mûriront :

Envies estropiées, malsaines… enclavées

A la soif que le vice a peu à peu, gravé

Au fronton de l’espoir ceinturant le giron.

 

Quand grimacent les rides de la consomption,

Froncent les craquelures de la cachexie,

Ne peuvent plus bander… captifs de l’ataxie,

S’étiolent, contrefaits de compromissions ;

 

Ont les yeux pénétrés de doutes réprobateurs,

Salivent d’immodestie face à la sénescence

Les privant d’exutoire… la dégénérescence

Attise du péché, les râles abducteurs.

 

Les vieux que j’ai aimés, ne connaissent ces choses ;

Ils ont gardé la foi jusqu’au bout du miroir

Qu’ils ont su traverser, pour de l’épais mouroir,

Eteindre la brûlure dont les alfes s’enclosent.  

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 19 juillet 2021

MA MIE

MA MIE

 

De vos nuits pleines, me suis repu,

Heureux de voyager entre vos bras d’amante

Libérée de contraintes ; j’avoue que j’aurais pu

Faire le guet aux portes des galantes

Dont le roi esseulé, la reine et sa suivante,

Refusent d’accorder, quand l’âme corrompue

S’affaire, quelque indulgence aux servantes

Prises au soir, au piège de reîtres trapus.

 

Hortense, de vos doux songes, parfois,

Je me délecte… j’écoute, l’esprit en fête,

Le bruit de ces grelots passant sous le beffroi,

Et qu’éveillent vos rires en l’aube qui s’entête.

 

Quand l’amour percera d’une sanglante flèche,

Nos cœurs noués d’enjôleuses complaintes,

Aux lunes pleines, verront rouler calèche,

Les marquis délestés de nuisibles contraintes.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

BIEN SOUVENT JE REVOIS… Théodore de Banville

BIEN SOUVENT JE REVOIS

Théodore de Banville

 

Bien souvent je revois sous mes paupières closes,
La nuit, mon vieux Moulins bâti de briques roses,
Les cours tout embaumés par la fleur du tilleul,
Ce vieux pont de granit bâti par mon aïeul,
Nos fontaines, les champs, les bois, les chères tombes,
Le ciel de mon enfance où volent des colombes,
Les larges tapis d’herbe où l’on m’a promené
Tout petit, la maison riante où je suis né
Et les chemins touffus, creusés comme des gorges,
Qui mènent si gaiement vers ma belle Font-Georges,
À qui mes souvenirs les plus doux sont liés.
Et son sorbier, son haut salon de peupliers,
Sa source au flot si froid par la mousse embellie
Où je m’en allais boire avec ma sœur Zélie,
Je les revois ; je vois les bons vieux vignerons
Et les abeilles d’or qui volaient sur nos fronts,
Le verger plein d’oiseaux, de chansons, de murmures,
Les pêchers de la vigne avec leurs pêches mûres,
Et j’entends près de nous monter sur le coteau
Les joyeux aboiements de mon chien Calisto !

Théodore de Banville, septembre 1841

EVOCATOIRES LUNES


EVOCATOIRES LUNES

 

J’ai vu les belles dames au pavillon des reines,

Ethérées, aériennes, agressées d’opiacés pris

De nobles damoiseaux que la gent a surpris

En un mea culpa sans remords, et sans peine.

 

J’ai vu les enfants sages de mes livres d’images

Dénuder les nymphettes de capricieuses soifs ;

Ils les ont su parer d’une hideuse coiffe,

Avant de les pousser au ventre du mirage.

 

J’ai vu les fiers mécènes refuser prébende

Aux soldats de la foi, aux justes patriarches ;

Je comprends que Noé, à la porte de l’arche,

Ai pu voir le déluge dont l’homme fit légende.

 

J’ai vu les rodomonts, ces puérils hâbleurs,

Infecter la pensée de pauvres plébéiens ;

Peut s’en fallait, qu’en vieux acheuléen,

L’homme domptasse à tort, le pondéré ambleur.

 

J’ai vu les jours de pluie aux fenêtres bâillées,

Prendre des raccourcis, avant de disparaître,

Avalés par le puits d’un espace champêtre

Où dorment des matins sous le cèdre écaillé.

 

J’ai vu danser des mots clairs sous ma plume,

Des syntagmes dressés au for du gallicisme ;

Floutés de catachrèse, défaits d’absolutisme ;

Ils ont su s’arrimer aux stances que j’assume.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021