Les amoureux, en la paresse du petit matin,
Construisent forteresses… sous la soie, le satin,
S’esbaudissent, quand la nuit fuit le jour,
Repus de suavité, prisonniers de l’ajour
Dont la noblesse farde l’altière enjolivure :
Imposante évasée posée en gélivure…
Les amoureux bâtissent des empires cossus,
De riches métropoles, des fiefs pansus ;
Au cœur de leur demeure, s’emplissent
Les crédences… les vivres en alourdissent
La mince verrerie, le gradin des cristaux
Aux miroitants reflets épiés du boqueteau.
Les amoureux s’illusionnent, au soir
Où tanguent les promesses faciles :
pressoir ;
Y gouttent les mensonges d’amants nus,
Cloqués de pragmatiques donnes ; ténus,
Sont les projets de ces craintifs servants…
Se défloutent les ombres du remords éprouvant.
Les amoureux détissent de leurs rêves déchus,
Le fragile tramage… au cantre d’autres chues,
Se délassent l’ambition, le fallacieux avoir ;
Leur semble _ pensent-ils _ que prévoir,
Quand l’ivresse coagule l’idoine, affecte
De l’envie, les pulsions soudaines ; l’affect,
Mis à mal, dénature du style, la propension ;
Comme eux _ c’est vrai ! _ jadis, le
pensions.
Les amoureux présentent, aux primes marées,
Au ressac d’ires injustifiables, l’orée
D’autres matins ramenant d’outre-lieu,
Les merveilles d’Alice… bercés du courlieu
Dont le fredon s’égaie ; patinent au saut du
lit,
Ecrasés sous le poids de trompeurs parhélies,
Broyés sous fardeau d’immondes simulacres
Inquisitives quêtes aux portes du vrai sacre.
Quand je suis amoureux, défait de têtière,
Desserti de frontail, au nord des pentières,
Je regarde le monde s’agiter en la nasse
De prévarications, de pétun de canasse…
Heureux, je mords au fruit de la vraie liberté…
L’amour est un appui pour le déconcerté.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023
