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samedi 19 juin 2021

EMPREINTE DU RENOUVEAU

EMPREINTE DU RENOUVEAU

 

Le printemps a gardé des saisons trépassées,

Les fleurs et les fruits aux branches craquelées ;

Il s’éveille en l’aurore aux murmures cassés

Du bel oiseau nageant en l’azur bariolé

De sublimes rais chauds, comme vitriolés

Du phébus de Provence, que viennent marteler

Mistral et Tramontane peu à peu délacés

Du souffle des montagnes, ses plis écartelés.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 18 juin 2021

CHANSON Pierre Corneille

CHANSON

Pierre Corneille

Si je perds bien des maîtresses,
J'en fais encor plus souvent,
Et mes vœux et mes promesses
Ne sont que feintes caresses,
Et mes vœux et mes promesses
Ne sont jamais que du vent.

Quand je vois un beau visage,
Soudain je me fais de feu ;
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n'est pas bien mon usage ;
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n'est pas bien là mon jeu.

J'entre bien en complaisance
Tant que dure une heure ou deux ;
Mais en perdant sa présence
Adieu toute souvenance ;
Mais en perdant sa présence
Adieu soudain tous mes feux.

Plus inconstant que la lune,
Je ne veux jamais d'arrêt ;
La blonde comme la brune
En moins de rien m'importune ;
La blonde comme la brune
En moins de rien me déplaît.

Si je feins un peu de braise,
Alors que l'humeur m'en prend,
Qu'on me chasse, ou qu'on me baise,
Qu'on soit facile ou mauvaise,
Qu'on me chasse, ou qu'on me baise,
Tout m'est fort indifférent.

Mon usage est si commode,
On le trouve si charmant,
Que qui ne suit ma méthode
N'est pas bien homme à la mode,
Que qui ne suit ma méthode
Passe pour un Allemand.

Pierre Corneille

 


FLAMMES DE FEMMES

FLAMMES DE FEMMES

 

Les femmes font la chasse à mes sommeils

Meurtris de déshérence, mes repos fardés

D’images subliminales par trop brocardées

De vierges rompues en l’aurore vermeille.

 

Elles ont, et malgré moi, écuré les envies,

Modulé de mes soifs, la brûlante pépie ;

Dois-je espérer céans, nécessaire répit,

Pour atteindre du songe l’onirique parvis ?

 

Les femmes torsionnent mon anatomie,

Arc-boutent de ma dégaine, l’illusoire

Haut perché, le profil posé sur le fil du rasoir,

Et qu’enchâssent les mythes de fidéicommis.  

 

Quand se posent les ombres de délires quiets,

Les spectres de l’utopie enracinée au noir,

Mutines, se font les nymphes du manoir

Où s’accouplent des formes huées du stariets.

 

Au jeu de la séduction, engavées de mensonges,

Se viennent coucher au pied de mon lit ;

Assurent de moite voix, ignorer du délit,

L’inconfort ajusté à ces remords qui rongent.

 

Perdu en la faune moulée de vains désirs,

Mon souffle cherche issue aux interstices

De la métempsycose ou l’apocatastase d’indices

Déchus de l’âme pure… le mal y vient gésir.

 

Entre les flammes des femmes de mon devenir,

Chahutent des désordres veloutés d’ironie…

Que n’aurais-je donné pour en faire déni !

L’atonie de mon double y semble parvenir.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

 


jeudi 17 juin 2021

PARTARUM SECURA ASELLI VILIBUS* Insoucieuse musarde

PARTARUM SECURA

 ASELLI VILIBUS*

Insoucieuse musarde

 

Au cœur de la bohème, se rétractent des vies

Passablement défaites, des destins isolés

De l’existence tierce… surnagent en ces fonds,

Hommes, femmes et enfants, indignement ravis

De trompeurs anonymes les voulant immoler

Au pinacle des fous, dont les rois se défont…

 

Au ventre de l’asocial, se délient les oracles

De penseurs réfractaires aux Divines Lois ;

On les voit musarder au col de la débâcle,

Tels le vieux pérégrin, l’homme de bon aloi.

 

Les guerres et les schismes donnent ton

Aux promesses de gouvernants habiles :

Mandarins de l’ombre défendus du grifton

Retenu aux caresses de rosières nubiles.

 

Entre chiens et loups, s’enclouent les suivantes

Aux étreintes larvaires de poussahs blessés

De n’être de l’odalisque, jamais ne s’en vantent_

Suprême amphitryon, en l’agape dressée.

