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mercredi 16 juin 2021

ECLECTISISMI DISPICI* Eclectisme

ECLECTISISMI DISPICI*

Eclectisme

 

J’ai rêvé d’un amour aux portes de mon lit,

D’une romance sage… trop peut-être,

Pour en moi, donner au vaporeux paraître,

Le prétentieux confort abouté de délits.

 

Me suis imaginé, quand la molle paresse

Domptait de mes nuits d’encre, l’ardeur,

Être, en ce dense malaise, le frondeur

Qui, en vitupérant, souvent agresse

 

D’un verbe lourd_ cacique d’Hypocagne

Démagogue d’un ‘’état-camisole” ruiné

A sa base… n’y viennent point bruiner

Les scélérates gouttes chues de la cocagne.

 

Ai fait semblant de croire au cartésianisme,

Pour en cosmétiquer la logique princière ;

Dois-je mouler d’un laïus insincère,

L’idiome pris en l’étau du fol académisme ?

 

Quand j’aurai fait le tour de mes chimères,

Périmétré l’espace où sombre la raison,

Donner souffle nouveau aux vieilles saisons,

Ferai, sans mal, en scrutant l’horizon,

Montre d’opportunisme, et sans péroraison,

Pour mieux ouïr des vagues, l’agonie de la mer :

Discordants murmures, bruissements éphémères.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 15 juin 2021

A CELIMENE Alphonse Daudet

A CELIMENE

Alphonse Daudet

 

Je ne vous aime pas, ô blonde Célimène,
Et si vous l’avez cru quelque temps, apprenez
Que nous ne sommes point de ces gens que l’on mène
Avec une lisière et par le bout du nez ;
Je ne vous aime pas… depuis une semaine,
Et je ne sais pourquoi vous vous en étonnez.

Je ne vous aime pas ; vous êtes trop coquette,
Et vos moindres faveurs sont de mauvais aloi ;
Par le droit des yeux noirs, par le droit de conquête,
Il vous faut des amants. (On ne sait trop pourquoi.)
Vous jouez du regard comme d’une raquette ;
Vous en jouez, méchante… et jamais avec moi.

Je ne vous aime pas, et vous aurez beau faire,
Non, madame, jamais je ne vous aimerai.
Vous me plaisez beaucoup ; certes, je vous préfère
À Dorine, à Clarisse, à Lisette, c’est vrai.
Pourtant l’amour n’a rien à voir dans cette affaire,
Et quand il vous plaira, je vous le prouverai.

J’aurais pu vous aimer ; mais, ne vous en déplaise,
Chez moi le sentiment ne tient que par un fil…
Avouons-le, pourtant, quelque chose me pèse :
En ne vous aimant pas, comment donc se fait-il
Que je sois aussi gauche, aussi mal à mon aise
Quand vous me regardez de face ou de profil ?

Je ne vous aime pas, je n’aime rien au monde ;
Je suis de fer, je suis de roc, je suis d’airain.
Shakespeare a dit de vous : « Perfide comme l’onde » ;
Mais moi je n’ai pas peur, car j’ai le pied marin.
Pourtant quand vous parlez, ô ma sirène blonde,
Quand vous parlez, mon cœur bat comme un tambourin.

Je ne vous aime pas, c’est dit, je vous déteste,
Je vous crains comme on craint l’enfer, de peur du feu ;
Comme on craint le typhus, le choléra, la peste,
Je vous hais à la mort, madame ; mais, mon Dieu !
Expliquez-moi pourquoi je pleure, quand je reste
Deux jours sans vous parler et sans vous voir un peu.

Alphonse Daudet, Les Amoureuses, 1858

ERIT NON IAM* N’aurons plus



ERIT NON IAM*

N’aurons plus

 

Nous n’aurons plus le temps de courir

Dans la lande, au centre du troupeau ;

L’empreinte de nos pas ne saura désunir

Aux ventées, les moulages groupaux…

 

Nous n’aurons plus à l’aube, tu le sais,

La diaphane rosée sur les jardins fleuris ;

Verrons pourtant pousser en cet insuccès,

De multiples promesses sous les cris…

 

Du mâle, ce curieux triptyque, les années

Ourleront du bâti de ses rêves mort-nés,

Le repli… l’espèce n’aura plus d’âme…

 

Nous la verrons peu à peu s’engloutir

En la vase où déjà, commence à s’empuantir

Le corps de libertins qui, hier, talaient le macadam.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

OBUMBRATIO* Altération

OBUMBRATIO*

Altération

 

Le temps qui a détruit les vertiges de l’âme,

Est venu dénuder de nos rêves agames,

Quand au soir les amantes s’y pâment,

L’ouateuse apparence les muant en dames.


