pinterest

mercredi 21 avril 2021

SOLITUDINEM

SOLITUDINEM


Ma solitude est l'arbre où se meurent

Fleurs et ombres déchues au soir ;

Personne ne la connait plus ; j’ai peur

Des traces m’empêchant de m’asseoir.

 

C'est une terre aride, un désert

Traversé de mille souvenirs:

Ruines, chagrins, folles misères ;

Rien pouvant m’appartenir.


J’ai vu naître sous mes soleils éteints,

L’amertume de piètres lendemains ;

La femme fuirait de mon lugubre teint,

L’esquisse traversant ces chemins.

 

Ma solitude pose au revers des larmes,

Des perles entachées de regrets ;

D’avoir cru au bonheur, ai du charme,

Évincé les  feintes sans attraits…


Je crains qu’il faille des plaintes acerbes,

Des jérémiades, élaguer la rengaine,

De lascifs soupirs, de propos terbes...

Nulle issue en dehors de nos peines.

 

Ma solitude achève du col des années,

L’inexact reflet, l’exsangue nitescence…

Y dois-je voir en ces heures damnés,

L’exil claveté au pieu de l’absence ?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021 


mardi 20 avril 2021

SUPERBIAM POTENTIUM* Puissants et arrogants

SUPERBIAM POTENTIUM*

Puissants et arrogants

 

Vous les puissants du monde en faillite,

Ne voyez-vous pas les bombes, les pavés ?

Prières, cris, psalmodie, credo ou ave,

N’ont pu taire la rage de peuples sans gîte !

 

Messieurs les princes de la plèbe nue,

Vous souvient-il des jours où l'innocent

Se faisait tuer, baignait dans son sang ?

Etiez comme lui, puéril, ingénu…

 

Le monde a faim et froid… il a peur,

De vos mensonges, de vos infamies…

Voulez dépolluer la terre, tuer l'ennemi ;

Cet ennemi, c'est vous les trompeurs

 

Embourgeoisés en la grandiloquence,

Quand l’âme agonise encor à l’étroit,

Où surnagent les manants sans toit ;

Dansent sur vos tombes, sans allégeance,

 

Les silènes raillant les tristes ministres,

Ces retors : bouffis récipiendaires ;

Se verront aux ides calendaires,

Relégués au rang de factotum, de cuistres

 

D'un état formolé de grèves, séditions…

La mort, en messagère, arpente les allées,

Détruit, pille, massacre… de vos mausolées,

Verrez les cités s'enflammer, les bastions…

 

S'écrouleront… impuissantes, à bout ;

Des créatures surgissant d'outre-lieu,

D’artères bondées… l'enfant prétendu pieu,

Pointera fusil, grenades… pieds dans la boue,

 

Cœur écorché, la haine pour armure…

Messieurs, qui pour vous, fera faction ?

Serez prisonniers de vaines délations,

Vous affaisserez, tel un fruit top mûr !  

 

Les villes de sang, les champs ruinés,

Profusion dont vous faîtes jouissances,

Seront désormais, en vos paissances,

Vomi composite, glaire minée ! … 

 

Chine, Maghreb, Europe, Afrique,

Contribuable armé, corvéable en éveil,

Refusent rogatons, boudent la treille

D'agapes, sous le tanin nitrique…

 

Ce cosmos s'éloigne du Ciel, se meurt,

Meurtri de colère ; il chancelle, est ivre

Du nectar des chefs ; ne veut plus suivre _

On le comprend ! les mises en demeure !

 

C'est la révolution : tout doit s'écrouler !

La guillotine est là, sur la Grand-Place,

Où la foule, qui de la reine, sans grâce,

De Louis, le pleutre, verra blackbouler

 

La décapitée… triste sire, triste fin...

L'insolent de la fière Amérique,

Verra son mur, à l’ubac du Mexique,

En buse, fondre sur ce dôme assassin.

 

Caracas boira son pétrole, par lampées ;

Le fief de Mao épiera de ses rides jaunies,

La folie drapant les honteuses manies

D'esprits toxiques s'y venant clamper !

 

Naîtra un autre ayatollah : tyran

Toujours serti de clichés de soufisme…

Orient, Occident, bagués de syncrétisme,

S'éventreront… Babel, au froid torrent

 

De la vanité, puisera le flux tiède :

Cette baille, avant que de roidir, enfin,

Quand tonne le chant des Séraphins

Entourant Le Vrai Roi ; Je Le concède.

 

Du Shéol, monteront des fumées

La conflagration de Paris en détresse…

La France bridera des organes de presse,

Journaleux, tabloïds désarmés…

 

S'affaisseront ministères et conseils,

Sénat et Parlement : entités sous le feu

De hordes butées, visage suiffeux,

Incendiant les fiefs tenturés de vermeil.

