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lundi 8 février 2021

A UNE DAME CREOLE CHARLES BAUDELAIRE

 

A UNE DAME CREOLE

CHARLES BAUDELAIRE

 

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

ADMONITIO* Admonition

 

ADMONITIO*

Admonition

 

S’il faut de la mémoire évincer les tumultes,

Il nous faut aussi purger la remembrance,

De sombres souvenirs teintés d’indifférence,

Quand le plus faible, au péché, rend un culte !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 7 février 2021

NE SOMNIS* Emperchez mes rêves

 

NE SOMNIS*

Emperchez mes rêves

 

Faites-moi des nuits blanches, encor voir

Les lutins musardant sur la voie périastre,

Les kobolds germains, s’il se met à pleuvoir

En nos rêves déçus, dénoués du désastre !

 

Montrez-moi le chemin emprunté de l’ondine,

Le sentier parcouru du pan des fontaines !

M’y laisserai bercer de futiles comptines,

Semblables aux fabliaux du sieur Lafontaine.

 

Entrouvrez pour me plaire, l’antre de Mélusine,

Le portail de Morgane, le fief de Lusignan !

Poudré de froides neiges, parfumé de résine,

Le domaine de Nyx voilera ses banians…

 

Quand je les vois courir au centre du repos,

Braver la nébuleuse excoriée de sa mue,

Remuer des brumailles, l’indestructible peau,

Je me dis:_ les sylves pantelantes, émues

 

N’ont plus, hélas, aux sorgues de Dryoma,

De leur devenir, que silhouette fanée, profil

Ridé de laiderons figés, émargés du coma ;

S’y engouffre le Drac, aux astres qui défilent !  

 

Elargissez la berge des pas désunis, quand,

Gorge pleine, grisé de mandragore, Iratxo

De guingois, écoute Poulpiquet, aux décans,

Déclamer en l’automne, au son bref du saxo_

 

Je dompte de la butte aux Cerfs, aux froids,

Le faîte ennuagé, afin d’en amortir, aux lunes,

Les sinueux crantages conduisant au beffroi

Du royaume de l’Ogres aux pierres falunes.

 

Paupières mi-closes, j’extrais en lapidaire,

Les précieuses gouttes du sommeil à venir…

Défroissé, sous les draps qui l’adhèrent,

Mon corps rythme du temps décadaire,

Aux houleuses minutes, les heures à bannir.  

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

NOCTES* Nuit après nuit

 

NOCTES*

Nuit après nuit

 

Je n’ai pour toute famille, qu’une plume

De laquelle naissent des harmonies,

Quelquefois… de nobles symphonies

Au revers d’accords que le passé bitume.

 

Ne s’éteignent jamais les humiliations

Eventrant de ma vie, le majestueux retable ;

De ce riche triptyque, en l’humeur agréable,

S’évanouissent les tons de la conception.

 

Je suis un chien battu, sans niche, ni écuelle ;

Mes sourires fardent encor du possible,

Avant que de sombrer, les degrés accessibles

Empruntés de jobastres en d’étroites ruelles.

 

Je n’ai pas d’amis, ni d’âmes à consoler…

Longeant les rails d’un monde mécanique,

Sans espace, ni lune… les liaisons claniques

M’éloignent de la gent me voulant isoler.

 

Mes pas se sont défaits des marches nuptiales,

Qui, du parvis, au lit, accouplent les amants

Scellés de vanités, d’inclassables tourments,

De mensonges feutrés, de passions abyssales.

 

Quand je m’en irai voir s’affermir le cosmos,

Mes nuits ne seront plus rivières de larmes,

Mes jours auront vaincu l’irrésistible charme

Des sirènes goulues que les vices engrossent.

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

samedi 6 février 2021

HIBERNIS AUTEM HUMORIS* Hivernale moiteur

 

HIBERNIS AUTEM HUMORIS*

Hivernale moiteur

 

O pâle douceur des matins hivernaux,

Quand le petit jour bâille d’un radieux cil !

La brume se disperse, en volutes dociles

Nimbant l’aube claire de rais subliminaux.

 

Février en escale sur les jardins flottants,

Pose sa chaude mante au faîte du bel arbre

Peu à peu, obombré d’un Hercule de marbre,

Où de cette Aphrodite au regard hésitant.  

 

En la molle paresse de l’aurore alanguie,

S’étire ma doublure de rêveur amorti

D’oniriques chimères, de pensées abêties,

Dont s’animent encor les sorites groggys.

 

Sur la couche voilée de cette servitude,

L’empreinte de ma mue encercle les suées

De désirs consommés, consommables, liés

Au désordre foulé de brèves assuétudes.

 

Refoulant des craintes, l’approximable chute,

J’erre sous le duvet de l’étrange paresse,

Cette indolence clivée de maladresses,

Et qui de l’aboulie, se trop souvent permute.

 

J’aime à me fractionner en-deçà de l’errance,

Ecarteler de la pleine constance, la fixité…

Que n’ai-je, aux grimes de l’affect, plébiscité

L’emphase, avant que de me taire… l’absence

 

Est un remords sans pathos, ni gêne !…

Ne se peut compromettre celui qui l’agrémente

De douteuses pratiques… se peut-il qu’il mente

A son ego, pour enclore en ses gènes,

Le douzil du sang que les larmes égrènent,

Les regrets, subtilement, fermentent !?

 

En l’hiver enneigé de discourtois flocons,

Ma dégaine meurtrie de la roide froidure,

Vient puiser en l’éveil, cela, si elle dure,

La fatale coulée… de l’ivresse au flacon.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 5 février 2021

ITERUM HESTERNO DIE…* Hier encor…

 

ITERUM HESTERNO DIE…*

Hier encor

 

Les filles que j’ai aimées…infidèles amantes,

Rosières de mai, ou sages damoiselles,

Celles qui nous attirent, nous aimantent,

Qui sourient, avant qu’elles nous mentent,

S'imaginent avoir encor des ailes.

 

Femmes devenues sur la couche fanée,

Aux bras d’un homme sans attirance,

Dénouent des souvenirs, en l’absence,

Les soyeuses dentelles du désir intense,

Devenu sépia d’archaïques années.

 



Ai, à leur source, bu, en ces ides cuivrées,

Où le soleil grime de la joviale face,

L’imprécise moulure dont se délacent

Les formules nous voulant enivrer.




 J’ai vieilli, sans d’elles, goûter l’appréciable,

Sans de leurs sentiments, aspirer l’affectif…

Aussi, n’ai-je du remords concis, réactif,

Qu’illusoire concept, en l’influx imbitable.

 

Les filles de mes quinze ans, tendrons

Parfumés d’insolence, ont fait de moi,

Au soir, quand leurs rêves larmoient _

Je crois qu’elles m’entendront _

 

Pauvre pérégrin assoiffé d’aventures,

Flâneur sans attaches… fleur au fusil,

Je trimarde heureux, faisant fi des sursis,

D’aléas émargés de mes villégiatures.

 

 

  Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021