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mercredi 10 février 2021

PRIMUS INTER PARES* Premier parmi les pairs

 

PRIMUS INTER PARES*

Premier parmi les pairs

                                              

à Nicolas de Condorcet


Au plus profond de l’être, s’enfouissent des mots ;

Les scribes les civilisent, pour en estropier

Du rhéteur, sans faconde, le polycopié,

Talant du pompeux, les troubles anomaux.

 

Quand suffoque le sage, s’étrangle le sophiste,

Verbe ânonné ex cathedra, le doxographe

Pilonne de la stylistique, en l’utile orthographe,

L’exacte graphie dont s’arme le rigoriste…

 

Quand j’ai su (pu) me soumettre à la lettre,

Sans crainte, m’assujettir au verbe, ma prose

S’est défaite des frasques lestant la glose ;

Que ne l’aurais- je osé, sans du mal, m’entremettre !

 

Quand de l’altière mise, s’est entoilée ma rime,

L’iambique substance de fades élégies,

A dupé de l’affect, qui la pourtant régie,

La pulsatile trille dont la pensée se grime.

 

Survivant sur la terre des princières plumes,

Ai, en de brèves coulpes, confessé de mes tares,

La carence… lors, avant qu’il soit trop tard,

Desserre le carcan, qu’ensembles, nous occlûmes.

 

Inassouvie, pugnace, riche de palinodie,

Pirouette la catachrèse qu’Isocrate admoneste ;

Se voudrait _ hélas ! _ indispensable queste…

Quand du présomptueux, s’arme la prosodie.

 

Fût-ce moins raisonnable, en ces fatales rixes

De maîtriser le ton harmonisant l’image !?

Est-ce du mimétisme empreint de mordançasse,

Que fusent les tons du sermonnaire prolixe ?

 

Rien de moins sûr !... Premier parmi les pairs,

Habile voltairien, Condorcet crispe du paradoxe,

Le dissociatif, pour de l’esprit hétérodoxe,

Eteindre la niaiserie lui servant de repaire.

Aimerais, comme lui, enclore de l’orthodoxe,

L’arrogance bouffie de minables impairs.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

SCRIBES AD ME Ecrivez-moi

 

SCRIBES AD ME

Ecrivez-moi

 

 

Et si vous m’écriviez une lettre d’amour,

En la moite paresse du petit matin,

Peut-être aurais-je de vos frileux satins,

Accusé habitude, en mutin troubadour.

 

Me raconteriez vos frasques d’égérie,

Nuits teintées d’euphorie passagère…

Amante en des salons boudés de harengères,

Vous vainquîtes jadis la courtisanerie

 

Dont les chattes sifflent aux soirs embrumés,

L’irascible hédonisme qui, de l’épicurien,

Anesthésie l'ordalie sans liens ;

En l’heure blême, s’y figent les flous bitumées.

 

Si vous me narriez en des minauderies,

Les assidus hommages de céladons

Égrenant de l’aveu, kyrielle de pardon ;

Lors, verrions, sans pudibonderie,

 

S’esbaudir nos corps déracinés

De la chair sursitaire… enjoliverions

Des mornes confesses, charmante agrion,

Le joug du relaps du pénitent mort-né.


Fi des luttes semblables aux pancraces !!!

Absolviez- vous jadis, les viles estocades

D’énamourés épiant derrière la rocade,

Au souffle ahanant, les altérables traces ?

 

Ecrivez-moi vos songes, ces villégiatures,

Folies, excès jouxtés de la mémoire,

Les confidences... sans jamais surseoir,

Des riches entrelacs, l’ambigüe épissure !

 

Réceptifs aux maux, mes yeux oublieront

La noirceur du silence des solitudes…

Viendrai un jour, vaincre l’exactitude,

Des clepsydres ; là, nous nous aimerons.

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021 

mardi 9 février 2021

ALIQUAM…* Il sera temps…

 

ALIQUAM…*

Il sera temps…

 

 

Puisqu'il faut des rêves, éteindre l'illusion,

Atteindre des pensées, en un temps dérisoire,

Les choix cosmétiqués, les indécisions,

Il nous faudra un jour, sur le fil du rasoir,

Traverser de l'épreuve, l'horrible confusion.

 

Puisqu'il faut des mots, paraphraser les signes,

De la glose ampoulée, délétère, encenser

Le discours du rhéteur : sycophante indigne,

Il nous faut sans contrainte, nuancer

 

Du propos, le pathos, crever du pédantisme,

Plantureuse panse, bedonnant rumen,

Lestant du laïus, le piteux alarmisme

Emphatique parénèse ; la glotte la malmène.


