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vendredi 16 juillet 2021

AMPUTATION



AMPUTATION 

 

Je m’enfuis loin de toi, de tes fièvres ;

Mes pas lourds me ramènent au passé

Où résonnaient au soir, liés à la balèvre,

De glauques murmures, piètrement tressés.

 

Ai, malgré moi, donné au mal d’amour,

Au deuil, c’est vrai ! _ Le raisonnable ;

Le doute me torture ; mon cœur bat tambour,

Assoiffé du nectar de la chair appréciable.

 

D'autres conquêtes finalisent ces songes

Chus en l’aube poudrée de fines larmes

De pluie, liées aux remords qui rongent

Encor l'éveil amputé de son charme.

 

Des remparts de Collioure, je regarde la mer

Nappée de fins cristaux, d’onde claire ;

Le silence de l’eau me fait l’humeur amère ;

Il trouble des tempêtes les fuyants éclairs.

 

Je te vois sereine aux côtes écrêtées,

Sous les cannelures ; ton profil coupable

Amplifie mon chagrin...  j'aimerais arrêter

Des souffrances, l’émotion palpable...

Je m’invente un passé ... que ne suis-je déçu,

Traînant seul au pied de forteresses

En dérive… Grand Dieu, si j’avais su !

L’angoisse parachève sans mal ma détresse…

 

Estropié du destin, je fais la belle ; j'arpente

De l'allée, les plus sombres couloirs ;

Suis-je ici, à l’abri de ce mal qui hante,

Couvant de ton feu, les braises illusoires ?

 

Tu voudrais qu'à tes lois, je m'amende ;

De la somptuosité des nuits sans lune,

J'absolve en parcourant la lande,

Tes lubies de harengère, vidées une à une,

 

Des grises coques de la déconvenue.

Tu me veux en rhapsode blessé

D'enharmonies ; voilant ton corps nu

De muse satinée, tristement agressée !

 

En félibre encagé de punitives plaintes,

Je compulse de tes pires offenses,

L'éphémère laïus, la prosodie succincte

Egayant la métrique de la suffisance. 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

A QUINZE ANS Serge CHAUVIER (S.L)

A QUINZE ANS

Serge CHAUVIER (S.L)

 

 

A quinze ans j'avais l'âme pleine,
Et ma plaine à portée du vent,
Et le vent de sa douce haleine,
Berçait mes désordres d'enfant.


A quinze ans j'avais des rapaces
Au zoo des vieux et des grands ;
Je savais leur faire la chasse
De la pointe de mes quinze ans.


A quinze ans, c'est en ribambelle
Que les belles fées s'en venaient
Battre de l'aile à mes chandelles ;
Je savais si bien les aimer.


A quinze ans j'avais du panache,
Et n'écoutais que ma voix...
A quinze ans faudrait que l'on sache
Qu'on est jamais heureux qu'en soi.


A quinze ans j'avais l'âme leste,
Et contradictoire souvent ;
Je vendais ce qui se déteste
Je détestais ce qui se vend.


A quinze ans j'aimais la ripaille :
Le corps des nymphes au cœur d'oiseau,
Et tout ce qui fait qu'on se taille
La meilleure part du morceau.


A quinze ans, c'est en ribambelle
Que les belles de nuit s'en venaient
Battre du cil à mes chandelles,
Mais nulle ne me retenait.


A quinze ans c'est l'heure où les reines
S'apprêtent au festin des rois
Je ne savais pas que la mienne
Commençait à penser à moi.


A quinze ans elle a mis ses lèvres
Sur mes lèvres et son corps dessous
Et j'ai pris pour un bain de fièvre
Ce qui n'était qu'un bain de boue.


A quinze ans jeune chasseresse
Elle a couru dans les buissons
Et si j'ai cru vraie sa tendresse
C'est qu'elle a cru vraies mes chansons.


A quinze ans c'est en ribambelle
Que tous mes amis s'en venaient
Tenir les col à mes chandelles
Qu'une autre flamme consumait.


A quinze ans on croit qu'on arrache
L'amour comme une fleur d'un pot
A quinze ans faudrait que l'on sache
Que l'aurore se lève tôt


Maintenant ma vie est petite
Et petites aussi mes amours ;
Moi qui vivais beaucoup trop vite
Mes envies donnent sur la cour.


Maintenant qu'elle a mis la patte
Sur mes yeux mes rêves et mes fleurs
Il faut bien que mon jeu s'abatte
Quand je joue pique elle coupe à cœur ;


Maintenant c'est en ribambelle
Que mes jours s'étirent d'ennui
Car elle a volé mes chandelles
Pour brûler mes oiseaux de nuit.


Maintenant il faut que je cache
L'amour dans mon cœur désarmé
A quinze ans faudrait que l'on sache
Qu'une femme ne perd jamais.

 

Serge Chauvier

jeudi 15 juillet 2021

TOUCHANT TABLEAU

TOUCHANT TABLEAU

 

L’enfant qui cherche un nid

Sur la plus haute branche,

Voit poindre l’avalanche

Dont l’oiseau démuni,

Sous l'ouateuse nue blanche,

Ne peut, du feuillage étanche,

Protéger sa couvée, que renie

Le vautour qui sur elle, se penche

En prédateur avide en son déni.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

CHRIST-JESUS : LE VRAI ROI

CHRIST-JESUS : LE VRAI ROI

 

Yeux levés au Ciel, je regarde La Paix,

La Paix du Tout-Puissant, Son Pouvoir ;

Je me dis en moi-même : _ pour Le voir,

Mon âme délivrée du péché, se repaît

Des Merveilles D’en-Haut, quand sapée,

Ma mémoire infidèle estimait son avoir,

Mon esprit essoré semblait encor riper

Sur le vide tombeau et que la mort dupait

De fallacieux accords accrus du couvoir

Où pourrissent encor les spectres éclopés…

 

