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vendredi 2 juillet 2021

FEMMES DE PARIS

FEMMES DE PARIS

 

Les femmes de Paris écoutent chanter au soir,

Les cloches de la bohème, les sirènes sourdes

Des péniches de Seine, ces bardes lourdes

Naviguant sur l’eau qui, en aplatissoir,

Transforment les remous en cuves-déversoirs.

 

Les femmes de Paris s’éveillent aux chahuts

De klaxons et de cris de noceurs égarés

Sous l’épaisse brume nimbant les effarés,

Les sirènes fardées, les barbeaux courbatus.  

 

Elles longent en silence, les belles avenues,

Les bruyants boulevards et les rues polluées

Empruntées de marchands trop hués

Pour déposer bagages au pied d’inconnus.

 

Les femmes de Paris fuient des estaminets,

Le verbe tapageur, le pétun des jouisseurs

Fiers de refaire le monde que l’apiéceur

Vêt d’un costume aux teintes carminées.

 

Les femmes de Paris, en fragiles amantes

Détrônent les princesses des contes de Grimm ;

Elles poussent au désespoir ceux qui griment

D’un vulgaire mascara, les fidèles suivantes ;

 

Seront là, près de la cheminée, attristées,

Ourlant aux souvenirs un précieux bâti :

Inusable froncis que le deuil abêti,

Lorsque les ans s’obstinent sans subsister.

 

Femmes de Paris, quand ma plume masquera

De vos désuets poncifs, chaque stéréotype,

Mon encre posera au bloc du linotype,

D’éparses gouttes chargeant du diptyque,

L’iconique ébauche que le temps marquera.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

MON ENFANCE Monique SERF

MON ENFANCE

Monique SERF

 

J'ai eu tort, je suis revenue dans cette ville au loin perdue
Où j'avais passé mon enfance
J'ai eu tort, j'ai voulu revoir le coteau où glissait le soir
Bleu et gris, ombres de silence
Et j'ai retrouvé comme avant
Longtemps après
Le coteau, l'arbre se dressant
Comme au passé

J'ai marché les tempes brûlantes
Croyant étouffer sous mes pas
Les voies du passé qui nous hantent
Et reviennent sonner le glas
Et je me suis couchée sous l'arbre
Et c'était les mêmes odeurs
Et j'ai laissé couler mes pleurs
Mes pleurs

J'ai mis mon dos nu à l'écorce, l'arbre m'a redonné des forces
Tout comme au temps de mon enfance
Et longtemps j'ai fermé les yeux, je crois que j'ai prié un peu
Je retrouvais mon innocence
Avant que le soir ne se pose
J'ai voulu voir
La maison fleurie sous les roses
J'ai voulu voir
Le jardin où nos cris d'enfants
Jaillissaient comme source claire
Jean-Claude et Régine et puis Jean
Tout redevenait comme hier
Le parfum lourd des sauges rouges
Les dahlias fauves dans l'allée
Le puits, tout, j'ai tout retrouvé
Hélas

La guerre nous avait jeté là, d'autres furent moins heureux je crois
Au temps joli de leur enfance
La guerre nous avait jeté là, nous vivions comme hors-la-loi
Et j'aimais cela quand j'y pense
Oh mes printemps, oh mes soleils, oh mes folles années perdues
Oh mes quinze ans, oh mes merveilles
Que j'ai mal d'être revenue
Oh les noix fraîches de septembre
Et l'odeur des mûres écrasées
C'est fou, tout, j'ai tout retrouvé
Hélas

Il ne faut jamais revenir aux temps cachés des souvenirs
Du temps béni de son enfance
Car parmi tous les souvenirs, ceux de l'enfance sont les pires
Ceux de l'enfance nous déchirent
Oh ma très chérie, oh ma mère, où êtes-vous donc aujourd’hui ?
Vous dormez au chaud de la terre
Et moi je suis venue ici
Pour y retrouver votre rire
Vos colères et votre jeunesse
Et je reste seule avec ma détresse
Hélas

Pourquoi suis-je donc revenue et seule au détour de ces rues
J'ai froid, j'ai peur, le soir se penche
Pourquoi suis-je venue ici, où mon passé me crucifie
Et ne dort jamais mon enfance ?

 

Monique Serf

 

MARTINIQUE... Ma douce

MARTINIQUE... Ma douce

 

Tu danses sur le sable, et te joues

De l'ombre floue de palmeraies

Sertissant l'île de majestueux bijoux

Qu'enflamme l'océan aux azurites rais.

