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vendredi 4 juin 2021

BLANDNESS IN SOMNIO MEO* La fadeur de mon rêve

BLANDNESS IN  

SOMNIO MEO* 

La fadeur de mon rêve 

 

J'ai rêvé d’une enfance, et qui ne fut mienne, 

D'un passé à jamais consumé... d’un temps 

Pris aux flammes attisées de l’autan :

Triste souvenir pour l’âme bohémienne. 

 

J'ai rêvé d’un jardin, en un jour pluvieux : 

Les fleurs auraient vécu leur plus belle histoire, 

Les roses s’ouvriraient, pour du déclamatoire, 

Éteindre l’empirisme insufflé du verveux. 

 

Me suis fait géant aux portes du possible, 

Quand l’étrange pinçait de l'humeur cessible, 

Les folles parenthèses du doute séculier... 

 

Me suis vu en l’hiver, écorché à ces ronces 

Dont la chair alimente sous sconse, 

Le cruel ascétisme m’ayant jadis lié. 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

jeudi 3 juin 2021

VENIENT IN Entrez

VENIENT IN

Entrez


Entrez ! mais entrez vite, car la flamme s'affaisse !

Il y a peu d'espoir que je vous sois utile ;

Le jour nouveau  fane de mes prouesses,

La réelle aptitude à me montrer docile.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

EFFET DE NUIT Paul Verlaine

EFFET DE NUIT

Paul Verlaine


La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette

De flèches et de tours à jour la silhouette
D'une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l'air noir des gigues nonpareilles,
Tandis, que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d'épine épars, et quelques houx
Dressant l'horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d'un fond d'ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
Luisent à contresens des lances de l'averse.

Paul Verlaine

mercredi 2 juin 2021

MONYA

MONYA

 

Elle avait l’âge des mensonges faciles,

Des premières fugues, des envies d’autre-part ;

Elle avait le sourire des capresses des îles,

Le charme tourmenté d’impossibles départs…

 

Elle avait les yeux clairs de l’enfance fragile,

L’ambitieuse moue des filles de vingt ans ;

Elle marchait sur la mousse… gracile

Comme les daines… de l’aube, se grisant.

 

On la voyait courir sur les champs encor verts,

S’esbaudir des rais bleus de l’été souverain ;

Sa bouche soufflait des mots savourés du trouvère

Qui, au matin d’avril, s’enlaçait à ses reins.

 

Des nuits vagabondes, conquises en la pâleur

De ses rêves bizarres, s’ajustaient des envies

Proches de l’indécence, éveillant sa douleur

De femme en devenir, comme d’une autre vie,

 

La douceur pénétrée de sa soif d’aimer,

La saveur de l’être, aux ides, sublimée…

 

Ce baume dont les nixes espèrent bienfaisance ;

Sa peau ointe de fragrances nouvelles aspirait

De l’audace, autant que de la retenue, l’offense

Faite aux vestales, liant sans mal, la désespérée.

 

Elle portait le sang bleu de l’infante d’Espagne,

Les fièvres de l’ondine enviée des béguines ;

Pour elle, l’odalisque irait battre campagne,

Offrant à ses victoires, des pulsions sanguines.

 

Monya, conquérante soliste de nocturnes,

Était _   c’eût été raisonnable de le taire ! _

Une noble caresse enjôlée de Saturne :

Une esquisse pochée au-delà de l’Ether ;

 

Pour elle, me ferais en d’autres aquarelles,

Infaillible aquatinte percée de part en part

D’irascibles rais pris à l’atemporel,

Baignés de lumières éblouissant l’espar.

 

Aux heures contrefaites de la vieille clepsydre,

Quand l’automne flattera d’un fade requiem,

La sénescence pleine, cœur bâillonné, en hydre,

Me reposerai, terrassé d'anathèmes,

Sous ses chaudes dentelles, en l’aurore blême,

Respirant de sa mue, aux voiles que l’on sème,

L’appréciable lie insupportée d’anhydres…

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

LE DORMEUR DU VAL Arthur Rimbaud

LE DORMEUR DU VAL

Arthur Rimbaud

Sonnet.

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 Arthur Rimbaud

 


MODICAE FIDE* Peu de foi

MODICAE FIDE*

Peu de foi

 

Ferrailler sur le pont où luttent les noceurs :

Habile gouvernance de lâches potentats_

Faites place, quand s’arme l’oppresseur !

Ils peuvent de l’impasse admirer en l’état,

La beauté du silence, avant la mort de l’âme,

La douceur de l’aurore au point du renouveau ;

Plus jamais ne verront du pesant macadam,

Le sang adultérin coulé au caniveau !

 

Quand les hommes bataillent pour assurer pitance,

Le courage agrémente la pénible manœuvre ;

Quand ils guerroient, pour vaincre l’existence,

S’attirent du Ciel, les foudres… la couleuvre

Qui s’affaire en céraste est un fruit défendu

Auquel ne doit mordre le vaillant chevalier,

Ni le juste affermi, car du malentendu,

L’homme de foi _ hélas ! _ ne se peut délier…

 

Les duellistes sont des chiens enragés ;

Leurs crocs percent au soir, la chair condamnée

Du lourd péché d’Adam… se laissent encager

De gras bambocheurs à la panse tannée.

On les voit supplier, au lit de l’agonie, l’abbé

D’un purgatoire de cardinaux imbus : sages,

Ou prétendus tels d'un magistère courbé

Sous la coupole d’un curieux brassage….

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

PROSOPOPEE D’OSTENDE François de Malherbe

 

PROSOPOPEE D’OSTENDE

François de Malherbe

(Imitée du latin de Hugues Grotius.)

1604.

Trois ans déjà passés, théâtre de la guerre,
J'exerce de deux chefs les funestes combats,
Et fais émerveiller tous les yeux de la terre,
De voir que le malheur ne m'ose mettre à bas.

À la merci du Ciel en ces rives je reste,
Où je souffre l'hiver froid à l'extrémité,
Lors que l'été revient, il m'apporte la peste,
Et le glaive est le moins de ma calamité.

Tout ce dont la fortune afflige cette vie
Pêle-mêle assemblé, me presse tellement,
Que c'est parmi les miens être digne d'envie,
Que de pouvoir mourir d'une mort seulement.

Que tardez-vous, Destins, ceci n'est pas matière,
Qu'avecque tant de doute il faille décider :
Toute la question n'est que d'un cimetière,
Prononcez librement qui le doit posséder.

François de Malherbe (1555-1628)