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mardi 22 juin 2021

SPLEEN : Charles BAUDELAIRE

SPLEEN :  Charles BAUDELAIRE

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.



Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.


Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.


Charles Baudelaire

ANTILOGIE DE CUISTRE

ANTILOGIE DE CUISTRE

 

Allumer aux manèges des flammèches,

Au matin se vêtant de fragrances nouvelles,

Pour ensuite en moucher le cordon de bobèche,

Rassure l’héritier confirmant la vervelle.

 

Confondre le pédant noblement maniéré,

Le syntacticien d’un cénacle de sages,

Pour encenser son style prétendu modéré,

Est aberration de grammatiste d’adages.

 

Débaucher la novice d’un couvent de carmel :

Clarisse de béguinage aux oscillants vœux,

Pour enfin l’encloîtrer d’observances formelles,

Dévoile l’endiablé… ce rigaudon verveux.

 

Pour ne jamais _ de pompeuses pratiques,

M’asservir, moi l’audacieux librettiste

De riches cavatines, ai de vos encycliques,

Vomi à même table, le jeu du syncrétiste.  

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 21 juin 2021

PAPILLON DE NUIT

PAPILLON DE NUIT

 

Tu traverses les nuits, avant de te poser

Au creux du jour nouveau, battu, écartelé ;

Ta soif de posséder, ton besoin de gruger,

 

Font encor preuves, aux premières rosées,

Du feu dont tu attises, entre les barbelés,

Les corrodantes braises, l’éclat ignifugé.

 

Tu séduis le tendron juste purgé du lait,

La rosière éthérée, sans réelle constance ;

Elles auraient de ton charme empaler

L’agrément dont tu fais insistance.

 

Si ton soleil est noir, ta lune n’est que décan,

Sache taire la hargne dont tu t’auréoles !

Il y a sous ta peau le souffle d’un volcan

Que peu à peu active le pernicieux Eole.

 

Va, et meurs en l’absence des matins engainés

De brumes, de nuages : ténébreuses suées

Perlées au front des sorgues mort-nées

Achevant en ce mal d’insoutenables huées !

  

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

PROFITONS…

PROFITONS

 

Profitons de ces heures propices au rêve,

Quand de l’arbre monte encor la sève ;

Faisons, toi et moi, en de vexantes brèves,

Se gausser la plèbe assoupie en sa trêve.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

DESUETES CONFIDENCES

DESUETES CONFIDENCES

 

En buvant à la source des premières folies,

Avions du temps passé, retouché l’esquisse :

Sublime aquarelle dont hélas ! _ se délient

Les pigmentaires teintes profanées de l’éclisse.

 

Avions l’insouciance des candides pupos,

L’arrogance dont se vêt la jeunesse

Déliée des décrétales chartes qu’en suppôts,

Les caciques inoculent à l’âme en détresse.

 

Des poussiéreux greniers, aux caves ensuiffées,

Respirions d’inutiles brimborions d’armoirie,

Les sénescentes traces ; ces moulures griffées

Vexées de nous voir… d’y penser… j’en ris !

Entrelacés, confiants en la badine, qu’ahuri,

Le béjaune imagine en ses rêves défaits…

 

Le plaisir volontaire auquel on s’accotait,

Avait le goût des jeux interdits, des secrets

Dévoilés en plein jour, savamment chuchotés

D’amants en devenir, en l’étrange… encrés.

 

Rétentives, par devoir… volubiles, par choix,

Mes lèvres baguaient de l’ensellure pleine,

Tes reins en tenailles… quand l’ivresse échoie

D'aléas supplantant la cambrure des reines.

 

A l’horloge des clairs frissons, cognaient

De ferme assurance, d’imprécises secondes

Rythmées en la toquade de mimes soignés :

Contradictoire tissure que le vice émonde.