Muse bleue, tu séduis les tartanes ripant

Sur l’onde des tropiques sauvages ;

Percent au soir, tes premiers décans

Semblables_ dit-on_ au labre de coquillages,

De brèmes voilées du flux intense

De rivières, dessous l'arche étoilée

Qui en meurtrit toute la décadence :

Disharmonies d’espaces inviolés

Dont les tyrans perturbèrent jadis

Le cours, enserrant de l’Afrique,

L'âme, dont moi, Mando, sans artifices,

Nègre décoloré, pose la rythmique

D'un beau clavecin, de nobles violons

Dont l'asservisseur vil, retors,

S'empoigne, en piètre apollon

Égaré aux méandres de ce riche décor ;



L’histoire se l'approprie, cependant

Que la joie anime l'esclave mutilé

D'autocrates, de fiers dissidents

Aux lois discriminatoires, écalés

Des compromissions… monarques

En quête, dessous la canopée,

D'un bonheur ignoré de la Parque,

D'ides perlées, chues de Cassiopée.

 Madinina, tu dames de l’offense,

Le mamelon ; en extraies sans mal,

L’inaltérable sève de la paissance,

Souvent ignorée de phases hiémales.

Nos pères ont chanté, nos mères, dansé

Quadrilles, mazurkas ; chaloupé

Des pirouettes, sous madras... tancées

De chaisières ; y voulaient-elles riper ?

Du jésuitisme garrotté de sophisme,

Au syncrétisme d'autochtones,

S'accroche au vieux catéchisme,

L'adepte repu d’ordalies monotones.


Martinique cuivrée, grisée de succès,

Instille en moi, l’entropique cuvée

De légendes ! y dois-je forer l’abcès,

Benoîtement, me lier à son flot incurvé,

M'arrimer en l'éveil de l'écho,

Aux hymnes, ces refrains bohèmes

Sertis de caresses me berçant illico, 

Loin des métaphonies blêmes ?

Rivale que mes songes renflouent,

Mulâtresse bénie, terre enchaînée

A l’onde… sur ta peau nue, je cloue

Des baisers rivés à ma lèvre tannée

De sel marin ; l’iode en trouble pépie,

Confort d'extase ; j’eusse aimé recueillir

Tes tièdes gangues ; céans, sans répit, 

Du désordre, tes larmes d’hétaïres,

Ouïr battre le cœur mugissant

De Saint-Pierre, ses miasmes laviques

Riffaudant Cyparis, jusqu’au sang,

Assujetti aux forces telluriques,

Puis….

 

Modeler l'ossature des spectres...

Bien-aimés, de la plume, j’absous

De vos silences, avant que de renaître,

Le mutisme ; mon encre les dissout

Des malédictions… je vous vois

Céladons, au bras de belles dames :

Capresses, dont l'audace vouvoie

Le noceur du houleux macadam,

L'affranchi délivré de la souche, 

Ce lad blessé de cuistres vénaux,

De Damoclès butés, farouches,

Sur le sol profané de pontes infernaux.

 

Martinique, ton histoire sert d'écueil

A ma quérimonie ; t’aimerais alanguie

En ma chair écorchée ; vois mon deuil !

Dans Paris embrumé, de toi, je me languis.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

jeudi 1 juillet 2021

ÂME FOUDROYEE

ÂME FOUDROYEE

 

Sans profaner l’espace emmurant l’espèce,

Sans en contorsionner le fragile habitacle,

Nous pouvons, quand le malheur nous tacle,

Nous déparer des hardes en la dépèce !

 

Nos comas prennent l’eau ; engloutis volontaires,

Avons de la dérive, moduler l’inconfort

En piètres crawleurs terrassés par l’effort ;

Ne nous reste plus qu’un verbe délétère,

 

Sans substance : sabir gangrené, corrompu

De mots inadéquats, d’expressions surannées ;

Le temps_ jamais _ ne peut des folles années,

Eteindre le hourvari, ni purger son bedon de pus.

 

Coulent du présomptif, en des jours déconstruits,

Des fables annihilant du réel pragmatisme,

La lucidité… il se faut rendre, sans fanatisme,

A la raison, et sans en dédoubler, en l’instruit,

 

Le froid corporatisme ajusté au grégaire…

De la caducité d’étatiques édits, à l’ordalie

Prétendue formelle, le moindre des délits

Devient un casus belli… qui croit-on duper ?

 

Le servile, ce larvaire lié à l’agrégat,

Qu’il soit monétaire où de virtuelles mises,

Où le sophiste imbu, bien sûr, par l’entremise

D’un récipiendaire mué en renégat ?

 

Nos pensées, ce substratum, piègent

Du raisonnable, la teneur, affadissent

Du possible, quand ici, s’épaississent

Les modestes idées, le cœur, cet instable siège.

