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vendredi 7 mai 2021

TUNIDES VIGILIARUM SIBI EXCOGITATORIS* Insomniaque penseur



TUNIDES VIGILIARUM 

SIBI EXCOGITATORIS*

Insomniaque penseur

 

 Je vois courir les ombres écarlates

Sur la peau du bitume endormi ;

Y dégringolent, en piètres automates,

Les songes creux d’atones anémies.

 

Avancent d’indiscrètes silhouettes,

Martelant du sol, les bordures crantées ;

S’y écroulent d’étranges pirouettes,

Des clapotis de bruines égouttées.


S'en dégorgent de fétides relents :

Reflux de cloaques dissous en l’aurore ;

Lors, le pestilentiel vicie, en polluant,

Le bel azur que zéphyr évapore.

 

En cet éveil rythmé de soubresauts,

Percera, entre mon double et moi,

Un pont bancal flattant du sursaut,

L'oblongue passerelle, ce tunnel Angoumois...

 

Danse la bourgeoise, quand point matin ;

S'y laisse ravir de tendres lovelaces,

Arborant l'iris solaçant du satin,

L’éclat dont la peau garde trace.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

jeudi 6 mai 2021

EXAUDI ME* Répondez-moi

EXAUDI ME*

Répondez-moi

 

Ai-je de mes quinze ans, illusionné,

Rongé du mensonge des miens,

Muselé la faconde, et en prosimien

Attelé à la branche, bâtonné,

Nos silhouettes, lacéré nos profils

D’adolescents hardis, immatures,

En l’aube, quand nous torturent

Sans mal, les ans qui défilent

Pour avilir, sans vergogne l’espèce ?

A-t-on raison des princières larmes

Roulant au mafflu, sans charme,

Torturées de l’horrible détresse

Enlisant le sujet pétri de maladresses,

Retenu au filin de son double sans arme,

Offensé, blessé, en quête de tendresse ?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

Les yeux d'Elsa Aragon

Les yeux d'Elsa Aragon

 

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.

 

Louis ARAGON

SUPER… * Au fil de…

SUPER… *

Au fil de

 

Au fil de l’eau, s’allongent les roulis ;

Au fil de ma mémoire, s’interfèrent

Chaque son, qu’éveille le courlis :

Musique que l’oubli ne peut taire.

 

Au fil des jours pluvieux, s’évapore le rêve,

Se dissipent les songes désaccordés ;

Demeure, parfois, en d’inutiles trêves,

L’opaque frustration s’en venant déborder.

 

Au fils d’amours confuses, s’amplifient,

Le désordre, l’angoisse du lendemain ;

Surnagent les passions faisant fi

Du fatum accolé au pénible chemin

 

Dressé, au fil des souvenirs, au parcours

De ces êtres sevrés de liberté, ces îlotes

Sanglés de guenilles, méprisés de la cour,

Mais riches en l’affect mué en asymptote.

 

Au fil de l’écriture, s’entrelacent des mots

Pénétrés d’arrogance, de sophisme glacé ;

Ils ont su traverser, en ébauche d’émaux,

La froide lumière qu’encloue la resucée.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mercredi 5 mai 2021

TAM FAMILIAREM TAM… * Si loin… si près

TAM FAMILIAREM TAM… *

Si loin… si près

 

Lointaines contrées, qui pâlissez en l’aube,

Quand le soleil décline, que le ciel plombé

Déverse ses crachins, en poussières d’engobe,

Retenez de la nue les cumulus bombés !

 

Profonds alizés, vous que les vents caressent,

En déposant sur l’onde de ductiles frisures,

Qui donnez sourire à nos douces capresses,

Ramenez-moi mon île sublimée de l’azur :

 

Belle Martinique aux accents tropicaux,

Splendide joyau de la mer des Antilles !

Ma voix vient l’entoiler, au rappel de l’écho,

D’un fascinant moiré, et qu’effleurent nos filles.

 

Archipels dorés, terres cuivrées, sans nombre,

Attisez du Phoebus, les flottantes spirales,

Que j’y voie naître, en des ides moins sombres,

La précieuse aria, son charme binaural !