Puisqu'il faut en ces temps incertains, boire

Du raisonnable, le réduplicatif, apaiser

De l'anadipsie, l'outrecuidance folle, croire

En cet avenir trop sombre, pour biaiser,

 

Il nous faut encor retoucher du tableau,

Le pastel affadi, teinter du mordançage,

L'aveuglant chatoiement… tête hors du hublot,

Ecouter les sirènes aux cavatines sages.

 

Il est temps, je pense_ d'entériner le doute,

Ratifier de l'appréhension, la controverse,

L'irréfragable lâcheté… ici, l'ego s'encroûte,

Pour disparaître sous les larmes d'averse.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 8 février 2021

A UNE DAME CREOLE CHARLES BAUDELAIRE

 

A UNE DAME CREOLE

CHARLES BAUDELAIRE

 

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

ADMONITIO* Admonition

 

ADMONITIO*

Admonition

 

S’il faut de la mémoire évincer les tumultes,

Il nous faut aussi purger la remembrance,

De sombres souvenirs teintés d’indifférence,

Quand le plus faible, au péché, rend un culte !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 7 février 2021

NE SOMNIS* Emperchez mes rêves

 

NE SOMNIS*

Emperchez mes rêves

 

Faites-moi des nuits blanches, encor voir

Les lutins musardant sur la voie périastre,

Les kobolds germains, s’il se met à pleuvoir

En nos rêves déçus, dénoués du désastre !

 

Montrez-moi le chemin emprunté de l’ondine,

Le sentier parcouru du pan des fontaines !

M’y laisserai bercer de futiles comptines,

Semblables aux fabliaux du sieur Lafontaine.

 

Entrouvrez pour me plaire, l’antre de Mélusine,

Le portail de Morgane, le fief de Lusignan !

Poudré de froides neiges, parfumé de résine,

Le domaine de Nyx voilera ses banians…

 

Quand je les vois courir au centre du repos,

Braver la nébuleuse excoriée de sa mue,

Remuer des brumailles, l’indestructible peau,

Je me dis:_ les sylves pantelantes, émues

 

N’ont plus, hélas, aux sorgues de Dryoma,

De leur devenir, que silhouette fanée, profil

Ridé de laiderons figés, émargés du coma ;

S’y engouffre le Drac, aux astres qui défilent !  

 

Elargissez la berge des pas désunis, quand,

Gorge pleine, grisé de mandragore, Iratxo

De guingois, écoute Poulpiquet, aux décans,

Déclamer en l’automne, au son bref du saxo_

 

Je dompte de la butte aux Cerfs, aux froids,

Le faîte ennuagé, afin d’en amortir, aux lunes,

Les sinueux crantages conduisant au beffroi

Du royaume de l’Ogres aux pierres falunes.

 

Paupières mi-closes, j’extrais en lapidaire,

Les précieuses gouttes du sommeil à venir…

Défroissé, sous les draps qui l’adhèrent,

Mon corps rythme du temps décadaire,

Aux houleuses minutes, les heures à bannir.  

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

NOCTES* Nuit après nuit

 

NOCTES*

Nuit après nuit

 

Je n’ai pour toute famille, qu’une plume

De laquelle naissent des harmonies,

Quelquefois… de nobles symphonies

Au revers d’accords que le passé bitume.

 

Ne s’éteignent jamais les humiliations

Eventrant de ma vie, le majestueux retable ;

De ce riche triptyque, en l’humeur agréable,

S’évanouissent les tons de la conception.

 

Je suis un chien battu, sans niche, ni écuelle ;

Mes sourires fardent encor du possible,

Avant que de sombrer, les degrés accessibles

Empruntés de jobastres en d’étroites ruelles.

 

Je n’ai pas d’amis, ni d’âmes à consoler…

Longeant les rails d’un monde mécanique,

Sans espace, ni lune… les liaisons claniques

M’éloignent de la gent me voulant isoler.

 

Mes pas se sont défaits des marches nuptiales,

Qui, du parvis, au lit, accouplent les amants

Scellés de vanités, d’inclassables tourments,

De mensonges feutrés, de passions abyssales.

 

Quand je m’en irai voir s’affermir le cosmos,

Mes nuits ne seront plus rivières de larmes,

Mes jours auront vaincu l’irrésistible charme

Des sirènes goulues que les vices engrossent.

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021