 

De ta moite balèvre, fusaient des fontaines

Sur le cuir de mon corps immature ;

De jouissives pauses clouaient à ces fredaines,

Un pilori contrefaisant la factice voilure.

 

J’avais, en solitaire, navigué sur le flot

D’ondes masturbatoires, sans consommer

Du froid accouplement, en triste gourdiflot,

Les tumultueuses vagues… et sans m’y arrimer.

 

Je rêvais de nymphes à l’aguichant pubis :

Glissantes sirènes dont l’hymen fait invite,

Et qu’en un soir flouté, à l’écho de l’abysse,

Les mâles retiennent au doux rets qui lévite.

 

Voilà que sur la mousse de ta toison,

Pulsait de ma peau taraudée de chimères,

Langoureux sursauts, et remous à foison :

Ondulatoires séismes de luttes éphémères !

 

Comme elles semblaient loin, très, très loin,

Les putains d’Irlande, les gaupes de Montserrat ;

J’avais par devers moi, et sans serrer les poings,

Décocher sur l’archère (qui m'en déclassera ?)

D’aciculaires flèches… saurai en prendre soin,

Quand au petit matin, fixé au drosera,

L’oubli liera de la nubilité, en l’aube qui point,

L’innocence… la honte ici, sans mal, éclora.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 20 juin 2021

CE QUI DURE René-François Sully Prudhomme


CE QUI DURE

René-François Sully Prudhomme

Le présent se fait vide et triste,
Ô mon amie, autour de nous ;
Combien peu de passé subsiste !
Et ceux qui restent changent tous.

Nous ne voyons plus sans envie
Les yeux de vingt ans resplendir,
Et combien sont déjà sans vie
Des yeux qui nous ont vus grandir !

Que de jeunesse emporte l'heure,
Qui n'en rapporte jamais rien !
Pourtant quelque chose demeure :
Je t'aime avec mon cœur ancien,

Mon vrai cœur, celui qui s'attache
Et souffre depuis qu'il est né,
Mon cœur d'enfant, le cœur sans tache
Que ma mère m'avait donné ;

Ce cœur où plus rien ne pénètre,
D'où plus rien désormais ne sort ;
Je t'aime avec ce que mon être
A de plus fort contre la mort ;

Et, s'il peut braver la mort même,
Si le meilleur de l'homme est tel
Que rien n'en périsse, je t'aime
Avec ce que j'ai d'immortel.

 René-François Sully Prudhomme

A L’ADRET DE MA FOI

A L’ADRET DE MA FOI

 

Puisqu’il n’y a de l’amour,

Au son qui l’accompagne

Au point du petit jour,

En l’éveil de campagne,

Aucune issue possible,

J’aimerais retenir de la haute cocagne,

Chaque jour, à mes châteaux d’Espagne,

L’illusoire clampé aux joutes risibles !

 

Puisqu’il n’y a de la séduction,

Aux rites qui l’encartent

Quand s’enflent les prétentions,

Nulle feinte en ces cartes

Jetées sur le tapis, et qu’essartent

Les lois du cérémoniel,

Les conventicules fades, artificiels 

De grasses coutumes de rétention,

 

Je me dois de livrer aux tatillonnes clauses,

L’oukase pénétré de modulables règles,

De par ces protocoles ajustés aux causes :

Férules injectées souvent à fortes doses…

 


Puisqu’il n’y a en la fin du voyage,

Pas de repos qui vaille sacrifice,

Yeux levés au Ciel, je m’engage

A offrir corps et âme au Fils :

Le Christ-Rédempteur_ sans artifices,

Ma foi, mon cœur, en témoignages ;

Fier d’être Chrétien, quand darde le supplice

De la tentation… mon esprit n’a point d’âge.

 

Je resterai, quand faneront les ombres_

Héritier de L’Eden de mon devenir…

S’il est de vos orages, des volutes trop sombres,

Saurai sans mal_ c’est vrai ! _ céans, m’en prémunir !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021