Il y avait des enfants au pied de la rigole ;
Joyeux, épanouis, se laissaient caresser
De la bise d’automne ; fier, s’y dressait
Le majestueux chêne chatouillé d’Éole ;
De ce pédonculé, les oisillons hardis, au soir,
Faisaient demeure… la nuit, encoffrée
De ses noueuses branches, lasse, s’offrait
A ce géant, ce mythe séculaire, pour asseoir
De la sorgue, la ténébreuse chape… ébahis,
Les gamins, adossés à ce tronc raboteux,
Imaginaient parfois, loin des sols cahoteux,
La douceur de l’instant démuni de saillie.
Il fait bon vivre sur la lande herbue… l’été,
En refaisant bagages, laisse ouverte la porte ;
Maugréant : _ que les ventées l’emportent !
Fit si bon… des plaines, aux rampes de jetées,
Quand l’océan poussait de ses vagues frisées,
La lame désodée d’irascibles crachins…
Quelquefois, répugné du tenace fraichin
Cloqué de nauséeux relents… dégrisés.
Rancunière ? sûrement !… on le serait à moins ;
N’est-il pas ? aux précoces murmures du temps
Dénaturé, se dissipent, derrière l’abattant,
Les volutes perlées du renouveau- témoin ;
S’y activent les grises feuilletées de septembre,
La moite mousse d’octobre… le froid décrispe
L’estivation ; s’avance furtivement, la hispe
Hérissée de pointes ; s’y défigent ses membres.
La germination a clos de sa superbe, l’aura ;
Les tenaces arômes d’offrandes frugifères
S’évaporent en l’azur blêmi ; tout à son affaire,
Le bouvreuil duvète de son nid, le claustra.
Les saisons, en marge de ces mutations,
Évincent des champs pleins, les semences ;
Les surgeons jonchent, en cette décroissance,
Les friables ridules de germination…
Sur le tapis transi de la belle vallée, s’attardent
Cochenille, tipule gourmande ; decticelle
Et Éphippigère, aux bruines en ruisselle,
S’y peu à peu, défont de leur vielles hardes.
Quand l’automne paraît, se dissolvent, à l’aube
Les émanations de l’humide cosmos… déliées
Des teintes cérulées, le remugle pose à ce palier,
Son souffle fermenté de miasmes d’engobe :
Irrespirable ruclon de semis étranglés
De lierre… là, de l’épaisse brume, montent
De lourdes vapeurs dessanglées de la fonte
De cirrus floutés, de flocons dessanglés.
L’automne fait son entrée, en raglan de cortège,
Sur la scène bancale d’un théâtre de morts…
Nul cavalier ne peut l’accorer à son mors ;
Demeure le parâtre que les ombres protègent.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023
