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lundi 14 juin 2021

OBLIVISCATUR TE IN CONSPECTU* Avant de l’oublier

OBLIVISCATUR TE

IN CONSPECTU*

Avant de l’oublier

 

 

Avant de l’oublier, je reviendrai danser

En ses nuits, pister ses insomnies,

Me griser du nectar de ses vieilles manies

Amputant de l’amante, les teintes nuancées.

 

Avant de l’oublier, confesserai sans haine,

L’avoir purgée de ses lubies absconses,

Égrené de ses rires, de ses lèvres d’oponces,

La quintessence, l'effluve souveraine.

 

Apeurée, frustrée, elle a suivi mon ombre,

Dépassant du profil des compromissions,

La suggestive aura de l'inhibition

Qu'illustre au soir, son côté sombre.

 

Avant de l’oublier, grisé de fragrances,

J’amoindrirai des peines ponctuelles,

Le spumeux ressac d’influx rebelles

Au faîte du corps piégé de sénescence.

 

Avant de l’oublier, éteindrai de ses joies,

L’euphorie passagère dont l’humeur

Meurtrie du raisonnable, la tumeur

Gangrenée, quand la pensée rougeoie

 

Du putrescible, ce voile subéreux

Sans le fard de déliquescence, blessant

Du temps émietté du verbe obsolescent

L'offre d’orateurs au langage poreux.

 

Avant de l’oublier, de nier l’évidence

Drapée de démesure, l’immodestie,

Dénuderai _ cela, sans contredit ! _

L’entrelacs du déni dupant la conscience.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 13 juin 2021

FIRMAMENTUM FIRMUS* Bancal support

FIRMAMENTUM FIRMUS*

Bancal support

 

J’ai dormi sur une terre boueuse

Où le malheur aiguise du sectaire

L’esprit pris au filet de houleuses

Marées que les vagues enterrent.

 

J’ai vomi mon passé sur la nappe

Dressée en des orges prisées de bouffis,

D’arrogants bienfaiteurs, en l’agape

De mets consommés de nobles déconfits.

 

Quand s’avancent d’heures calendaires,

Minutes et secondes, j’ampute du réel,

Toute l’hégémonie… là, en récipiendaire,

Je gomme du brevet, le précis actuariel.

 

Quand chavire matin du cotonneux éveil,

S’éloigne peu à peu, du fol obscurantisme,

Le siècle des lumières où l’âme s’émerveille

En l’équanimité ointe d’abstractionnisme.

 

Pantois, face à la gent irradiée d’argutie,

J’édulcore du pathos, toute la rhétorique,

Confiant en la démarche qu’épaissit

Mon négoce pour le moins chimérique.

 

Alors

 

Je clos des palpébrales, sans autres, il est vrai,

Les minces interstices… j’en survivrai !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

SICUT ANTE FINEM* Juste avant la fin

SICUT ANTE FINEM*

Juste avant la fin

 

Lorsque les mots fardent ton insolence,

Donnent ton à tes niaiseries, ta voix

En un profond halo suit la même voie

Que l'amante grimée de doléances.

Quand l'ironie module de ta moue

L'affectation, ton sourire facile

Séduit le grincheux noceur… gracile

Se fait ta démarche d'habile tinamou.

 

A l’aube des matins de cendres,

Feu et froid, de concert, s’uniront ;

Les vestales d'hier te toiletteront

Sur l’autel de Diane… descendre

Du pavois sera chose impossible ;


La mort t’offrira son plus beau diadème :

Couronne enchâssée d’anathèmes,

Sertie de cris inhérents au blasphème

Dont ne se peut défaire l’aménité cessible.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

samedi 12 juin 2021

LA MORT DU LOUP Alfred de Vigny



LA MORT DU LOUP

Alfred de Vigny

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l’incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l’horizon.
Nous marchions sans parler, dans l’humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. — Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N’effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d’en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s’étaient mis en quête
A regardé le sable en s’y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s’arrêtent, et moi, cherchant ce qu’ils voyaient,
J’aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu’à deux pas, ne dormant qu’à demi,
Se couche dans ses murs l’homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu’adoraient les Romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s’assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s’est jugé perdu, puisqu’il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n’a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu’au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu’à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J’ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n’ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l’attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l’eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l’homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C’est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
– Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au cœur !
Il disait :  » Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.  »

Alfred de Vigny, Les Destinées

SUPLICIS INIMICUS* Abject contempteur

SUPLICIS INIMICUS*

Abject contempteur

 

 

Assez de jérémiades, de larmes aseptisées:

Confortables regrets d’indolent déisme !

