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samedi 15 mai 2021

CARNE VESCUNTUR PREDATOR* Prédatrice carnassière

CARNE VESCUNTUR PREDATOR*

 Prédatrice carnassière

 

 

Ne faites de l'homme qui soulève jupons,

Libidineux squale de royaumes perdus !

Voyez de vos appâts caressés des fripons,

L’insolence lustrée de vains sous-entendus !

Enfouie au corset d’invites, dressiez table

Au fringuant hédoniste… vos callipyges lunes

Dénervées de Rubens, offrent coches louables,

Impulsant au plus fort de l'ébat, lacune,

Incertaine jouissance… que ne seriez-vous pas,

La poupée fardée, séductrice en ces lieux

Poncés d’ignobles harengères_ n’est-il pas !

Ambitieuse, enjôleuse, conspuée d’envieux !

Vos seins lourds claquent l’amant répudié ;

Quêtant d'apodictiques désirs incisifs,

Quelque malsain frimas, inondant sine die,

Des spongieux capitons, le gosier abrasif,

Fouillé de suaves bordées, quelquefois,

Retenu de l'antre de gräfenberg ; fuse

De ce geyser, la clase génitale... ce froid

Corridor sanglé d'anhélations diffuses.

 *

Ne laissez transir du vieux cœur plaintif,

L'acrotère muscle ! Déviez de la sente

Encagée en ce mal pour le moins incisif !

Votre corps inhibé de serve, au soir, enfante

Malgré vous, douteuse luxuriance écernée

De l’éthique, la concise morale aiguisée,

La pleine retenue, peu à peu, détournée

D'êtres dont l'impudence, semble méprisée !

Je vous plains, du seuil des privautés ; jadis,

Des concupiscences, pavèrent le raisonnable,

Nimbant à tort, les mielleuses blandices !...

Châtrerai pour vous plaire, l'indomptable !

Engerberai sans mal, de l'ultime excès:

Lubricité gaussée du flux de l'insuccès !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 14 mai 2021

QU’EN AVEZ-VOUS FAIT Marcelline Desbordes-Valmore

QU’EN AVEZ-VOUS FAIT

Marcelline Desbordes-Valmore

Vous aviez mon cœur,
Moi, j'avais le vôtre :
Un cœur pour un cœur ;
Bonheur pour bonheur !

Le vôtre est rendu,
Je n'en ai plus d'autre,
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !

La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L'encens, la couleur :

Qu'en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu'en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?

Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,

Vous me laissez là,
Dans ma vie amère ;
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !

Savez-vous qu'un jour
L'homme est seul au monde ?
Savez-vous qu'un jour
Il revoit l'amour ?

Vous appellerez,
Sans qu'on vous réponde ;
Vous appellerez,
Et vous songerez !...

Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte ;
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant.

Et l'on vous dira :
« Personne !... Elle est morte. »
On vous le dira ;
Mais qui vous plaindra ? 

Marcelline Desbordes-Valmore

OBVIOUS BET* Evidente mise

OBVIOUS BET*

Evidente mise

 

O victorieuse mise de mon cœur éploré,

Que n’aurais donné pour t'encor insuffler

Des primes cris d’amour, et sans en efflorer

La précieuse cerce, et sans en maroufler

De l’indistinct insert, la hideuse façade,

L’inutile fronton, ce vexant ornement

Epié du soldat piégé aux barricades

Cernées de mitraille, délestées d'armement !  

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

jeudi 13 mai 2021

QUE NENNI !

QUE NENNI !

 

Aurais-je fait invite aux plantureuses nymphes,

S’en m’en apercevoir ? aurais-je donné du lest

A mes désirs floutés, quand s’écoule la lymphe

De ce sang que je porte, et que ma vie atteste ?


 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

CYRANO DE BERGERAC Fin Bretteur d'escarmouche

CYRANO DE BERGERAC

Fin Bretteur d'escarmouche

 

 

Bien fol qui, de la joute feutrée,

Argue du nasigère, la protubérance ;

Hercule Savinien, tu fais de l'excellence,

Jobelin… sans te jamais vautrer,

 

Sublunaire_ en la fange, où festoient

Les moqueurs ; ces silènes égrènent

Du viatique, somptueuses étrennes,

Plates manœuvres, si la honte fossoie.

 

Diligentes amours, souvent, brèves étreintes,

Décélèrent de ta rouge pépie, en son cru,

Le charme tanisé, si du cépage écru,

La lie boude encor, l’élixir de pinte.

 

De l'alexandrin d’aède, sourdent

Piques et entrelacs dont les mots,

Ces ensouples, en des flux optimaux,

De l'acescente verve, nient la bourde:

 

Ce spleen dont Rostand, le félibre,

Dilacère la flaccidité, assurant du débit,

La stillation... du soyeux de l’habit

De monarque, la livrée se veut libre…


Qui du vaudeville, Labiche, Feydeau,

Aux soirs de premières, font honneur,

Sans dithyrambe_ quel bonheur !

