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dimanche 4 juillet 2021

VENISE Jean-Jacques TAZARTEZ (N.P)

VENISE

Jean-Jacques TAZARTEZ (N.P)

 

Qui mettra les drapeaux en berne
La mort jamais ne nous concerne.
Qu’il s’agisse d’un homme ou d’un port,
Qui de nous pleurera sa mort
La mer rongera les madones
Subsistant de l’ancienne Rome
Qui dissipera le brouillard,
Qui recouvrira ta mémoire.

Moi, je n’avais jamais vu Venise,
Jamais dormi au bord de l’eau
Mais, je sais que cette plage grise,
Avant s'appelait le Lido.

Et les mouettes ne sont plus blanches,
Les pigeons n’ont plus de dimanches

Le Palais des Doges se meurt,
De tous ses murs suintent des pleurs ;
Elle s’en va la grande dame,
Tout au fil de l’eau de ses lames ;
Quelques gondoles égarées
Essayent de la rattraper

Moi je n’avais jamais vu Venise,
Jamais dormi au bord de l’eau ;
Mais je sais que cette plage grise
Avant, s'appelait le Lido.

Mais faudrait pas que ça te gêne,
Si ce n’est pas Paris sur Seine ;
Faut pas te sentir obligé
D’essayer d’être concerné ;
Bientôt ce sera notre tour
Et toutes nos chansons d’amour

Parleront du monde d’avant
Ça ne sera pas dans très longtemps.

Moi je n’avais jamais vu Venise,
Jamais dormi au bord de l’eau ;
Mais, je sais que cette plage grise
Avant, s'appelait le Lido

 

Jean-Jacques TAZARTEZ

OPAQUES INCERTITUDES

OPAQUES INCERTITUDES

 

Madame, de vos rêves enfouis au satin des nuits,

Ai fait bouquets de complaisance, parhélie

Pour confondre la sorgue, qui à l’aube, s’enfuit,

Quand choit l’étoile bleue de mon ciel de lit…

 

N'est en ces nuits d’encre : ténébreuses ombres,

Aucun plumet qui vaille du décor, rehausser

L’artefact… l’image en ces points sombres,

Atténue du brouillard, l’épaisseur écossée.   

 

Saviez-vous, madame, qu’aux heures décimées,

Quand l’horloge plaintive ajuste aux secondes

De clivantes minutes, peu à peu écimées

De la dague du temps, les spires rubicondes

Du soleil de juillet, en l’aurore, inondent

Du songe creux la translation arrimée

Au jalon que les soupirs émondent ?

 

Oniriques visées de troublantes coulures,

Aériennes volutes chichement dédoublées,

Pourquoi de la sagesse empruntez-vous allure_

De la juste prudence, les appentis comblés ?

 

Pourquoi, madame, de l’exacte mesure, arguez

Vous le tempo ? qui traverse vos ruines, au soir

Plein de promesses échouées loin du gué

Où l’amante féale jurant fidélité, élève l’ostensoir

 

D’un amour évidé de sa pleine assurance ?

Que n’êtes-vous, irascible lorette de ciborium,

Placée sous l’édicule d’un désir, en l’errance

De feintes accotées aux aises ruinant l’homme !

 

Si j’emmure des joies, la réelle substance, je délie

De vos larmes, l’influx d’importance… j’écale

De l’homochromie, l’improbable délit

Dont le froid mimétisme, en ces ides pâlies,

Encerne du fourreau le long support de cale.

 

Madame, retenez-moi à l’haussière vôtre !

Mes plaintes berceront de l’inutile broue,

Le spumeux ramas… là, du blé, à l’épeautre,

Les gemmules enserrent l’aciculaire houe.  

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

LE PRÉTENTIEUX


« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition » Voltaire

 

LE PRÉTENTIEUX

 

VOLTAIRE, ARROGANT RHÉTEUR

1694/1778

 

François-Marie Arouet, pugnace,

Styliste de métaphrase, logographe

Vouant à l'elliptique, en doxographe,

Perceptible amour, ô combien tenace

 

Aux siennes assertions ! Orateur

Dont on supplante harangue,

A-t-on des pensées exsangues,

Le droit d'en être contradicteur ?

 

Philosophe, anglomane, tu naquis

A Paris le 21 novembre 1694 ; en toi,

Le tumulte des mots rend matois,

Le raisonneur aux joutes de marquis,

 

Puis, les lymphes de bombance

Dont ta plume admoneste le pérore

De ta verte faconde aux aurores,

Les rigaudons, ces pitres d'allégeance.

 

Anticlérical, déiste plein de verve,

D'arbitraire ; éloquent, mais pédant ;

De Lally, au sieur de la Barre, ardent

D'indéfendables causes... sans réserve,

 

Tu presses du succès, le chaud nanan,

A contre-pied de  cet aplomb dont,

Très cher, tu sembles faire don....