Vous louez du frusquin, avec pharisaïsme,

Le dispendieux avoir, pour monopoliser

En contempteur, l’attention du paria,

Et le soumettre à votre hégémonie…

Vos rétributions voilent de l’ironie,

La cruelle froideur de l’actionnariat.

 

Ce cœur à l’étroit en sa molle casaque,

Pince de la frayeur des nerfs,

Le conceptacle en des joutes lunaires

Actionnant défiance du paranoïaque.

 

Vous bernez_ usurier, le débiteur

Affolé à l’idée de laisser sa vertu boësser

De l’orgueil, les miasmes; peut-il y tresser

Avec art, le pschent de dominateur ?

 

Offres légères et pollicitations

Formolent le naïf ceint d’espoir,

Vous donnez, puis reprenez au soir,

L’infâme contenu…riche d'ostentation.

 

Jamais ne jouissent d'œuvres mal acquises,

Les miteux… Grand bien leur fasse !

Il est Un Royaume où La Divine Grâce

Ne se peut acheter… Sur lui, nulle emprise !!!

 

S'y accroît mon trésor… cette âme

Asservie au Seigneur Tout-Puissant,

Il la veille, l'abreuve de Son Sang :

Salutaire Provende que mon esprit réclame.   

 

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 11 juin 2021

SEPULTURA* Ensevelissement



SEPULTURA*

Ensevelissement

 

J’ai enterré hier, les promesses d’hommes

Se prenant pour Dieu : ces trompeurs

Ajustés au corset du mensonge : ils ont peur

D’affronter de la vie, le rationnel fatum.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

LUXURIIS* Dévergondage

LUXURIIS*

Dévergondage

 

Fermons la porte ; laissons passer l’absence

De petits matins gris, de sombres jours

Ridés de désespoir, pleins de déliquescence,

Quand l’amour se dévêt du somptueux ajour

Flattant de sa superbe, l’insolite prestance !

 

Derrière les volets, emmurés volontaires,

Laissons nos corps repus accéder au repos !

En cette thébaïde, grisée de vains éthers,

Illusionnés des replis de la peau,

Dont l’étreinte modèle la chair en oripeau.

 

Il flotte en l’air serein, miasmes d’impudeur,

Rogatons de dévergondage… aussi,

Pour ne me livrer aux aveux pourfendeurs,

Ai de la satiété, aspiré… c’est ainsi

L'étrange sève du plaisir séducteur.

 

Céans, en l’inconfort du libertinage,

Agrémente encor les cicatricules

Qui, de l'hédonisme où le vice surnage,

Accentue de l’hymen, le rose opercule.

 

La pression des fièvres tambourine

A l’adret du mal me voulant encaver,

A la moiteur de ta lippe sanguine,

Les lubies s'y voudraient entraver:

Houleux râles d'effluves ambrines.


Liés aux pulsions chevillées au pal

De la lasciveté, dérivons en-deçà

De fragrances défaites de l’opale ;

A peines nuancées, sous le reversa…

La matutinale en voile du sépale,

La foliole musquée, hier, s'y tressa.


Éreinté sous tes draps, me laisse   

Broyer d'inutiles rixes… j’ai péché !

La peur me harnache, m'oppresse...


Je confesse ce mal, pour empercher,

L'incube arc-bouté sous la fesse:

Démon qui du plaisir, affaisse

Pour tromper, le phallique perché

A ce mont pubien, s'il professe

Sans mal la faute, sans s'épancher. 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021