Yeux levés au Ciel, je psalmodie, serein,

Cantiques à L’Agneau : Christ-Jésus, Le Roi,

Mon Rédempteur Vivant triomphant à La Croix

Du pernicieux Satan dont Il brisa les reins.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

HYMNE AU CHRIST Alphonse de LAMARTINE

HYMNE AU CHRIST

Alphonse de LAMARTINE

... L'astre qu'à ton berceau le mage vit éclore,
L'étoile qui guida les bergers de l'aurore
Vers le Dieu couronné d'indigence et d'affront,
Répandit sur la terre un jour qui luit encore,
Que chaque âge à son tour reçoit, bénit, adore
Qui dans la nuit des temps jamais ne s'évapore,
Et ne s'éteindra pas quand les cieux s'éteindront !

Ils disent cependant que cet astre se voile,
Que les clartés du siècle ont vaincu cette étoile ;
Que ce monde vieilli n'a plus besoin de toi !
Que la raison est seule immortelle et divine,
Que la rouille des temps a rongé ta doctrine,
Et que de jour en jour de ton temple en ruine
Quelque pierre en tombant déracine ta foi !

... Ô toi qui fis lever cette seconde aurore,
Dont un second chaos vit l'harmonie éclore,
Parole qui portais, avec la vérité,
Justice et tolérance, amour et liberté !
Règne à jamais, ô Christ, sur la raison humaine,
Et de l'homme à son Dieu sois la divine chaîne !
Illumine sans fin de tes feux éclatants
Les siècles endormis dans le berceau des temps !
Et que ton nom, légué pour unique héritage,
De la mère à l'enfant descende d'âge en âge,
Tant que l'œil dans la nuit aura soif de clarté,
Et le cœur d'espérance et d'immortalité !
Tant que l'humanité plaintive et désolée
Arrosera de pleurs sa terrestre vallée,
Et tant que les vertus garderont leurs autels,
Ou n'auront pas changé de nom chez les mortels !
Pour moi, soit que ton nom ressuscite ou succombe,
Ô Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe !
Plus la nuit est obscure et plus mes faibles yeux
S'attachent au flambeau qui pâlit dans les cieux ;
Et quand l'autel brisé que la foule abandonne
S'écroulerait sur moi !... Temple que je chéris,
Temple où j'ai tout reçu, temple où j'ai tout appris,
J'embrasserais encor ta dernière colonne,
Dussé-je être écrasé sous tes sacrés débris !

 

Alphonse de LAMARTINE

mercredi 14 juillet 2021

A JOUTES QUE VEUX-TU

A JOUTES QUE VEUX-TU

 

Serait-il de bon ton de couvrir de lauriers

L’enfant réceptif au savoir de ces pairs                        

Qui, arborant la palme, sans repaires,

Confessent encor, sans se l’approprier,

 

La tare de ce monde: ce cosmos éventé ?

Connaître sans savoir, est aberration

Pour qui vit sous la condamnation

Du Juge Eternel : Dieu Unique ; Le tenter

 

Est offense d'esprits éculés : blasphème

Nimbant le sectaire de laudes, ce rat

Pris en l’égout d’apocryphes, dont l’aura

Encense le sermon enchâssé d’anathèmes.

 

Doit-on couvrir de gloire le ménechme ravi

De faire accueil à Plaute ; ce clone de façade

Dont le gesticulaire et la carnation fade

Pommadent l’intellect empruntant ses parvis ?

 

Engraissé de sophisme, d’illusoires doublons,

Le rhéteur prend ses marques en-deçà du réel ;

S’étoffe de principes, de dogmes artificiels

Posés à même toile, en pigments de chablon.

 

Le fat se laisse traire, sans irascibilité ;

Ses mamelles dégorgent d’aberrations,

Ses pis giclent de la badauderie: ultime ration

Dont se délecte, sans mal, l’inexpérimenté.

 

A joutes que veux-tu, les sages du tiers-état

Attisent les brandons de l’autosuffisance,

Les rogatons de vieilles médisances

Drainées en la faconde que jadis abrita

La verve de Socrate, dont plus tard hérita

Lamproclès, cet idiot imbu d’antécédence.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 13 juillet 2021

FATALEMENT…

                                              FATALEMENT…                       

 

Ils se peut que les ombres traversent nos soleils,

Que les rêves maculent nos farouches sommeils ;

Il y aura des larmes en nos matins vermeils,

Quand bruineront les pleurs de l’aube en son éveil.

 

Il se peut que, troublés de tant d’absences

Sous le parhélie, nos cœurs fusionnent enfin,

Pour se mieux convenir, en apaisant la faim

Dont les jeunes amants accusent tolérance.

 

Il se peut que l’ivresse décélère nos songes,

La hardiesse pénètre les remords qui rongent,

Et que l’esprit défait, le malheur nous plonge

Au ventre du chaos qui en l’âme, s’allonge.

 

Il se peut que l’enfance revienne cogner

Aux portes de l’inanité, quand l’espoir s’effile,

Que les besoins vidés ne soient plus que marfil

Sans souplesse, ni baume pour soigner.

 

Il se peut que le temps admoneste au soir

Les noceurs fatigués de ces jours illusoires

Où le plaisir dépote les envies dérisoires :

D’aucuns diront_ bien sûr !... Cela est accessoire.

 

Claquemurés de vices, de luxure, les hommes

Ont éconduit la morale princière, les clausules

Dignes d’approbations, posées en abacules

Au tertre d’un futur dont ne peut jouir Rome.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021