 

Estuaires modelés de la vague conquise,

Qui tracez aux portes océanes, la nuit,

D’iodiques empreintes… éloignez la banquise

Gélifiant nos rêves, et qu’adule l’inuit !

 

Porterai estocade au vieux songe-creux

Travesti à Palos, pour teinter de chimères,

Mes joies d’enfant sage, de marmouset heureux

De boire aux flux de sources éphémères.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

NON, QUOD SUUS 'NON ME…* Non, ce n'est pas moi…

NON, QUOD SUUS 'NON ME…*

Non, ce n'est pas moi…

 

Ce n'est pas moi, au bord du lac,

Ni l’enfant courant dans la rigole ;

Ne suis de ceux jouant à pigeon-vole,

Quand perlent encor les clapotis de flaques…

 

Ne suis plus, en ces moites saucées,

Garnement hardi mitraillé de l'ondée,

L'improbable déluge le voulant inonder !

Serais plutôt de ceux qui aiment s'offenser

 

De rires gorge-pleine, du chahut des récrés ;

L’enfance s'y abîme, en de rustres clichés…

Les larmes la vieillissent, et sans en afficher,

De la peur, ou du spleen, les possibles secrets.

 

Je fuis les froides stalles de cathédrales,

Le naos glissant de vos chapelles mortes ;

S'y fourvoient ceux que Satan emporte,

Pour en sertir, la nuit, les poches palpébrales

 

D'un glaçant rimmel de vil rigaudon

Dont les saynètes apaisent le monarque

Du royaume peuplé d’îlotes de la Parque :

Clotho, Lachésis, Atropos : elles firent don

 

A l’orageuse plume de Paul Valéry…

Sa vierge de sang plut à André Gide,

Aux vers soupirés, en ces lieux arides,

Pour mieux s'approcher du poète marri.

 


Ne suis, en ces lunes lointaines, héraut

Qui tonitrue de sa voix caverneuse : _

En herméneute_ l'inflexion haineuse,

Viens mander obligeance, céans, au héros

 

Aux brèves acerbes, lors que la gloriole

N'absout du verbe cacardé avec rage,

Phonation de prosodie_ pour, en sage,

Vêtir d’un haubert, l'excuse la plus folle.

 

Suis-je en ces ergs de cendres, de sueur,

Si la plèbe s'enroue_ vil déclamateur

Au minable corset d’espiègles menteurs,

Dont le quintessencié mouche des lueurs,

 

L’oscillante mèche, chichement arrimée

A l'oblong cierge du candélabre usé

Posé au boisseau d’un quelconque musée,

En piteux kaiser… à la toge élimée ;

 

Il le voit s’éroder en l'aube déconfite…

Dire de ce sénescent pitre : _ il fut !!!

Eut été_ je le crois ! _ en un patois confus,

Agréable litote… n'est-ce pas ce que vous fîtes ?


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 4 mai 2021

SINE RUTRUM* Sans fard

SINE RUTRUM*

Sans fard

 

J’ai écrit une chanson, un refrain

Dont les femmes raffolent la mesure…

Je la noue, malgré-moi, d’épissures,

Comme l’audace, quand on y met un frein.

 

J’ai écrit des couplets irradiés de sons

Semblables aux musiques d’antan…

Ils étoilent la vie, puis absolvent le temps

Poussé au souffle lent de l’étrange basson.

 

J’ai écrit en arpèges, autre symphonie

Que celle des marins privés d’océan ;

Il m’a fallu éteindre de tes pleurs béants,

L’infidèle coulée dont la peur fait déni.

 

J’attends, sans plus comprendre, hélas !

La brûlure de ces cris contrefaits,

Eventrés en l’aurore, passablement défaits ;


Vois ! j’argumente des gestes et des faits,

En la matutinale que les froids entrelacent,

Au point du jour révélant du méfait,

Exigible prébende, au matin qui s’efface.

 

C’est ainsi que j’écris, avant de m’entremettre

De l’insoluble peine… me le puis-je permettre ?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021