 

Il était une fois, un roi, puis deux, trois…

Ne prirent que trop tard, le pouls des gens ;

La gangrène du sorite s’encageant

De faux gages, le votant à l'étroit

Dans ce monde déchu… ce sinueux détroit.

 

A vous de jouer, messieurs les gouvernants,
Vous, qui de ce cerneau, figiez le nanan !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

ELLE AVAIT PRIS CE PLI… Victor HUGO

ELLE AVAIT PRIS CE PLI

                                                     Victor HUGO

 

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c'était un esprit avant d'être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.

Oh ! que de soirs d'hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J'appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu'elle est morte ! Hélas ! que Dieu m'assiste !
Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

lundi 19 avril 2021

NATI CORAM VOBIS CLAMATE* Naître avant de crier

NATI CORAM VOBIS CLAMATE*

Naître avant de crier

 

Qui a mis mon printemps en cage,

Qui l’a cloué au pal des souvenirs,

Au matin où s’éveille encor l’avenir,

Illustrant de la vie, les charmantes images ?

 

Quand j’ai vu son visage aux portes de mon lit,

J’ai su que l’amour s’en venait ici, naître ;

Il y avait des fleurs, qu’emportait le roulis

De la belle lagune... avant de disparaître

 

Des jardins désolés, du courtil vieillissant ;

Le froid a rentoilé les soupirs éventés,

Les râles du marin, les cris, envahissant

De prétentieux remous, leur colère butée.

 

Comme l’enfant blessé, qui avant de crier,

Se défait du carcan de la puérilité,

L’homme violenté, qui avant de pleurer,

Se cache du péché dont il a hérité,

 

La nature pourfend de dague princière,

Les blêmes rogatons de l’automne déchu ;

S’ouvre au renouveau, héroïque, altière,

Défaite du rude joug du feuillage branchu.

 

Lorsque ma peau agrémentée d’envies,

S’étire au jour nouveau, les yeux clairs

De la fille de mai, dont la voix me ravît,

Etoilent mon regard, et qu’éclairent parfois,

 

De doux miroitements teintés de nitescence ;

Mes songes en devenir, accusent du voyage,

Les possibles haltes, en cette efflorescence

Irradiant dès l’aube, mes plus belles pages.

 

Me voudrait-on griffer d’un hallier d’inconfort,

M’érafler de la pointe de la folle broussaille,

Si je pose des mots, sans farder du décor,

La carricature des ombres qui m’assaillent ?

 

Qui peut, de mes printemps, écaler la superbe,

Harnacher mes jouissances réceptives

Aux métamorphoses transgressées de l’acerbe,

Sans payer le prix fort, craindre l’imaginative  

 

Dentelant du verbe les précieux accords ?

Sera-ce, en de douteux morphèmes,

Que les mots flatteront en l’ego, le monème,

Sans crisper du langage, pour l’enclore,

 

L’expressive gestuelle, la pantomimique,

L'abrasive étreinte dupant la poétique ?!

Je veux de l’élégie, au printemps magnifié,

Aspirer la saveur, boire du liquoreux,

L’étrange velouté… aussi, pour ne me fier

Aux trompeuses invites, ces attraits poreux,

 

Je sarcle nuit et jour, les bordures

De cerces, et sans m’apitoyer, la nuit,

De l’atrabile qui, trop souvent perdure,

Pour, dès potron-minet, réactiver l’ennui.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 18 avril 2021

PILA PUER* Enfant de la balle

PILA PUER*

Enfant de la balle

 

Je croyais que j’étais un enfant de la balle,

Un prodige du cirque, un fier acrobate ;

Au-dessus des filets, quand d’autres se débattent,

Tanguerais sur le fil, en gracieux bubale.

 

Je me voyais courir sur la piste nacrée,

Quand les lumières ceignent le chapiteau…

Je n’avais d’avenir, que perché au tréteau

De cette gloriole nous voulant tous encrer.

 

Aux yeux des trapézistes, serais frondeur,

Nuisible cabochard, en quête de bohème…

Ma vie ferait, en ces aubes trop blêmes,

Eclater les jointures de l’immonde froideur.

 


J’aurais, aux grises mânes, avant de m’en aller,

Percer tous les mystères de la gent cafardeuse ;

Des lubies absconses, la sève acineuse,

J'éteindrais la brûlure les venant empaler.

 

D’aucuns diraient de moi : _ se peut-il, au soir,

Qu’il survive aux affres de la morosité !?

Puis, d’un langage fade, voire inusité_

Il a, des rêves pleins, encordé l’illusoire.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
re les cols ténus de l'offense et l'ivresse des cimes de la poésie. Naissent en mes vertiges, d'élégiaques remembrances. Mes poèmes sont vôtres... J'écris par peur de taire les contradictions miennes. Armand Mando ESPARTERO