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mercredi 9 juin 2021

AVEM* Oiseau

AVEM*

Oiseau

 

Envole-toi vers de lointaines sphères !

Viens nager au-delà de l’Ether !

Tu verras la pâleur de l’astre enfoui

Sous les stratus qu’imagine l’Inuit

Et qu’éveillent les bruines délétères

Absorbées au soir du gigantesque puits

Dressé sur le domaine de castes altières…

Là, s’enflent les rumeurs princières.

Au ciel bleu de juillet, les nuages s’enfuient,

Pour ne plus revenir aux ténébreuses nuits

Asphyxier un peu plus, le ventre de nos terres.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 8 juin 2021

LA FILEUSE Paul Valéry


LA FILEUSE

Paul Valéry

 

Assise, la fileuse au bleu de la croisée

Où le jardin mélodieux se dodeline;

Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

 

Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline

Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,

Elle songe, et sa tête petite s’incline.

 

Un arbuste et l’air pur font une source vive

Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose

De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.

 

Une tige, où le vent vagabond se repose,

Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,

Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.

 

Mais la dormeuse file une laine isolée;

Mystérieusement l’ombre frêle se tresse

Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

 

Le songe se dévide avec une paresse

Angélique, et sans cesse, au doux fuseau crédule,

La chevelure ondule au gré de la caresse...

 

Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,

Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :

Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

 

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,

Parfume ton front vague au vent de son haleine

Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

 

Paul Valéry

UT AUFERRENT AB EIS IUGUM* Se défaire du joug

UT AUFERRENT AB

 EIS IUGUM*

Se défaire du joug

 

Ne te laisse séduire du remords ! il enserre

La foi du pénitent mué en contempteur !

En confessant la faute absoute du Pasteur:

Jésus, L’Unique, Le Seul Agneau du Père,

Tu vaincras de l’orgueil, et sans perdre repères,

La trompeuse valeur aboutée au tuteur...

SACHE QUE:

Riche de probité, l’observance prospère.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

PARVULI DILIGITIS* Enfants de l’amour

PARVULI DILIGITIS*

Enfants de l’amour

 

 

Deux enfants s'aiment en l’aube souveraine :

 

Deux regards empreints de lumière,

 

Deux faces pénétrées de grâce coutumière ;

 

S’en éploient des mesures pérennes.

 

Deux faces bercées de symphonies

 

Semblables aux étoiles de la galaxie,

 

Égrènent du jour l’altière autarcie,

 

A l'éveil serein de dives harmonies.

 

En l’aube, discrets, immobiles,

 

Se contaient fleurette, grisés du doux arômes

 

De fruits du bel été ; ici, l’odeur du chaume

 

Monté du foin coupé, stimule le nubile,

 

 L'enfant impatient, s'il se fait gage,


Aux moites vespérales, d'animer du cœur

 

Chaque grelot spolié de rancœur,

 

En un chahut estoquant le langage.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

MERO : VINCENS* Conquérantes senteurs

MERO : VINCENS*

Conquérantes senteurs

 

De mémoire d’enfant, jamais fleurs

Ne furent si belles, si éclatantes…

Ont su lier en mes joies constantes,

La fragrance dont se revêt le cœur !

 

Leur douceur enchâssait à l’amour,

En mes primes approches, le bonheur

D’en jouir, quand s'évidaient des heures,

Les peines encordées à l’offense des jours

 

Profanant la blessure de l’amant éconduit,

Isolé de la meute raillant son infortune ;

Tenace, ô combien, des pièges sans lunes,

J’évinçais la noirceur dont l’âme s’enduit !


J’avais, des nuits d’automne, sans fards,

Au printemps à renaître, empreint

Au seuil d’extases sans frein,

Cosmétiqué l’envie écachée de tares,

 

N'étant_ c'est vrai! _ prémuni d’insolences,

L’esprit contrefait de semonces sonores…

Ma mémoire engluée au mal qui l’honore,

Fait montre d’abnégation, de dolences,

 

De torpeur, sans d'aveux premiers,

Régurgiter sans peine, la répulsive lie…

Au nard musqué des roses, ma folie

A fièrement pincé les sucs coutumiers,

 

Pour donner à ma soif ointe d’émotion,

L’incisive pépie du pérégrin meurtri

D’errements, passablement contrit,

De qui l’aplomb spolie la disposition.  


De mémoire d’esthète, jamais bouquets

Purgés de ripopées, d’hybridisme,

N’a sur mon cœur, posé par atavisme,

Autant d'aisances, ni déloqué

 

D'opinions viciées, l'abscons dépôt !

Aussi, pour m’entremettre, j’écale

Des miennes pulsions, le noyau bancal,

Atrophié (peut-être) à la cireuse peau

 

Du fruit mordu, son cerne violacé ;

Son sédiment accuse la sapidité

A naître du goût dont il a hérité :

L'exhalaison aux fumets nuancés.

 

De mémoire d’aède, jamais plume loquace

N’obvia du poème, afin d’en retenir,

Du disponible, sans les jamais ternir,

Le style, le panache… de la dédicace !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 7 juin 2021

NOUVEL ENTRAIN

NOUVEL ENTRAIN

 

Si nous pouvions au printemps, écrire

Des nobles lettres, l'altière constance,

Aurions eu, au gré des circonstances,

La mesure ; y pourrions-nous proscrire

 

Des spires baignant la chambre,

Sémillante clarté, lueurs aux canisses:

Ces blutoirs feutrant les interstices ?

S'y accotent parfois, les girandes d'ambre.

 

Pendeloques de lustres, grappes de luminaire,

Enjolivent de vos riches manoirs,

Chaudes tentures, velours aux noires

Arabesques, sofa sis près du limonaire.


D'efficace plume, donnons aux demeures,

Avec style, panache, l'esthétique voulue…

Irradiant de noblesse, en un verbe goulu,

Bibelots et peintures alimentant rumeurs.

 

S'en viennent renaître, entoilés de superbe,

D'écornures marbrées, d'élégance,

Somptueuses auras... en de fines brillances,

Le mobilier cossu… sans piques terbes.


En folâtre scalde, mâche-laurier anobli

De Mistral le félibre... concède sans mal

Aux septains de Parnasse, infinitésimal,

Allégeance certaine !... dois-je de l'oubli,

 

Taire défaillance ? Du passé vite éteint,

Exacte dimension ? Mes rimes de trouvère

Domptent de l'absence, en des joutes sévères,

Le prestige d'antan… si ce méchef m'atteint,

 

Dès potron-minet, serai risée d'apadana,

Hué de cénacles, ou d'un triumvirat

De lords obombrés de claustra:

Despotes rivés au fier capitanat.

 

Dois-je d'un nouvel entrain, fleurir

L'épithalame, aux soirs de claires noces,

En chantre de concile, au centre du naos,

La cantilène emplie de souvenirs.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

 

 

À DEUX BEAUX YEUX Théophile Gautier

À DEUX BEAUX YEUX

Théophile Gautier

 

Vous avez un regard singulier et charmant ;
Comme la lune au fond du lac qui la reflète,
Votre prunelle, où brille une humide paillette,
Au coin de vos doux yeux roule languissamment ;

Ils semblent avoir pris ses feux au diamant ;
Ils sont de plus belle eau qu'une perle parfaite,
Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète,
Ne voilent qu'à demi leur vif rayonnement.

Mille petits amours, à leur miroir de flamme,
Se viennent regarder et s'y trouvent plus beaux,
Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.

Ils sont si transparents, qu'ils laissent voir votre âme,
Comme une fleur céleste au calice idéal
Que l'on apercevrait à travers un cristal.

Théophile Gautier