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jeudi 17 septembre 2020

HOMMAGE A ALPHONSE DE LAMARTINE

 

L’ESPRIT DE DIEU

 

Le feu divin qui nous consume
Ressemble à ces feux indiscrets
Qu'un pasteur imprudent allume
Aux bord de profondes forêts ;
Tant qu'aucun souffle ne l'éveille,
L'humble foyer couve et sommeille ;
Mais s'il respire l'aquilon,
Tout à coup la flamme engourdie
S'enfle, déborde ; et l'incendie
Embrase un immense horizon !

Ô mon âme, de quels rivages
Viendra ce souffle inattendu ?
Serait-ce un enfant des orages ?
Un soupir à peine entendu ?
Viendra-t-il, comme un doux zéphyre,*
Mollement caresser ma lyre,
Ainsi qu'il caresse une fleur ?
Ou sous ses ailes frémissantes,
Briser ses cordes gémissantes
Du cri perçant de la douleur ?

Viens du couchant ou de l'aurore !
Doux ou terrible au gré du sort,
Le sein généreux qui t'implore
Brave la souffrance ou la mort !
Aux cœurs altérés d'harmonie
Qu'importe le prix du génie ?
Si c'est la mort, il faut mourir !...
On dit que la bouche d'Orphée,
Par les flots de l'Ebre étouffée,
Rendit un immortel soupir !

Mais soit qu'un mortel vive ou meurt,
Toujours rebelle à nos souhaits,
L'esprit ne souffle qu'à son heure,
Et ne se repose jamais !
Préparons-lui des lèvres pures,
Un œil chaste, un front sans souillures,
Comme, aux approches du saint lieu,
Des enfants, des vierges voilées,
Jonchent de roses effeuillées
La route où va passer un Dieu !

Fuyant des bords qui l'ont vu naître,
De Jéthro l'antique berger
Un jour devant lui vit paraître
Un mystérieux étranger ;
Dans l'ombre, ses larges prunelles
Lançaient de pâles étincelles,
Ses pas ébranlaient le vallon ;
Le courroux gonflait sa poitrine,
Et le souffle de sa narine
Résonnait comme l'aquilon !

Dans un formidable silence
Ils se mesurent un moment ;
Soudain l'un sur l'autre s'élance,
Saisi d'un même emportement :
Leurs bras menaçants se replient,
Leurs fronts luttent, leurs membres crient,
Leurs flancs pressent leurs flancs pressés ;
Comme un chêne qu'on déracine
Leur tronc se balance et s'incline
Sur leurs genoux entrelacés !

Tous deux ils glissent dans la lutte,
Et Jacob enfin terrassé
Chancelle, tombe, et dans sa chute
Entraîne l'ange renversé :
Palpitant de crainte et de rage,
Soudain le pasteur se dégage
Des bras du combattant des cieux,
L'abat, le presse, le surmonte,
Et sur son sein gonflé de honte
Pose un genou victorieux !

Mais, sur le lutteur qu'il domine,
Jacob encor mal affermi,
Sent à son tour sur sa poitrine
Le poids du céleste ennemi !...
Enfin, depuis les heures sombres
Où le soir lutte avec les ombres,
Tantôt vaincu, tantôt vainqueur,
Contre ce rival qu'il ignore
Il combattit jusqu'à l'aurore...
Et c'était l'esprit du Seigneur !

Ainsi dans les ombres du doute
L'homme, hélas! égaré souvent,
Se trace à soi-même sa route,
Et veut voguer contre le vent ;
Mais dans cette lutte insensée,
Bientôt notre aile terrassée
Par le souffle qui la combat,
Sur la terre tombe essoufflée
Comme la voile désenflée
Qui tombe et dort le long du mât.

Attendons le souffle suprême ;
Dans un repos silencieux ;
Nous ne sommes rien de nous-même
Qu'un instrument mélodieux !
Quand le doigt d'en haut se retire,
Restons muets comme la lyre
Qui recueille ses saints transports
Jusqu'à ce que la main puissante
Touche la corde frémissante
Où dorment les divins accords !



