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Les hommes prennent des routes,
De sombres raccourcis… s’égarent
Aux lunes d’Artémis, puis s’encroûtent,
En de moites tunnels, l’œil hagard…
Toi, tu as su enjamber de la littérature,
Le fastueux entrelacs, la riche stylistique ;
Tes mots ont adouci le feu de l’écriture,
Calmé de l’idiome, l’étrange dialectique.
Ton île grisée de sel marin, ivre de liberté,
T’a offert un cortège d’images décadrées ;
Tu les as su poser, sans montre de fierté,
Au faîte de poèmes, par ton art, engendrés.
Au calme des nuits d’encre, sur la page blessée,
Tu cautérises les plaies de l’acuité…
Ton œuvre, que les ombres ne peuvent traverser,
Conquiert seule, du graphisme, l’absoluité.
Ecoute chuinter les larmes d’Abarbarée, au soir,
Quand le silence emmure les songes bleus,
Que les nymphes voyagent sans ostensoirs,
Que se meurent les daines au cœur frileux !
Ta plume émerveille les poussifs glossateurs ;
Ils aimeraient offrir des arpèges aux sages
Sertis du raisonnable, fuir des prosateurs,
La folle rectitude, bafouer les présages…
Antoine de Gentile, ménestrel aguerri, aède
Pris au cortège de subtils parnassiens…
Tu les guides pourtant… mais, ils cèdent
Leur art à la rhétorique… qui de l’ancien,
Au jeune cacographe, pourrait administrer
L’ouvrage conspué d’un vexant dithyrambe ?
Toi, tu modules du verbe, sans t’y déconcentrer,
La précieuse rythmique anoblissant l’ïambe…
Latiniste éprouvé de ses pairs, journaliste,
Qui de l’imaginative, su conter aux hommes,
Les travers de ce peuple abolitionniste,
En éveillant des mânes tropicaux, le fatum…
La Martinique te couchait sur son sable cuivré,
Caressant de ta peau, le tissu confortable…
Naquirent de ces étreintes, des saynètes livrées
Avec humour, aux serves qu’on attable…
Qu’importe ! De Saint-Pierre lestée de
souvenirs,
Aux ruelles jouxtant Perinon, Terre Sainville ;
Des quartiers, où Auguste Joyau voulut s’alunir,
Au canal Levassor, tes yeux perçaient des villes,
Les plus nobles secrets… en bouquets d’ironie,
Heureux en ces travers, tu formolas le fat,
Jouant à qui perd, gagne, hissant l’harmonie
Entre les moites hanches de vendeurs de loofah.
Angelina, ta muse… réceptive ondine,
Douce inspiratrice dont, fier, je l’avoue,
Je porte l’éponyme, a donné des couleurs,
De pigmentaires nuances, à mes primes badines.
De mon cœur écorché de salves rancunières,
Aux capricieux baisers de pimbêches fardées,
Sommeillent en mes joies sevrées de lumières,
Mes larmes cabossées, mes rires brocardées,
Des envies_ que dis-je envies ! _ des besoins
De sentir, mes bien-aimés, votre joue
Sur la mienne, et de vos mots, prendre soin,
Afin qu’il m’en souvienne, de ce ciel acajou
Que vos tendres profils agrémentaient en l’aube,
De clignements complices, de conciliabules…
Desfontaines y délaçait pour moi, sous engobe,
Les minuscules traces, dont mes pas funambules
Eclataient, dessus la houppelande, les miasmes
D’un bonheur à jamais disparu… je savais _
Que ne l’aurais-je hurlé ! que le poids du
marasme
Lesterait mon ego… jadis, c’est vrai, je survivais ;
Ne suis plus aujourd’hui, qu’un vieux chiffon,
Une froide défroque, en cette thébaïde,
Où s’enlisent mes rêves… peu à peu, s'y défont
Mes lambeaux d’existence ; je sens venir les
rides…
S’il me reste un soleil, au petit jour naissant,
Un peu de renouveau au nord de mes matins,
Je vous les dédicace, car je porte en mon sang,
Antoine, Angelina, vos vies accotant mon destin.
Armand Mando ESPARTERO© copyright
2021