 

Insoucieuses badaudes… vous bercez en ces lies,

L’impudent pisse-froid, le jocrisse vaincu

De palabres antiennes, mais de vous, se délie,

Le soliste du Corps émaillé d’épisodes vécus !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

DIAFOIRUS DE L’ÂME

DIAFOIRUS DE L’ÂME

 

Ceux qui meurent debout, avalés volontaires

Du caveau des misères, du tombeau du néant,

Implorent de muettes larmes, solitaires,

Les icônes chaulées du théisme béant.

 

On les voit se distordre aux vents de zélation,

S’inféoder de caricaturales coulpes, clichés

De manichéisme, sans montre d’abnégation,

Dont le vénal pénètre, sans jamais l’afficher

 

L’âme emmurée d’absurdes édits séides,

De nuisibles prévarications de mystiques :

Loups à stipendier, califes abbassides

Formolant l’esprit féru de diacritique.  

 

Ceux qui partent intestats veulent du Paradis

Les Richesses dont Christ est Détenteur ;

N’ont que faire des arrhes dont s’irradient

Les sages de la Foi, cet Organe rétenteur.

 

On les voit ânonner à confesse, cœur à nu,

De fades billevesées de piètres repentis ;

Avancent à l’autel, quinteux, trotte-menu,

Cherchant quelque issue sous le vieil appentis.

 

Retenus d’un diafoirus hâbleur, ignare :

Immodeste suppôt du sacramentaire,

Les voilà sur la nef d’un fief de ramenards,

Qu’hélas, les instances ne peuvent faire taire.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mercredi 16 juin 2021

PLUMBUM PLAGA* Estocade plombée

PLUMBUM PLAGA*

Estocade plombée

 

Il est en ma demeure, au profil d'ombres

Qui lentement défilent au soir de mille plaintes,

Une fade silhouette que le silence éreinte :

Fugace empreinte d’une serve bien sombre…

Je l’entends se poser aux rais de l’abat-jour,

Comme éthérée, perdue : évanescente lune

Disjointe du réel, sans constance, immune,

Tel le loup épié de spires à contre-jour.

 

Il est en mon repos de pisteur alouvi

Dont les crocs, sans offre de pitance, enserrent

Du vide à conquérir, ce vaillant adversaire,

Au-delà de l’Ether, rogatons d’une piètre vie.

 

Quand s’éveille la femme en l’onirisme quiet

Captivant ma mémoire, je vois se raccourcir,

Aux primes renaissances, avant de s’étrécir,

Les lueurs s’en venant naître, s’appuyer

Aux parois de mon ciel de lit, s’accrocher là,

Aux tentures moirées du vieux baldaquin

Entretissé du feu de riches arlequins

Pavanant nuit et jour sur le froid altuglas.

 

Il est aux heures écornées de mon devenir,

Sans qu’il m’en soit donné de pouvoir l’expliquer,

Un être qui à ma peau s’y semble dupliquer,

Un double anxiogène que je voudrais bannir…

 

Hélas, de ces feintes soufflées, à mon réceptif,

S’intercalent des rêves proches de l’indécence ;

L’étrange parachève sans mal, de l’insolence,

L’effronterie notoire, se gorgeant d’impudence

En l'éclair de méandres pulsés de l’affectif…

 

Du douteux ressac où se cognent les peurs,

Aux pulvérulents miasmes d’existence,

L’angoisse encerne de la capacitance  

Le réduplicatif excitant ma torpeur.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

 

L'ACCEPTATION Auguste Angellier



L'ACCEPTATION

Auguste Angellier

 

Je te vis dans un rêve après un triste adieu :
Tu marchais dans les plis pesants et magnifiques
D'une robe en velours d'un plus céleste bleu
Que celui des glaciers ou des flots atlantiques.

Quand vers l'orient clair jaillit un premier feu ;
Une gorgone d'or aux cruels yeux tragiques
L'agrafait à ton cou, mais un doux désaveu
Descendait de tes yeux azurés et pudiques ;

Derrière toi luisait une mer de lapis
Dont les flots étages montaient comme un parvis
Vers un grand ciel limpide aux bleuâtres splendeurs ;

Tu tenais dans tes mains de frais myosotis,
Sans me dire un seul mot tu me tendis ces fleurs,
Et j'y plongeai mon front pour y cacher mes pleurs.

 

Auguste Angellier