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jeudi 12 août 2021

MUTANTES CATACHRESES





MUTANTES CATACHRESES

 

Comme la cendre revêche sur un caveau chaulé,

L’âme compassionnelle enchâsse de prières

Les murmures couvés de coulpes princières,

Les aveux délités, à l’ombre de mausolées.

 

Comme l’enfant perdu au nord de l’existence,

A l’ubac de ces monts infranchis du béjaune,

Le désespoir enkyste de subtiles maldonnes,

La veuve et le fuyard que l’adultère tance.

 

S’il est des nuits d’orage où s’épaissit la sorgue,

De ténébreuses chapes impalpées de la nue,

Naissent encor au matin, en l’aube retenue,

De nouvelles spires dépossédant les morgues.

 

Je vois le jour qui vient, à l’orée de grands bois,

Comme bonheur à poindre de l’horizon lointain ;

En moi, s’entretissent des rêves ignorés du mutin

Prêt à tout déflagrer quand il est aux abois…

 

Comme la pénitente en génuflexion, la béguine

Coincée entre les colonnades, la mort, cette lie

S’accroche au subéreux esprit qu’enfante la folie

Céans, creusée de jaspures consanguines.

 

Me feriez-vous laptot, pour combattre les mues

S’en venant, en l’illusoire_ certes ! baguer

De vos feintes meurtries, d’esclavagistes dagués

Au-dessus de l’ilote ? … ce béotien promu

Au titre de noblesse, utilement gradé

Du monarque en livrée… oh ! j’en suis tout ému…

 

De fades désirs, à l’intense besoin de connaître

Du temps les volontaires donnes, me suis fait_

Qui m’en peut vitupérer !? sans l’aide d’un profès,

Ouvrier du Divin Créateur : une brebis à paître

Et qui du Ciel de Gloire, renie cet univers surfait.

 

Mando est un espace où se meurent les vents :

Une nouvelle sphère jonchée de survivants.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

LES FAUX Shahnourh Vaghinag (C. A)

LES FAUX

Shahnourh Vaghinag (C. A)

Entre de faux tableaux, des meubles de copie
Je vis dans un château Ignoré des Beaux-arts
Tous mes titres sont faux comme mes armoiries
Et jusqu'à mes pur-sang qui ne sont que bâtards

Fausse ma particule
Fausses mes collections
Qui dans le vestibule
Forcent l'admiration
Mes bijoux sont factices
Ainsi que mes aïeux
Il n'y a que mes varices
Qui drainent du sang bleu

Entre de faux amis snobs et sans consistance
Mon orgueil s'abandonne à leurs faux sentiments
Et traînant mon ennui dans une fausse ambiance
Je ne trompe personne et pas même le temps

Faux, mes trophées de chasse
Et faux le protocole
De ce valet sans classe
Qui arbore un faux col
Fausses mes confidences
Mes actions, mes projets
Et jusqu'à ma pitance
Faites de faux-filet

Une femme bizarre de la vieille Russie
Sur mes chaises d'un Louis qui n'a jamais eu cour
Vient me parler du Tsar qui la trouvait jolie
Moi je sais que Lili est née dans le faubourg

Faux l'âge qu'elle avoue
Faux son accent curieux
Faux l'amour qu'elle me voue
Faux ses longs cils soyeux
Et fausse sa poitrine
Et faux mes sentiments
Quand je mords la mutine
Avec de fausses dents

 

Shahnourh Vaghinag


mercredi 11 août 2021

NECESSAIRE MUTISME

NECESSAIRE MUTISME

 

Scellez vos confidences d’un acide baiser,

Que j’y voie l’amertume amplifier l’effet !

De vos conciliabules, vos agréments surfaits,

S’évaporent des mots me voulant embraser…

Je vous savais distante, rétive quelquefois ;

Plus docile aux nuits d’encre, sans lune,

Qu’au jour poudré de poussières falunes

Peu à peu absorbées du souffle des grands froids.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

ECRIN-POUBELLE

ECRIN-POUBELLE

 

Les vallées bitumées défigurent nos champs ;

Nos océans se meurent sous le goudron…

Plus de feuilles au beau rhododendron,

Ni d’épines aux roses, au soleil couchant.

 

Les rivières émargent de leur lit, asséchées ;

S’étranglent le ruisseau, sous la charmille ;

Les pluies ont éventré les infimes ramilles,

Et de l’arbre vieilli, l’écorce s’est détachée.

 

Au bruissement d’ailes de l’oiseau des cimes,

S’éteignent de froids matins, emperlés

D’acidifiante rosée ; là, s’en viennent déferler,

De l’ubac jauni, l’adret sans spires, sublimes,

Au temps jadis, d'autres saucées d’abîme,

Des reflux de mélasse, en cet azur grêlé…

 

Ne gèle plus l’étang de l’hivernale morgue ;

Le douzil des fontaines a perdu son éclat ;

Sera-ce en ces nuits d’encre, que tonnera le glas,

S’enfuiront les lunes bafouées de la sorgue ?

 

Pleurant complaintes devant la cheminée,

Verrai mourir des comptines, les ritournelles,

Monodiques reprises, parfois, ribambelles,

Au tercet de sonnets, de quatrains sublimés.

