LENA
… A Lena de Granville
Je vous voyais sourire en mes rêves feutrés,
Entendais murmurer de mutines ariettes,
Au souffle évaporé dont l’ardeur s’émiette,
Animant de la lippe le pulpeux attrait.
Vous voyais au noir de l’absence, escalader
Le col des primes défaillances… l’hiver
En de cendreux matins, se posait au revers
De vos larmes figées, pour du vide, écaler
L’inutile cerneau de mélancolie, ce spleen
Qui du tourment, accentue des blessures
La béance dont l’expectance fissure
La turgide charpente, quand l’âme s’y confine.
Croyais que vous seriez mienne… tout en moi
Confessait cette attente : de vos prestes invites,
Aux secrets billets ; de vos pleurs azurites,
A ces rires mutins excitant mon émoi.
J’effilochais des nuits lacérant ma peine,
La brumeuse mandorle ; mon regard alouvi
Perdu aux méandres d’insatiables envies,
Dégorgeait de l’offrande des déveines.
Ce fut alors, en l’éveil des prémices,
La gorge du néant… votre verbe s’est tu…
Les routes se défirent de la sente pentue
Où jadis, derrière les canisses,
Épions de l’aube matutinale, les perles
De la rosée, au ballet de l’abeille
Grisée des butines d’étamines vermeilles
Au strident pépiement du malicieux merle.
Les jours ont arraché les ailes du passé,
Pour en faire rémiges d’infortune…
Que j'aie, céans, des joies inopportunes !
L’épreuve d’un portrait sépia encrassé
De spectrales dépouilles, débris poncés
De souvenirs éteints, d’écarlates brisures
En mes yeux flous, équarris par l’usure
D’un dépit aux
douelles roncées !
Armand Mando
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