 

Fossilisés de vains monitoires, en délateurs,

Avons céans, du séculier, et malgré la rétorque

Accusé le bedole, que peu à peu remorque

La pompeuse mort, crainte du zélateur.

 

N’est en ces carricatures, au for de l’inscient,

Nulle retouche probable… confus, irraisonné,

Irraisonnables, ne pouvant pardonner,

L’homme devient peu à peu, un être déficient.

 

En léchant du rivage, les vagues estropiées,

Le sable fait réserve d’iodiques effluves ;

La mer décapitée remonte de la cuve

Où les eaux bercent l'âme qui y perd pied ;

Que n’aurais-je donner pour l’y mieux épier,

Moi, l’enfant suffocant au ventre de l’étuve !

   

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mercredi 30 juin 2021

PRIVILEGE


PRIVILEGE

 

Vous que les ires lestent d’un lourd fardeau,

Voyez s’ouvrir l’aurore au matin radieux !

Si pour vous, les hommes n’ont que d’yeux,

Les miens font aubade derrière le rideau,

Aux Célestes Promesses de mon Seigneur et Dieu :

L’Unique Rédempteur : Jésus-Christ, mon Credo.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

VILLONELLE Max Jacob

VILLONELLE

Max Jacob

 

Dis-moi quelle fut la chanson
Que chantaient les belles sirènes
Pour faire pencher des trirèmes
Les Grecs qui lâchaient l’aviron

Achille qui prit Troie, dit-on,
Dans un cheval bourré de son
Achille fut grand capitaine
Or, il fut pris par des chansons
Que chantaient des vierges hellènes
Dis-moi, Vénus, je t’en supplie
Ce qu’était cette mélodie.

Un prisonnier dans sa prison
En fit une en Tripolitaine
Et si belle que sans rançon
On le rendit à sa marraine
Qui pleurait contre la cloison.
Nausicaa à la fontaine
Pénélope en tissant la laine
Zeuxis peignant sur les maisons
Ont chanté la faridondaine !…
Et les chansons des échansons ?
Échos d’échos des longues plaines
Et les chansons des émigrants !
Où sont les refrains d’autres temps
Que l’on a chantés tant et tant ?
Où sont les filles aux belles dents
Qui l’amour par les chants retiennent ?
Et mes chansons ? qu’il m’en souvienne !

Max Jacob

POETES, VOYEZ-VOS SEMBLABLES

POETES, VOYEZ-VOS SEMBLABLES

 

Poètes, écoutez la pluie sur les carreaux,

Ses humides ridules, ses ondulantes larmes !

Triste, le détenu derrière les barreaux ;

La camérière usant de tous ses charmes,

Aimerait le guider, quand point la solitude,

Mais le prisonnier sait déconstruire ses rêves,

S'offrir un sang neuf, quand s’évente sa sève ;

Sa geôle est un carcan en sa décrépitude ;


Poètes, offrez-lui d’élégiaques tons

Riches d’amour, vagabondages, allégresse !

Faites-lui voir la vie dont le cœur fait ivresse,

Au printemps ignoré du pauvre griveton

Planté sous la guérite, oublié des siens… seul,

Seul, comme vous poète, abandonné, raillé

De la gent ignorante, celle qu’on voit bâiller

Quand la mort revêt l’ignare d’un linceul.

 

Poète, il fait soleil sur vos rimes trop blêmes ;

Le temps n’a plus d’emprises sur la douce folie

Berçant les amoureux au creux du même lit ;

Souvent les infidèles se drapent d'anathèmes ;


La vanité des sages est un long corridor ;

S'y’accotent rires permanents et cris

De vaincus éblouis de l’aura d'écrits

Niés du pontifiant, qui, en conquistador,

Triomphe de l’angoisse, se targue aux décans,

D’armer encor de rumeurs la science,

Les mâles blessés, en pleine déficience,

Accordent, pragmatiques, parfois, en suffocant,

Crédit aux vieux chimistes : tristes morticoles,

Schweitzer au rabais, allergiques au Vital…

 

Poètes, laissez-les, en cette impéritie, boire

Du long fleuve du sot, la spumescente bave !

Il n’est de la faconde, nul son, nulle octave

Qui vaille en la resucée, ennoblir l’histoire.


Du bis repetita, aux rétives confidences

D’amantes esseulées, pouvez, chers poètes,

Ménestrels, trouvères, peut-être anachorètes :

Musiciens de l’âme, coryphée d’ascendance…

 

POURRIEZ-VOUS, dis-je

 

Retoucher le tableau d’un Rubens amoureux,

Le galbe plein de reines sans vertu, ces louves

Aguichantes que les monarques couvent,

Avant de les percer d’un coït douloureux ?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021