 

En désossant les ponts de la musarde,

Les hommes ont foulé, au cœur du renouveau,

Les primes facéties du garnement des vaux

Escaladés en un laiteux printemps , et que farde

L’absence ivre de sépia, sans hardes,

Ni ballerines... nue, aliénée au caveau

Sis aux ténèbres viciées, pour du biveau,

Nier le métrage noyé sous la faucarde…

 

Plaintives ressouvenances de nuits floutées,

Décélérez le mal dont je m'argue parfois,

Malgré moi_ c’est ainsi !... Du levis, au beffroi,

Ma vaillance s’étiole… qui pourrait en douter !?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

FEMMES : MON UNIQUE VIATIQUE

FEMMES : MON UNIQUE VIATIQUE

 

Voyez passer, mesdames, l’astre de vos vingt ans !

Il tournoie au-dessus des combles d’infortune,

Emu de vous voir délaisser, une à une,

Les précieuses reliques que patine le temps.

 

Ecoutez-les chanter, ces amants emmurés

De disgracieuses fièvres, ces ténors théatins

Dont les grimes jadis amusaient les catins,

Les niaises pucelles sermonnées du curé !

 

Mesdames, vous en souvient-il, des aubes

Profanées de noceurs rentrant quand point matin ?

Qui vous a accoutré de soie, de fragiles satins ;

Vous que l’oubli pénètre, que le passé engobe ?

 

Je vous ai rêvées au moelleux baldaquin ;

Imaginées sans autres, au pal de l’impossible ;

Mes yeux se voulurent, en ces désirs cessibles,

Uniques guides de vos lourds brodequins,

 

Puisqu’au rigaudon, ou en tarentelle, vous sûtes

Ajuster vos palmes enchanteresses au ballet

Des mutines de cours s’en venant déballer

Du licencieux charme, sous la coiffe hirsute,

 

Le galbe des naïades au filet de l’entrisme…

Aurais-je de plain-pied accédé au palier

Des caméristes piégées du vieil atelier :

Ce sinistre appentis défait d’allocentrisme ?

 

Laissez, mesdames, aux heures de réminiscence,

Les pesantes minutes de la remembrance !

L’illusoire est un puits où stagne l’insolence

Au vide de clichés de mortes exigences…

 

J’effeuille, chaque jour, avant que de me lier

A vos désordres flous, le livre de vos noces_

Si tant est qu’elles en soient… l’adosse,

Est à ce point fragile, qu’il faille du palier,

 

Enjamber l’entresol… de ces marches bancales,

Aux stables gémonies de vos rétrocessions,

J’avoue parfois m’y perdre, noué de componction…

Pourtant, mesdames, j’aimerais faire escale

 

Au tertre de vos nuits blanches, bâcher encor

De cette sénescence encordant votre affect,

Des cicatricules roidissant la béance suspecte,

En la porosité de cet aguichant corps :

 

Vous pûtes le préserver de prévarications

Trop tôt administrées de goguenards nonces,

Ces narquois anoblis que les rituels poncent

Au blême jour flouté de transsubstantiation.  

 

Il me faudra, mesdames, sous de clairs auspices,

Atteindre du conceptuel du Ready-made trompeur

Les hideuses trouvailles que l’esthète dompteur

Déprécie et sans mal… afin que, seuls, au précipice

 

Où se noient les galants de gentilhommerie,

L’amour en estocade tous mes songes déchus,

Avant d’une claymore, percer ma peau bréchue

Civilisée des reines de courtisanerie…

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 10 août 2021

ACICULAIRES RONCES

ACICULAIRES RONCES

 

Je me suis griffé au hallier de la vie,

En voulant m’approcher du jardin des délices ;

Que n’aurais-je donné, derrière les canisses,

Pour mieux apercevoir du plaisir, l’exuvie !

Hélas ! aux nuits sans lune, aux solstices,

Il n’y avait désormais, entre les interstices,

Que douleurs… au malheur qui sévit.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

EPÎTRE A MARGOT Pierre Choderlos de Laclos

EPÎTRE A MARGOT


Pourquoi craindrais-je de le dire ?
C'est Margot qui fixe mon goût :
Oui, Margot ! cela vous fait rire ?
Que fait le nom ? la chose est tout.
Margot n'a pas de la naissance
Les titres vains et fastueux ;
Ainsi que ses humbles aïeux,
Elle est encor dans l'indigence ;
Et pour l'esprit, quoique amoureux,
S'il faut dire ce que j'en pense,
À ses propos les plus heureux,
Je préférerais son silence.
Mais Margot a de si beaux yeux,
Qu'un seul de ses regards vaut mieux
Que fortune, esprit et naissance
Quoi ! dans ce monde singulier,
Triste jouet d'une chimère,
Pour apprendre qui me doit plaire,
Irai-je consulter d'Hozier ?
Non, l'aimable enfant de Cythère
Craint peu de se mésallier :
Souvent pour l'amoureux mystère,
Ce Dieu, dans ses goûts roturiers,
Donne le pas à la Bergère
Sur la Dame aux seize quartiers.
Eh ! qui sait ce qu'à ma maîtresse
Garde l'avenir incertain ?
Margot, encor dans sa jeunesse,
N'est qu'à sa première faiblesse,
Laissez-la devenir catin,
Bientôt, peut-être, le destin
La fera Marquise ou Comtesse ;
Joli minois, cœur libertin
Font bien des titres de noblesse.
Margot est pauvre, j'en conviens :
Qu'a-t-elle besoin de richesse ?
Doux appas et vive tendresse,
Ne sont-ce pas d'assez grands biens ?
Trésors d'amour ce sont les siens.
Des autres biens, qu'a-t-on à faire ?
Source de peine et d'embarras,
Qui veut en jouir, les altère,
Qui les garde, n'en jouit pas.
Ainsi, malgré l'erreur commune,
Margot me prouve chaque jour
Que sans naissance et sans fortune,
On peut être heureux en amour. [...]

 

Pierre Choderlos de Laclos