SI
CREDIS*
Si tu crois
Si tu crois que les tristes amantes
Ont la larme facile, quand l’absence
Compulse du chagrin, la béance,
Que s’évident des affres de tourmente,
L’obtuse mélancolie, l’inextensible spleen ;
Si tu crois que l’amour amplifie du cœur
Les sonores battements évidés de rancœur,
Sache qu’en ces poisses assassines,
L’esprit, sans montre de réserve,
Annihile du rêve, les plus belles images
Pinçant de l’affectif entoilé de mirages,
L’impudent enthousiasme, que desservent
La peur et la folie dont s’égrappent parfois,
Les fragments de colère, les miasmes butés
D’une vie en quinconce, souvent amputée
De ses plus belles ailes, quand l’effroi
Tétanise de l’âme, le précieux avers, au soir
Où des confesses, mûrissent geignements
De béguines troublées, chaisières liées
Aux sacramentaires… ces serves oubliées
Attisent du désir, les braises du tourment
De moniales glorifiant l’ostensoir !
Si tu crois, pauvre chose, que l’existence
Oint de la conscience, le trouble permanent,
Pommade de l’esprit, le remords ahanant,
Tu verras poindre de l’indifférence,
La mort en l’éveil du mépris, tapisser
La mémoire de tentures criardes, d’étoffes,
Chatoyante moire… là, grisée de bichof,
La femme humiliée, aux ides nuancées,
S’en ira cuver de l’uvale contrainte,
Le vaporeux souffle, avant de trépasser
Sans mal, aux lunes droséracées…
S’étiole le corps démuni de plaintes.
Si tu le crois vraiment… les songes paveront
De ton sommeil d’enfant, l'allée
Empruntée d’adultères, céans, empalés ;
Jadis, ils nourrissaient le sage… de jurons.
Armand Mando
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