Ceint de l'art vexatoire, aliénant.

 

Tu rêves de monarchie libérale,

En accentues des règles la pointe ;

Apte ici, à renier les Écritures ointes

Du Divin Créateur, sans les lois augurales.

 

Tes lettres philosophiques, cependant

Avivent mon inextinguible pépie…

Ta riche plume me tance sans répit,

Du triumvirat des kaisers fardant

 

De vice la plèbe, quand elle larmoie ;

L'irrévérencieux, ce fat, cet inculte

Au tropisme de béatitude insulte,

Puis, en parachève de l'extase, l’émoi.

 

Tu courtises avec tact les monarques,

Sans mal, conchies du mufle la haine,

L'aigreur... aux festins des silènes

Lesté d'infatuation… ils, t'emparquent

 

En cénobite, en froid anachorète

Comme blessé du vieil assermenté

Du Tariqa, quand la concussion tait

Du dispendieux l’asile par trop replète.

 

T’embastille, le pouvoir en place ;

Tu sembles, en cette inélégance,

Roturier, populacier sans ganse,

Ni éperons, dois-je dire sans classe (!?)

 

Emilie de Châtelet, ton amante lucide,

Voile encor tes mots doux de l’ambiguë

Vacance... ce fictif ; as-tu de la ciguë

Espérer bienfaisance, sans subside ?...

 

Vos liaisons renflouent du tombeau,

Chaque dalle… La Prusse est un désert

Sans péons… l'homme, de la misère,

Jamais n’obvie ; tout est propre, beau ;

 

Fusent parfois, possibles victoires ;

Parle-moi de Rousseau, des Crébillon,

Ces talentueux émules ! car, haillons,

Ou guenilles, sans rites ostentatoires,

 

Lient fort peu de l’élan, tout le vide

Emprunté malgré soi au terne béotien

Molesté un peu plus d'académiciens

Dont seules, les notes débrident

 

Du dithyrambe, le vrai panégyrique !

Peux-tu, très cher, devant les folles vierges,

Et sans mal, souffler un à un, les cierges

De ces religions et par trop chimériques ?


1753, Berlin te récuse.... Frédéric II

T'y éjecte ; déçu, tu regagnes Ferney,

Noué d'un caraco... te voilà aluné

Hors des orbes, abattu, cafardeux.

 

Mais...


La Révolution t'ouvre, ô bonheur !

L'altier Panthéon… d'aucuns diront :

Quel homme ! les autres crieront

De te voir adoubé... quelle horreur !!!

 

Sera-ce alors en ces vaines pompes,

Que, Voltaire, toi, l'écrivain de France,

S'ouvriront pupilles ? L'outrance

Faite au roi, en ces nuits d'estompe,

 

N'emmure jamais, du philosophe,

La démesure… tu aimais les plaisirs

De la table mondée, oubliant d'en gésir

Aux empyrées... Le Ciel t'apostrophe,

 

Car, de ce sybaritisme, les conquises

S'ébattent nues, car l'odalisque espère

L'eau de la parénèse, en priant le Père

D'ôter de tes blandices, la folle entremise.

 

Te faudra confesser, insatiable noceur_

Des frondes, la faiblesse en la chair ;

De coupe pleine, derrière l'archère,

Le remords, tous les regrets perceurs !

 

Ton œuvre m'affole… m'y veux

Sans regimber céans, soumettre ;

Vrai ! ne serai jamais maître

Des contradictions ! L'influx verveux

 

D'écrivaillons diserts, n'a sur moi,

Nulle emprise… fièrement, je l'avoue !

Le tubule trop sage est _ sans vous,

Censeurs dont les mots atermoient,

 

Un mince réticule ; s'y affairent des notes

Semblables aux palimpsestes gris

De scribes lourds, de plumitifs aigris...

Aux libelles de Dante… j'empote

 

Du savoir, l’empyreume pensée ;

Pourquoi dois-je encor acquiescer,

Accorder indulgence aux resucées

Du décadent me voulant là, tancer !?

 

Tu contestes Voltaire, ton affiliation,

Peux-tu invectiver la mort, ou d'Œdipe,

De Rohan-Chabot, les principes ?

De Conti vainquit-il ta position

 

De bâtonné humilié, quand la Bastille

Écornait ta superbe, t'offrant sa geôle ?

Fais-montre de réserve ! vois, tu t'affoles !…

La condescendance encloue tes quilles.

 *

Mai 1778, en l'hôtel de ton fidèle ami,

Le marquis de Villette, la mort t’agressa,

T absorba, t'aspira, t'oppressa...

Elle t'ouvrit le tombeau… endormi

 

Aux ruines d'un lourd passé, d'un temps

Désaccordé des premiers frimas,

Encloîtré d'orchidées, tu y semas

Les pesants râles, d'un ultime printemps.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021