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mercredi 5 mai 2021

TAM FAMILIAREM TAM… * Si loin… si près

TAM FAMILIAREM TAM… *

Si loin… si près

 

Lointaines contrées, qui pâlissez en l’aube,

Quand le soleil décline, que le ciel plombé

Déverse ses crachins, en poussières d’engobe,

Retenez de la nue les cumulus bombés !

 

Profonds alizés, vous que les vents caressent,

En déposant sur l’onde de ductiles frisures,

Qui donnez sourire à nos douces capresses,

Ramenez-moi mon île sublimée de l’azur :

 

Belle Martinique aux accents tropicaux,

Splendide joyau de la mer des Antilles !

Ma voix vient l’entoiler, au rappel de l’écho,

D’un fascinant moiré, et qu’effleurent nos filles.

 

Archipels dorés, terres cuivrées, sans nombre,

Attisez du Phoebus, les flottantes spirales,

Que j’y voie naître, en des ides moins sombres,

La précieuse aria, son charme binaural !

 

Estuaires modelés de la vague conquise,

Qui tracez aux portes océanes, la nuit,

D’iodiques empreintes… éloignez la banquise

Gélifiant nos rêves, et qu’adule l’inuit !

 

Porterai estocade au vieux songe-creux

Travesti à Palos, pour teinter de chimères,

Mes joies d’enfant sage, de marmouset heureux

De boire aux flux de sources éphémères.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

NON, QUOD SUUS 'NON ME…* Non, ce n'est pas moi…

NON, QUOD SUUS 'NON ME…*

Non, ce n'est pas moi…

 

Ce n'est pas moi, au bord du lac,

Ni l’enfant courant dans la rigole ;

Ne suis de ceux jouant à pigeon-vole,

Quand perlent encor les clapotis de flaques…

 

Ne suis plus, en ces moites saucées,

Garnement hardi mitraillé de l'ondée,

L'improbable déluge le voulant inonder !

Serais plutôt de ceux qui aiment s'offenser

 

De rires gorge-pleine, du chahut des récrés ;

L’enfance s'y abîme, en de rustres clichés…

Les larmes la vieillissent, et sans en afficher,

De la peur, ou du spleen, les possibles secrets.

 

Je fuis les froides stalles de cathédrales,

Le naos glissant de vos chapelles mortes ;

S'y fourvoient ceux que Satan emporte,

Pour en sertir, la nuit, les poches palpébrales

 

D'un glaçant rimmel de vil rigaudon

Dont les saynètes apaisent le monarque

Du royaume peuplé d’îlotes de la Parque :

Clotho, Lachésis, Atropos : elles firent don

 

A l’orageuse plume de Paul Valéry…

Sa vierge de sang plut à André Gide,

Aux vers soupirés, en ces lieux arides,

Pour mieux s'approcher du poète marri.

 


Ne suis, en ces lunes lointaines, héraut

Qui tonitrue de sa voix caverneuse : _

En herméneute_ l'inflexion haineuse,

Viens mander obligeance, céans, au héros

 

Aux brèves acerbes, lors que la gloriole

N'absout du verbe cacardé avec rage,

Phonation de prosodie_ pour, en sage,

Vêtir d’un haubert, l'excuse la plus folle.

 

Suis-je en ces ergs de cendres, de sueur,

Si la plèbe s'enroue_ vil déclamateur

Au minable corset d’espiègles menteurs,

Dont le quintessencié mouche des lueurs,

 

L’oscillante mèche, chichement arrimée

A l'oblong cierge du candélabre usé

Posé au boisseau d’un quelconque musée,

En piteux kaiser… à la toge élimée ;

 

Il le voit s’éroder en l'aube déconfite…

Dire de ce sénescent pitre : _ il fut !!!

Eut été_ je le crois ! _ en un patois confus,

Agréable litote… n'est-ce pas ce que vous fîtes ?


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 4 mai 2021

SINE RUTRUM* Sans fard

SINE RUTRUM*

Sans fard

 

J’ai écrit une chanson, un refrain

Dont les femmes raffolent la mesure…

Je la noue, malgré-moi, d’épissures,

Comme l’audace, quand on y met un frein.

 

J’ai écrit des couplets irradiés de sons

Semblables aux musiques d’antan…

Ils étoilent la vie, puis absolvent le temps

Poussé au souffle lent de l’étrange basson.

