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lundi 11 mai 2020

…EX OPTIMIS PESSIMI*


…EX OPTIMIS PESSIMI*
Du pire… au meilleur

Que j'aie aux sombres jours,
La force du mâle en l'évolution !
Viendrai, en vaillant troubadour,
Modeler de l'histoire, l'assertion…

Au soir, psalmodierai, grisé
Du nard du solennel idiome ;
Ferai à rires que voici, sans biaiser,
De la stichomythie, du référendum,

Argumentaire de lois rationnelles,
Riches de pragmatisme, cartésiennes ;
Amputerai enfin du traditionnel,
La berne de la gent stoïcienne.

Penchés au balcon des servitudes,
Étiez en senestres, loufiats de lord,
Factotums formolés d'hébétude,
En l'allée où pousse encor l'or ;


N'aviez que rogatons, poussières
De trésors ignorés de laquais,
De caméristes, de chambrières
Qui du cuissage, font grincer loquet.

Je m'offre ici, non en orgueilleux
Bedole, mais, herméneute du Roi,
Christ-Jésus, Le Seul, Le Merveilleux,
Dont le Calvaire sublime La Croix !

L'histoire vous semble accessible
Aux rumeurs de bousins apocryphes,
Du nonce aux murmures cessibles,
Sentencieux édits, hiéroglyphes ;

Ai fui des pénibles voltes, souvent,
Les permutations de catéchèse…
Moi, citoyen d'outre-lieu ! Survivant
De rogues, cul entre deux chaises.

S'allument en moi les brandons
De polymorphie; vaquant des vices
Dont hier, vous me fîtes don,
Quand la peur derrière les canisses

Trouble des conversions, l'attrait,
Aiguisant de la foi, le truisme,
Sans des lapalissades déparer
L'artificieux, sans sophisme.

A ma table d'invite, goûterons
A la treille vermeille; puis, seuls,
Irons sarcler les graterons,
De promiscuité, chiendent de linceul,

Aux noires fronces… vous suis fidèle,
En tous points, disponible ô combien !
Organdi d'infante, diaphane dentelle,
Voileront le tertre pubien,

Au matin, des filles au panier ;
Dans les prairies, exulteront enfin…
Il y aura du blé plein les greniers,
Le printemps meublera de la faim,

Les prés de Babylone, trop longtemps
Suspendue au faîte du passé: prairies
Où paissent outardes, daines, en l'autan ;
Fusent les bises délacées de Paris.

Laissez-moi dessouder le maillon
Le plus faible! Vivrez libre, heureux,
Sans du flou, comme l'écrivaillon,
Lier des mots, le verbatim ocreux !

Loin de Compostelle, de Berzée,
Nous prédicants, en Soldats de Dieu,
Ajusterons à l'âme, sans billevesées,
Le Céleste Cordon, l'Appeau mélodieux.

A l'heure dernière, sonnera La Trompette,
Dirons au Seigneur: Béni soit Celui
Qui vient en Ton Saint Nom ! Sois prête
Épouse… s'évincent les affres de nuit !




Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

QUOD SPACIUM ! *

QUOD SPACIUM ! *
Que d’espace !

La route que j’emprunte s’effiloche,
Se perd en des méandres poudreux,
Anfractuosité du champ poudreux
Dont les rives lointaines accrochent

Au paysage insolent inconfort, gêne
Quand la rosée imbibe encor
Du clair cocon de nue, le décor,
Artefact au revers des plaines ;

Des rues crantées, les caniveaux
Empuantis refoulent des muances
Un tenace remugle ; sa pestilence
Accentue les flux de caniveau...

S’y égarent mes pas désenchantés,
Ma bohème, au faîte d’un espace
Détrôné du périastre et qu’enlacent
Les vents aux vexantes battées ;


Parfois de nos saisons ridées,
Fane la flore sans étamine ;
L'orage tonitrue, puis, fulmine
Sur la peau du cosmos trop bridé.

Que d’espace ! D’interlignes célestes
Sur la page des réminiscences !
Celles qu’il me convient, offensent
De mes lunes, les clichés agrestes

Survolant les monts dessillés, à l’aube
De phoniques éveils ceints de joies
Semblables aux fêtes ; l’Albigeois
En croisade, en honore le globe:

Faste, grandiloquence, rites
Lestés du zélateur sans ganses ;
J’eusse aimé de l'inconvenance,
Me défaire ; atteindre l’ivresse azurite.


Irai sans m’en faire jamais, semer
Aux cycles froids, d’écarlates soleils,
Spires teintées du lourd sommeil
D’enfants purgés du verbe "aimer"

De dives harmonies pénétrées
De douceur, senteur… de vie ;
Aimerais, heureux, boire, ravi,
A La Source, l’apothéotique attrait.




Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

dimanche 10 mai 2020

PERDIDIT IN DELICTUM*


PERDIDIT IN DELICTUM*
Égaré en l'offense



Suis parti seul… reviendrai-je un jour,
Donner du lest à vos allégories,
Aux raisonnements veules, ces ajours
Enjuguant des sens, l'austère aporie ?

Je soulève les fleuves de l'âme,
Parfois, à l'orée de décembre,
Les pas désenchantés, du macadam
Où déchoient les miasmes de cendre.

J'ouïs au lointain, les volatiles ;
Butant aux parois de l'oubli
Dressées en ce décor futile,
Y nimbant tous les vents affaiblis.



