1585/1642
Armand Jean du Plessis de Richelieu, cardinal,
Duc de Fronsac, pair de France, principal
Ministre de Louis, le treizième, hissé au pal
D'une factice gloire en l'aube subliminale.
Esthète, fin lettré, dont les grâces éclosent
En ces chemins où poussent à foison,
Le syncrétisme de clercs en pâmoison
Face au nimbe d'un pouvoir amaurose.
Diplomate, plénipotentiaire, finaud,
Tu harangues avec maestria, domptant
De la faconde, l'excessive décharge, battant
Coulpe aux cercle de cardinaux.
Entre Habsbourg et protestants, tu condamnes
Les duels fratricides, luttes et révoltes
Antifiscales... absolvant de la volte,
Irréfragable tenue… est-ce en ce mal qui tanne,
Que naissent du faubourien, fuites louables,
Allégation de mentors dont parle encor
Le jésuitique flagellé âme et corps,
A l'heure où l'amant se repaît à table ?
Pour toi, la monarchie se vêt d'absolutisme ;
Plus tard, Louis XIV_ De Fleury
Feront de l'éponyme, sans amphigouri,
Noble charisme pincé d'éclectisme.
Tu naquis à Paris, rue du Bouloi : assises
D'historiographie, sans t'y jamais placer,
Te fait tourangeau... cela, sans tancer,
Ton acte de baptême … imprécise,
N'est-il pas, l'informelle voie jouxtant
Ces chaotiques remaniements
Dont l'église à secret !... l'annonce du tourment,
Est-elle à ce point émargée du temps ?
En ta biographie, époques et actes
Sont remaniés, comme la fameuse
Isabelle, ta prétendue sœur, ou la curieuse
Marguerite omise des registres compacts
De Braye-sous-Faye, paroisse du château
De Richelieu en Poitou… dois-je croire
Qu'elle est morte en bas âge… quelle histoire
Que la tienne ! sur elle, passerai-je râteau,
Dois entasser des aveux, le feuillage ?
Tu cabotines en prélat d'avant-scène ;
Ta vie, ce subéreux cordon, égrène
L'apparat chevillée au tissage:
Organigramme lié d'éloquente plume:
Consortium dont l'Etat fait réserve...
La gent naïve, parfois, la brave serve
Te voient les enterrer sous glume.
Tallemant des Réaux dit que tu as triché:
Tu avais vingt deux, pas vingt-six ans
A l'ordination ; déjà, tu voulais, enfant
Être évêque ; le pape te ferait défricher
Les cartésiennes lois et pragmatiques
Édits dont se nourrit l'ecclésia catholica ;
S'en sustente le magistère grisé d'atoca,
D'orges dégluties d'odes psalmiques.
Tu as couché la reine au baldaquin
Des mâles remplaçant le roi pédéraste
De la cour ébaubie, faisant d'abjectes castes,
Royale lignée… Anne d'Autriche, du coquin
Sut tirer profit, offrant à Mazarin, futur
Remplaçant, l'héritier que Louis XIII
Conduira au trône… n'en déplaise
A Marie de Médicis enchâssée de parjures.
Que de débauches en tes mesquines
Vicissitudes, ta palinodie de gonfalonier !
Ta vie de tricheur est à mettre au grenier
Sans poutrelles d'un vieil amas de ruines.
Concini t'a fait ministre pour t'aliéner
Au pouvoir des puissants ; Barbin et Mangot ;
Ils te voyaient prier en minable bigot
A tort, car de ton cœur mort-né,
Sifflaient des exploits dignes d'un Machiavel
Sous la hampe du vice consommable
D'un séducteur féroce, insatiable…
Tu es un cerbère dont la fougue cruelle
Écartèle l'empêcheur de l'ombre,
Si le roi monnaye discrétion, dont
La reine accorde faveurs, en des dons
Défalqués de la bourgeoisie sombre.
La mort à ta porte, éveille les grelots ;
Elle arpente sereine, âme, corps, esprit:
Retable dont l'être défait accuse,
Malgré moult victoires d'où fusent
D'indistincts éclats, un lourd mépris.
Tu souffres de ténesme, cardinal-cul pourri,
Te surnomme la cour; ton hypocondrie
Attouche la glose, quand s'attendrit
Le mal te sclérosant… l'humilié en rit.
Dieu te punit, autocrate de France !
Te voilà, fin prêt pour le Shéol; y pourrissent
Les chiens de mitraille ! Surenchérissent,
Tes lads hués, ces grimés à outrance
Cosmétiquent la flatterie notoire
De la puanteur de ta couche bancale...
En l'enfer de ta dépouille, l'escale
Sera t-elle illusoire ? à quel réquisitoire
Prêtera t-on oreille, à tes funérailles ?
Qui posera à plat tes forfanteries,
Clarifiera du doute somnolent, l'ahuri
Vidé d'engouement, que tu railles ?
Des mots sans conviction me viennent
Avec nonchalance… ne sais du conclusif
Aspirer quintessence… je veux de l'incisif,
Emprunter l'ironie, braver diluviennes
Draches et éparses gouttes ; puis, seul,
Sous l'ondée, quitter du jour nouveau
La coruscation, bien loin du caveau
D'hyménées de saisons sans linceul.
4 décembre 1642, tu meurs de nécroses:
Caséeuses soufflées pulmonaires… cependant,
Le mensonge dont tu sembles dépendant
Annonce un diagnostic, moins morose:
Rhumatismes, gouttes… oh quel art !
La succédanée talle du placebo le style…
Qu'importe! Le cercueil sera au péristyle
D'un fief catholique, confiné, à l'écart_
Drapé d'un voile carmin... telle la lèvre
Dont on dira: elle a pour lui, forcé
Le penne du pucelage, sans mordancer,
La hideuse enfonçure que le mal enfièvre.
Cardinal_ moniales de couvent,
Et candides abbesses, voulaient toutes,
Au pal de cette prépotence, sans doute,
Déposer d'enjôleurs baisers… en rêvant.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021