*Ancienne étymologie de zéphyr (vent)

HOMMAGE A ALPHONSE DE LAMARTINE


LE LAC

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

mercredi 16 septembre 2020

MULTOS AUTUMNI VESTIGIUM*



 

       MULTOS AUTUMNI VESTIGIUM*


Automnale empreinte

 

Laisse courir les vents, s’effeuiller septembre !

Nos silhouettes écornent du paysage,

Quand se tournent les pages,

S’achève doucement, l’agréable voyage,

La ramure du pampre, amputée de ses membres.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

MULIER CARCEREM*

 

MULIER CARCEREM*

Femme-prison

 

Qui a hissé la femme au pinacle du vice,

Donné à ses murmures, le son de grelots

Éveillant du silence, la majesté de l'eau ?

 

Qui l’a meurtrie entre les interstices

Abandonnés aux vieux soleils pâlots

De saisons liées aux cycles en rouleaux ?

 

Ce miroir où se reflète l'homme,

Se perd sous la vague aux roulis tenaces ;

L'onde l'a fait dériver des cruelles nasses

Plongées au fond de l'aquarium

 

Évidé de ses plus belles prises

Aspirées des vents de juin l'invincible ;

L'automne l'aurait voulue pour cible

Entoilant sa superbe de brumes grises.

 

La femme- boudoir où s'affairent les mâles,

Est un désir dégusté à plein temps,

Confiserie de l'été, au printemps…

N'en faîtes, aux heures hiémales,

 

Un objet de plaisir ! C'est l'épouse, la mère

Dont la progéniture espère protection…

La femme offre, et sans abstention,

L’amour domptant nos envies éphémères.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 15 septembre 2020

SALUTARIS LITORIBUS*


SALUTARIS LITORIBUS*
Salutaires rives


Rêve maritime


Sur esquif ballotté des courants,
Nous voilà prisonniers de l’onde en furie,
Du tumulte des flots nous laissant ahuris,
Purgés des bassins au fretin mourant.

Sur la lame éclatée en poudrin,
Dérivons des terres englouties,
De fiefs désolés, empuantis
A jamais d’imposants malandrins.

De salutaires rives, un peu plus éloignés,
En piteux gabiers, accordions aux finauds,
Ces prébendiers, nanan sous cerneau,
L’akène nous pouvant tous soigner.


En d’austères mouroirs, nos profils
Se dissolvent, et pour ne plus paraître 
Entités d’un royaume sans êtres,
Ni profils, qui, en la nuit, défilent

En poussiéreux spectres de nécropoles,
Sous la crypte d’un espace vicié ;
S'y’étire, le laptot supplicié,
Giflé d'ouragans désenclavé des pôles.

Où vais-je jeter l’ancre ? Trouverai-je l’atoll
Aux poudreuses berges, l’agréable lido,
L'onde déliée du bancroche radeau ?
Sur quel océan bleu jetterai-je l’étole ?



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 14 septembre 2020

QUOD*


QUOD*
Quand

Quand mon cœur a rêvé au matin
Où les rires pénètrent l’incertain,
Va voix a mu, avant de disparaître
Du halo des saisons venant naître
En la désespérance, l’adynamie
Perçant du long col, l'anatomie
Dont la chair fait, sans animosité,
Le tour, pour enclore la caducité.


Quand mes yeux ont, du miroir,
Caressé l’amalgame, le mouroir
Où s’endorment de vaporeux profils,
De l’entrebâillure, aux heures qui défilent,
S’exaltèrent d’étranges fumerolles ;
Y croissaient de puantes furoles…

Quand l’âme démunie, j’ai invoqué Dieu,
Libre, ai confessé, en pénitent  pieu,
A genoux au pied du grand lit froid,
Le désordre interloquant ma foi ;


L’esprit appesanti, ai cherché le pardon
Du Seigneur Eternel ; Il me fit Don
De Son Corps au Calvaire, à La Croix
Dressée au tertre romain... en décroît,
Désormais… privé de Ce Salut accordé
Aux croyants… ces premiers de cordée.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020