L’amour qui a soldé de nos ambitions,

Le désir de calmer chaque sédition,

A impulsé au cœur fiel de séduction

Barbifiant l’esprit oint d'inhibitions.

 

Le feu qui a corrodé la raison autonome

Sans subterfuges enquillés à l’homme,

A aussi calciné nos songes économes :

Bifurcations aux teintes polychromes.

 

L’absence qui a couché en sa thébaïde

L’enfant sans avenir, désœuvré, impavide,

A su lier aux faces d’inconfortables rides,

D’immodestes grimes de larmoiement algide.

 

Retenu au licol de poisseux méandres,

Du stoïcisme, à n’y plus rien comprendre,

Avons déraciné, pleurant à pierre fendre,

Le devenir renaissant de ses cendres.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021


LA CONSCIENCE Victor Hugo

LA CONSCIENCE

Victor Hugo

 

Lorsqu’avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’œil à la même place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il ; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l’on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l’aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet œil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet œil me regarde toujours ! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth ;
Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des nœuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer ;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’œil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : » Non, il est toujours là. »
Alors il dit : « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Victor Hugo

lundi 14 juin 2021

OBLIVISCATUR TE IN CONSPECTU* Avant de l’oublier

OBLIVISCATUR TE

IN CONSPECTU*

Avant de l’oublier

 

 

Avant de l’oublier, je reviendrai danser

En ses nuits, pister ses insomnies,

Me griser du nectar de ses vieilles manies

Amputant de l’amante, les teintes nuancées.

 

Avant de l’oublier, confesserai sans haine,

L’avoir purgée de ses lubies absconses,

Égrené de ses rires, de ses lèvres d’oponces,

La quintessence, l'effluve souveraine.

 

Apeurée, frustrée, elle a suivi mon ombre,

Dépassant du profil des compromissions,

La suggestive aura de l'inhibition

Qu'illustre au soir, son côté sombre.

 

Avant de l’oublier, grisé de fragrances,

J’amoindrirai des peines ponctuelles,

Le spumeux ressac d’influx rebelles

Au faîte du corps piégé de sénescence.

 

Avant de l’oublier, éteindrai de ses joies,

L’euphorie passagère dont l’humeur

Meurtrie du raisonnable, la tumeur

Gangrenée, quand la pensée rougeoie

 

Du putrescible, ce voile subéreux

Sans le fard de déliquescence, blessant

Du temps émietté du verbe obsolescent

L'offre d’orateurs au langage poreux.

 

Avant de l’oublier, de nier l’évidence

Drapée de démesure, l’immodestie,

Dénuderai _ cela, sans contredit ! _

L’entrelacs du déni dupant la conscience.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 13 juin 2021

FIRMAMENTUM FIRMUS* Bancal support

FIRMAMENTUM FIRMUS*

Bancal support

 

J’ai dormi sur une terre boueuse

Où le malheur aiguise du sectaire

L’esprit pris au filet de houleuses

Marées que les vagues enterrent.

 

J’ai vomi mon passé sur la nappe

Dressée en des orges prisées de bouffis,

D’arrogants bienfaiteurs, en l’agape

De mets consommés de nobles déconfits.

 

Quand s’avancent d’heures calendaires,

Minutes et secondes, j’ampute du réel,

Toute l’hégémonie… là, en récipiendaire,

Je gomme du brevet, le précis actuariel.

 

Quand chavire matin du cotonneux éveil,

S’éloigne peu à peu, du fol obscurantisme,

Le siècle des lumières où l’âme s’émerveille

En l’équanimité ointe d’abstractionnisme.

 

Pantois, face à la gent irradiée d’argutie,

J’édulcore du pathos, toute la rhétorique,

Confiant en la démarche qu’épaissit

Mon négoce pour le moins chimérique.

 

Alors

 

Je clos des palpébrales, sans autres, il est vrai,

Les minces interstices… j’en survivrai !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021