Les noces dont Mars se fait fête,
Animent du périastre, aux solstices,
Les cailloux orbitaux, en émiette
De l'exosphère, les minces interstices ;

Sustentant, avant que de pâlir,
L'onirisme aux troubles viciés,
Aux angoisses voulant ameublir
Des jardins froids, les dissocier,

Jachères du temps en équilibre,
Brandes nouées de résipiscences ;
Que n'aurais-je donné pour être libre,
Loin des cris dénervés de sapience.

Ai rêvé en partant, que le silence,
Est, des mutations amères,
Imbuvable tanin d’abstinence,
Délié des brides métamères.

Me poserai nu sur la banquise,
Juillet m'étant insupportable ;
Moi qui l'ai dégustée en friandise,
Voici que je la crache sur vos tables !


Retenu au filin du sarcasme froid,
L'aplomb anoblit mon courage ;
Ne passerai au nord des sous-bois ;
Vomissant des fièvres, ma rage…


Serais-je un Maure d’Érythrée,
Las des rites du soufiste piégé
Du manichéisme du fier lettré,
Ce docte nous voulant assiéger.

Offensée de vaines échappatoires,
Ma vie s'ajuste au busc de l'histoire
Enviée du style déclamatoire
Absorbé des règles attentatoires.




Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

NOVIS ITENERE*


NOVIS ITENERE*
Etrange parcours

S’il est d’autres sentiers, de jardins
Berçant de molles avancées,
Le cahoteux parcours, le fier citadin
En ignore souvent, la traversée.

Se peut-il que l'on piétinasse sans mal,
Les sillons foulés du preste spadassin
Ficelé d’engrêlures, aux nuits optimales,
Du soudard devenu ignoble assassin ?

Si se meurent au matin, bruines,
Crachins, de folles déferlantes,
Voit-on s’éveiller d’altérables ruines,
Spectres, ébauche bringuebalante ?


En de sombres parcours s’éteignent
Peu à peu, les somnolentes braises
Du futur à renaître, et qu’atteignent
Les flammes d’inopportuns mésaises.

Si la vie encave des songes, l’aura,
L’existence en lie le sens isolable,
Nous faudra… j’espère qu’on le pourra,
Doser l’euphémisme appréciable,

Le patelinage du tartufe singeant
Du réel, exacte prétention… dire
En ces feintes, que de l’argent,
Nos aïeuls se gaussaient, sans abâtardir

Des besoins premiers, outrecuidance,
Obturant le conduit du relativisme:
Éphémère clausule… l’antécédence
De mes larmes sans charisme,

S’évertue à dompter de l’ego meurtri,
Ma doublure d’adolescent rongé
D’imputrescibles remords… contrit,
J’effeuille du destin, sans proroger,

D'infimes semonces du possible,
Quand bien même mon deuil en égrène
Aux primes incartades, les cessibles
Et trompeuses pollicitations de peines

Dont je me fais fort d’atténuer au soir,
La componction… suis-je geôlier
Des flous polymorphes ; dois-je surseoir,
Atermoyer céans, pour ne point lier

Aux lacets de l’acheminement
Qui des décélérations, épuise
Le béjaune ? Suivrai-je calmement,
Sans m’écrouler, quand s’amenuise,

Mon souffle ahanant, la route éventrée
Conduisant au Hadès ? … s’y repaissent,
Incubes bannis, lutins excentrés
Du cosmos déviergé de hideuses abbesses.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020




samedi 9 mai 2020

L’ÎLE LOINTAINE Daniel THALY


                             

              L’ÎLE LOINTAINE


Je suis né dans une île amoureuse du vent
Ou l'air a des senteurs de sucre et de vanille
Et que berce au soleil du tropique mouvant
Les flots tièdes et bleues de la mer des Antilles.


Sous les brises, au chant des arbres familiers,
J'ai vu les horizons ou planent des frégates
Et respiré l'encens sauvage des halliers
Dans ces forets pleines de fleurs et d'aromates.


Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
Pour voir à l'horizon la mer splendide et nue
Ainsi qu'un grand désert de sable bleu
Border la perspective immense de la vue.


A l'heure où sur ses pics s'allument les boucans,
Un hibou miaulait au cœur de la montagne
Et j'écoutais, pensif, au pied des noirs volcans
L'oiseau que la chanson de la nuit accompagne.


Contre ces souvenirs en vain je me défends,
Je me souviens des airs que les femmes créoles
Disent au crépuscule à leurs petits-enfants,
Car ma mère autrefois m'en appris les paroles.

C'est pourquoi toujours mes rêves reviendront
Vers ces plages en feu ceintes de coquillages
Vers les arbres heureux qui parfument ses monts
Dans le balancement des fleurs et des feuillages.

Et c'est pourquoi du temps des hivers lamentables
Ou des orgues jouaient au fond des vieilles cours
Dans les jardins de France ou meurent les érables
J'ai chanté ses forets qui verdissent toujours.


O charme d'évoquer sous le ciel de Paris
Le souvenir pieux d'une enfance sereine
Et dans un Luxembourg aux parterres flétris
De respirer l'odeur d'une Antille lointaine!


O charme d'aborder en rêve au sol natal
Ou pleure la chanson des longs filaos tristes
Et de revoir au fond du soir occidental
Flotter la lune rose au faite des palmistes.




Daniel Thaly (Roseau décembre 1879 — Dominique octobre 1950) est un poète martiniquais, qui s'est principalement illustré dans la littérature « régionaliste » ou « doudouiste ». Il fut qualifié de « Prince des Poètes antillais »