NE SOMNIS*
Emperchez
mes rêves
Faites-moi des nuits blanches, encor voir
Les lutins musardant sur la voie périastre,
Les kobolds germains, s’il se met à pleuvoir
En nos rêves déçus, dénoués du désastre !
Montrez-moi le chemin emprunté de l’ondine,
Le sentier parcouru du pan des fontaines !
M’y laisserai bercer de futiles comptines,
Semblables aux fabliaux du sieur Lafontaine.
Entrouvrez pour me plaire, l’antre de Mélusine,
Le portail de Morgane, le fief de Lusignan !
Poudré de froides neiges, parfumé de résine,
Le domaine de Nyx voilera ses banians…
Quand je les vois courir au centre du repos,
Braver la nébuleuse excoriée de sa mue,
Remuer des brumailles, l’indestructible peau,
Je me dis:_ les sylves pantelantes, émues
N’ont plus, hélas, aux sorgues de Dryoma,
De leur devenir, que silhouette fanée, profil
Ridé de laiderons figés, émargés du coma ;
S’y engouffre le Drac, aux astres qui défilent !
Elargissez la berge des pas désunis, quand,
Gorge pleine, grisé de mandragore, Iratxo
De guingois, écoute Poulpiquet, aux décans,
Déclamer en l’automne, au son bref du saxo_
Je dompte de la butte aux Cerfs, aux froids,
Le faîte ennuagé, afin d’en amortir, aux lunes,
Les sinueux crantages conduisant au beffroi
Du royaume de l’Ogres aux pierres falunes.
Paupières mi-closes, j’extrais en lapidaire,
Les précieuses gouttes du sommeil à venir…
Défroissé, sous les draps qui l’adhèrent,
Mon corps rythme du temps décadaire,
Aux houleuses minutes, les heures à bannir.
Armand Mando ESPARTERO© copyright
2021