 

J’ai écrit en arpèges, autre symphonie

Que celle des marins privés d’océan ;

Il m’a fallu éteindre de tes pleurs béants,

L’infidèle coulée dont la peur fait déni.

 

J’attends, sans plus comprendre, hélas !

La brûlure de ces cris contrefaits,

Eventrés en l’aurore, passablement défaits ;


Vois ! j’argumente des gestes et des faits,

En la matutinale que les froids entrelacent,

Au point du jour révélant du méfait,

Exigible prébende, au matin qui s’efface.

 

C’est ainsi que j’écris, avant de m’entremettre

De l’insoluble peine… me le puis-je permettre ?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

UMBRA* Nuance

UMBRA*

Nuance

 

Des nuances mauves embrasent le tableau ;

Fauve et pastel s’incarnent en la pochade

Dupant l’aquafortiste étranglé du simbleau …

De la munificence, à la bambochade,

S’étire le cordon de nos amours en rade,

Dupées de l’aquatinte émargée du troubleau.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

AUT NON NATUS NATA* Naître ou ne pas naître

AUT NON NATUS NATA*

Naître ou ne pas naître

 

Je vais par les chemins où se perdent encor,

L'homme, cet animal: fougueux destrier,

L'enfant, ce débonnaire: fœtus expatrié

De la matrice où s'allume le corps.

 

Longeant du devenir, aux aurores,

Le tortueux boyau de fiefs sans jardins,

Ma vie s'alune sans peine, ni dédain,

Refoulé du passé, ses fièvres sonores

 

Parfois diluées des peines de gosse,

Les déshérences aux larmes du deuil

De lacrymales... peu à peu s'y effeuillent,

Les années éventrées du négoce.


Je dévie de l'allée où tempêtent les vents,

S'irrite la tornade de désirs ambigus…

Mon envol pose ici, des soupirs exigus,

Aux travées de souhaits captivants.

 

Naître sous la ramure de jours lumineux,

Boire de la rosée, de diaphanes perles…

Ouïr l'oisillon abecqué du beau merle

Au plumage frôlé du germe glutineux.

 

Partir sans besace, s'accoter au rocher,

Puis de la corne, priser abondance...victorieux

De nuits où gît le cœur incurieux

Arc-bouté aux heures amochées.


Fin prêt pour le départ… Le Ciel me tutoie ;

Que n'aurais-je donné pour vivre sous son toit !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 3 mai 2021

ZUCAYAN Maurice Vallet

ZUCAYAN

Maurice Vallet 

Les filons furent épuisés
Avant d'être mis à jour
Ils furent exploités
Avant même d'exister
Zucayan
A Zucayan

A Zucayan
Les chercheurs ont jeté
Leurs pioches et leurs tamis
L'or est devenu sourd
A leur triste folie
Zucayan
A Zucayan
A Zucayan
Les sales et mauvaises fleurs
Ont envahi les rues
Les plantes carnivores
S'installent sur les balcons
Zucayan
Les hommes se sont tus
Ils ont fui leur maison
Et sont partis ailleurs
Refaire fortune encore
Zucayan




Tout seul je suis resté
Parmi les indiens bleus
Les lianes enchevêtrées
Et les anciennes mines
Zucayan
Ma barbe pousse lentement
Et la couleur de mes yeux
Se délave dans le temps
De ma mémoire en ruine
Zucayan
Je vieillirai sans joie
Auprès des piranhas
Et je finirai roi
De sauvages trop sages
Zucayan
Au moment du voyage
Je retrouverai les mines
Je redécouvrirai les filons
Je redeviendrai riche
Zucayan
A Zucayan
A Zucayan

PER TRINUS* Aller-retour

PER TRINUS*

Aller-retour

 

Partir ?... J’y ai pensé ; rester, j’y pense encor ;

Mais, au fait, quel indice profane, ou présage

Me pourrait retenir au sombre paysage

Dont s’insurge l’amour, ce factice décor

Pénétré d’insolubles couleurs, ce mucor

Parasitant l’ivresse décisionnelle ? sans adage,

Je confesse céans, en mes plus belles pages,

Farder de la garde, les ultimes voyages :

Prosodiques trochées sevrés de désaccords.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021