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lundi 22 mars 2021

DETERIORATUS FENNEC* Fennec blessé

 

DETERIORATUS FENNEC*

Fennec blessé

 

Mon enfance est un mur dressé

Sur la peau du désert où s’égare mon pas,

Une froide colonne qui ne me convient pas,

Une rude charpente aux boiseries tressées.

 

C’est un couloir éteint, les soleils l’ont boudée ;

Les nuits s’y viennent éclore, sans risquer

D’être prises au rets d’âmes offusquées

De la voir percée de part en part, dessoudée

 

De ces rêves que l’on fait à dix ans, ces peurs

Entretissées d’angoisse, de chagrins,

De diaphanes larmes perlées en grains

Vous accoutrant de réflexes trompeurs.

 

Mon enfant est un puits où sommeillent encor

D’ardentes déchirures, et que noient au matin,

D’artésiennes eaux au flux diamantin

Coulant sur les blessures de mon pauvre corps.

 

Mon enfance est un marbre sur lequel pissent

Les chiens éjectés des cités, les tristes canidés

Dont s’épaissit la glaire qu’ils viennent vider

Au cœur de la Grand-place rivée au précipice.

 

Mon enfance s’étiole aux pages de ce livre

Que je n’écrirai pas, avant d’avoir vécu

Les dimanches fleuris, les silences vaincus

De babils moqueurs de gonfaloniers ivres.

 

Si elle se relève de ces âpres fièvres, j’irai

Au mausolée où dorment ses grimaces,

Ses rires de confort, ses immuables traces,

Ses calcines escarres aux abcès suppurés.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

SYSTEMICA INORDINATIO* Systémique désordre

 

SYSTEMICA INORDINATIO*

Systémique désordre

 

Jour de pluie, d’orage, sombre jour,

Quand l’amour se refuse, s’offense

D’être vulgaire placebo, sans défense,

Au soir où le mensonge s’étoffe de ''toujours''

 

Pour éteindre le feu du cœur irradié

De passives promesses, l’esprit enflammé

D’illusoires désirs prêts à tout consumer

De l’âme, la fragile sagesse... sine die.

 

Jour de larmes, de deuil... épreuves

Enténébrées de superstitions, de crédulité ;

S’effilochent les heures, en la banalité

De l’étrange torpeur étirée en long fleuve.

 

Jour de peur, de défiance, d’incertitude…

Voilée de somnolence, la mémoire instille,

Pour alléger l’espèce, douteuses apostilles,

Doctes prétentions, folles assuétudes.


 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

LE HERON

 

LE HERON


Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,

Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à prendre ;
Mais il crut mieux faire d'attendre
Qu'il eût un peu plus d'appétit.
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
Après quelques moments l'appétit vint : l'oiseau
S'approchant du bord vit sur l'eau
Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
La Tanche rebutée il trouva du goujon.
Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un Héron !
J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !
Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu'il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris ; ce n'est pas aux Hérons
Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;
Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.

 

 

Jean De LAFONTAINE    

1621 - 1695


dimanche 21 mars 2021

LIGABIS AD SEDUCENDOS* Nasonner pour séduire

 

LIGABIS AD SEDUCENDOS*

Nasonner pour séduire

 

De sa voix haut-perchée, son timbre suraigu,

Agaçait la noblesse dont l'orgueil purgeait

Du bas-peuple soumis, en des tons affligés,

L'espoir de voir un jour, les rêves ambigus

Décélérer la peur entenaillant l'esclave

Soumis à la propriété, ces cruels édits

Posés en dédicace: oukases sertis d'enclaves

Au joug de ces ilotes que l'épreuve dédit.

 

De nasillardes notes, entonnait complaintes,

Dont l'amant, sans montre de rétention,

Absolvait, par principe, nuisibles contraintes,

Pommadant d'entregents chaque prétention.

 

Croyait que du charme accoutré d'emphase,

L'intrigante se doit soumettre… dupée,

En ces accords, voyait fleurir d'antonomase,

L'éponyme des louves… sur soyeux canapés.

 

Elle n'avait de la vie, que piètres rogatons,

S'amusait à donner, en d'improbables fards

Veloutés d'euphémisme, vacance aux tons

Grimant sa face d’Ève au minois blafard.

 

Engainées de satin, ses cuisses, sans réserve,

Balayaient de l'audace des mâles de passage,

Redoutés de ses gens, l'incommodante verve,

Après réconfort, bavardage creux, adage

 

Couvés du cacochyme en peine, ce géronte

Poudré, qui de la valetaille, se laisse railler,

Ce barbon édenté, mais riche, dont la honte

Est un luxe de fat… c'est à faire bâiller

 

D'ennui… n'est-il pas(?)… immodeste, en mes tares,

J'exagère, en mimant… moi, le baveux de cour

Empanaché de subtils apophtegmes… m'égare

Aux méandres de contorsion, sans du discours,

 

Violenter d'un poussif préambule, l'affaire…

Afin qu'il m'en souvienne, aux ides,

De la triste phonie qui pourtant indiffère

Ceux qui font plébiscite, égratignés de rides,

 

En de douteux sarcasmes de goguenardise

D'un docte confondu en de froids protocoles

Admonestant l'idoine éclos en la méprise

Du styliste engorgé de lazzi, et qu'enjôle

La lèvre d'un censeur abruti de feintises,

D'un scribe, au faîte de la bêtise

Ecernée du langage, en son plus noble rôle.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

UTRUMQUE ITERUM* Se revoir

 

UTRUMQUE ITERUM*

Se revoir

 

Faudra-t-il se revoir en des jours embrumés,

Quand l'hiver fait caresse au matin parfumé

De fragrances nouvelles, pour céans, allumer

En nos ciels vainqueurs, de radieux plumets?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

samedi 20 mars 2021

HEUREUX QUI COMME ULYSSE... Joachim du Bellay

 

Heureux qui, comme Ulysse,

a fait un beau voyage

 

Joachim du Bellay


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

 

Joachim Du Bellay (1522 – 1560)

ZOPHORA DE COLARIN* Frises de colarin

 

ZOPHORA DE COLARIN*

Frises de colarin

 

Comme la rivière se jetant dans la mer,

Le glacier devenu ruisseau de clair matin,

La mémoire refoule des souvenirs amers,

Les méandres de l'âme au débit incertain…

Comme la mort vaincue en l'espace vicié,

La souffrance rossée du vaillant marin,

S'il refuse l'angoisse encloîtrant l'initié,

L'affect se délie du ligneul posé en colarin.

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021