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mardi 4 avril 2023

ALUNE A CES MUES

ALUNE A CES MUES

 

La plus humble demeure est un palais de roi

Où s’harmonisent encor les complices amours ;

S’élèvent hors la nue, en l’empreinte du jour,

Ses plus suaves tons déportés du noroît.

 

Derrière le retable de ses larges auvents,

S’allument des miroirs dont le teint coordonne

En des nuits feutrées, aux mises de maldonne,

De luisantes flammèches en engoulevents.

 

Parfois, au matin blême, aux heures étirées,

Derrière la fenêtre de la chambre à coucher,

De noduleuses branches viennent effaroucher,

Les dernières noctuelles s’y semblant mirer.

 

Bancale, comme bambane, la vieille cheminée

Etrécie de son âtre le col du long conduit

Où s’étirent sereines jusqu’au sombre réduit,

D’ignifuges brandons dessertis, calcinés.

 

Une simple cuisine où fument aux aurores

Quelque mousse gratine, l’odeur d’un bon café,

L’arôme qui du four tiède se peu à peu défait

De l’humide volute illutant ce décor :

 

Crasseuses spirales dont les braises conspuent

Les miasmes carbonés, les nocives bribes…

Rien qui ne se puisse, en l’encre bleue d’un scribe,

Flouer l’ordre banal… en l’ininterrompu.

 

Une baignoire cuivrée, un lavabo sous vasque :

Un cabinet d’aisance balayé d’un faisceau

De froides lumières profilées en arceaux,

Pénétré de lueurs comme chues d’une fiasque.

 

Et puis…

Une pâle pièce emplie de babioles… un bureau

Rehaussé d’une ancienne lampe… c’est d’ici

Que fusent mes fontaines… mes soupirs forcis

S’acclimatent aux mots encagés aux barreaux

 

Dont ma plume fait fête… oui, c’est ici que j’écris,

C’est là, en ce doux cloître repu d’alexandrins

Que j’éveille Candace d’étuve de poudrin,

Avant d’en dénuder au confort de ses cris,

 

L’itératif écho : ce brûlant artifice égrappé

De nuances, débridé de chambard…

J’entoile de musique, au rets de la gabare,

Tous les râles cognés dont elle se veut draper.

 

De cette humble demeure enfiévrée de rêves,

Ma poésie éclate sous la peau du penseur

Ses plus riches blessures dont le flux apiéceur

Supporte le bâti d’une impossible trêve.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023