MARIE
LAURENCIN,
L'ENVOÛTEE
1883/ 1956
Peintre, épistolière, réceptive sultane:
Tu donnes aux besoins, de multiples envies ;
De la plume, aux mots, peu à peu, en dévie
La prédisposition encageant l'occitane.
Ce nymphisme dont seule, tu agrémentes
En des tons nuancés, les plus chaudes esquisses,
Rédimant du profane, les trompeurs artifices
Absouts du néophyte, sa pénible tourmente.
D'insincères éloges de gras mécènes
N'ont sur toi, nulle emprise… tu t'éveilles
En des matins gainés de sucs et de vermeil ;
A ta bouche, les joies s'éternisent sans peine.
Réceptives aux caprices de l'inspiration,
Tes aquarelles pénètrent la moiteur
De cuivres emperlés de roulis contracteurs,
Et qu'égrènent les vents de la séduction.
Alanguie, tu caresses l'étoupe de fertilité,
Enivrée de musiques_ puis, de l'onde,
En ces regards de femmes, vagabondent
Les ombres écernées des nues, avec agilité.
Aux mots insolents dont Max Jacob
Accuse prépotence, tu délaces la trame
De convexes accords en de nuageux drames
Civilisant du style, l'allure qui l'engobe…
Marie, le dadaïsme chevauche de ton art,
En de précieux arpèges, le retour da capo,
De fauves aquarelles incluses à la peau
Pénétrée de douceur ouatée, et sans fard.
Tes saphiques conquêtes d'amante-refouloir,
N'ont pu satisfaire, nous dit Apollinaire,
Ta libertine moue déçue de la catilinaire
De diffus babeleurs arpentant les couloirs ;
Ceux-là qui aux soirs blêmes, t'invectivaient,
Mouchaient de tes lubies, les agrestes degrés
Quand du nombril des serves, tu liais à ton gré,
Le vice ruisselant du flou dont on te vêt…
Ton été indien incendie encor, la nuit,
Mondains de Paris, folles de lupanar,
Ils te placent, ô cubiste, grisée de nard,
Au faîte d’autoportraitistes, quand l'ennui,
Tacle la resucée; Picabia, Georges Braque:
Ces féroces dompteurs, ces néo-affranchis,
Ont-ils, pour toi, aux ides avachies,
Perforé l'étrange enfouie sous la laque,
De disgracieuses rides offensées d'étoiles
Aux caprices de vivaldiennes phases,
Quoique bonifiées, soutenues à la base,
D'un chevalet-trépied mystifié des toiles ?
A Sèvres où Pauline Lambert guidait
De ton lyrisme, l'ambivalente mue, tes mains,
Ces tenailles, ont du précieux carmin,
Molesté la fuchsine, de doigts débridés.
Là, Yvonne Chastel, de vos lettres d'antan,
Dévoilait contenance... à s'en démettre :
Coupables liaisons forcées du périmètre
De lubricité, ce stupre au scandale mutant.
Auriez-vous de l'hédonisme, supplanté
En ces joutes, les folles bacchanales,
Ces niques de femmes aux feintes anales,
Où la langue bague du plaisir, la beauté ?
Qui vous a acculé aux funestes décans
Des solstices, vous, dont la minaudière
Recelait de trésor... dont la gibecière
Cachait de l'infante, les éclats coruscants ?
Dans la nuit du 8 juin 1956, Marie s'en est allée,
Rue Savorgnan-de-Braza, au son du Dies irae:
Ultime cantate... son talent clôt de l'œuvre,
Un fastueux requiem défait de manœuvres
Isolées du parcours jouxté du mausolée
Rincé du goupillon d'un modeste curé.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021