A l'enthousiasme d'un volage credo ?

 

Monsieur de Bergerac, Roxane souffle

De l’espoir, les plus riches attentes ;

Sous balcon, Christian, en dilettante,

Solennise l’ithos que son art maroufle,

 

Je l’entends cosmétiquer de lèvres

Espiègles, sans doute, sa badine moue,

D'impétueux guaglione, pour du tinamou,

En sertir prestance, absolvant du mièvre,

 

La vraie rodomontade : quintessence

D’euphémisme enjôlé de la lippe

Édulcorée de contes, d'archétypes…

Dois-je ici, faire montre de décence ?  

 

Je n'ose de ton organe, encenser

L'oblongue structure… mes brettes

S’y semblent rompre… je souhaite

Des blandices, taire là, sans tancer

 

De ton grêle appendice, l’aménité ;

Ni du ridicule flou, accoter l’ardeur,

De Faunesse, Pornoboskos, si la laideur

Exulte, sans crainte de dompter

 

En ses pauses, perceptible aura...

Savinien très cher, dis, je t'en prie,

Quand l'odalisque émue a surpris

Du reniement, l’écho ! on verra,

 

En un cendreux matin, à l'aube,

La sombre ligne de l'acharnement

D'estafier en garde, ce tourment

Fardé de mansuétudes, en l'engobe

 

De repaires dont l'infamie caresse

L'inadéquat goulet... tu suivras seul,

Inélégant, drapé d'un gris linceul,

Le rustre pulpitum de la mort-traîtresse

 

Estoquant l'âme du chevau-léger

Égaré sous stèle du shéol rétenteur

Et qu'empoigne le souffle séducteur,

Du Serpent nous voulant tous piéger.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mercredi 12 mai 2021

ANIMALIS LAESUS* Animal blessé

ANIMALIS LAESUS*

Animal blessé

 

Au rets de la vindicte, celle qui insupporte,

Etranglés de lazzis, de malsaines huées,

S’engaine de faux espoirs, prête à louer,

Le novateur se courbant à sa porte,


Ce bouffi, qu’implémente l'adaptateur :

Gonfalonier roidi en l’espèce: légaliste

Aux tatillons préceptes, subtil analyste

Dont la verve farde les projets séducteurs.

 

Au filet de l’entrisme, se laisse convaincre,

Larvée de manœuvres prétendues louables:

Tergiversation… se doit-elle mettre à table,

En cet ego, et sans le jamais vaincre,

 

L’orgueil estocade la fatalité !... Inouï,

Cette palinodie, ô combien féconde,

Vicissitude larvée d’inusable faconde !

De quelle mansuétude germera l'ouïe ?

 

Prise en de l’asservissement, pincée

De flatteries, culbute entre les pleurs

De fièvres indomptées ; ici, la peur

Suppléante l’offense d’infâmes resucées :

Itératives colichemardes, repoussées

Du mal en sa dérive, sa fatale torpeur…

 


Vouée à la gent possessive, agioteuse,

Qui du sequin, attise encor le coût,

La voilà ! passablement défaite, au cou

D'une cocagne, en danger, anxieuse,

 

Percluse ; sénile mousmée d'amants

Formatés de la riche pépie... étrange

Débordement, cet excès qui dérange

La noblesse parée de précieux ornements.

 

A bene placido, nobilas**… pauvre carricature

Dévoilant du pupo la trompeuse sagesse !

Se peut-il, qu’aux flux de l’allégresse,

S’encordassent les doctes de nomenclature !


** à votre bon cœur, braves gens

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 11 mai 2021

LE CHANT DE L’EAU Emile Verhaeren

LE CHANT DE L’EAU

Emile Verhaeren

L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.

Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers
Et les putois et les fouines
Et les souris et les mulots
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau.

Aubes voilées,
Vous étendez en vain,
Dans les vallées,
Vos tissus blêmes,
La rivière,
Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
Coule de pierre en pierre
Et murmure quand même.
Si quelquefois, pendant l’été,
Elle tarit sa volupté
D’être sonore et frémissante et fraîche,
C’est que le dur juillet
La hait
Et l’accable et l’assèche.
Mais néanmoins, oui, même alors
En ses anses, sous les broussailles
Elle tressaille
Et se ranime encor,
Quand la belle gardeuse d’oies
Lui livre ingénument la joie
Brusque et rouge de tout son corps.

Oh ! les belles épousailles
De l’eau lucide et de la chair,
Dans le vent et dans l’air,
Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;
Et les baisers multipliés du flot
Sur la nuque et le dos,
Et les courbes et les anneaux
De l’onduleuse chevelure
Ornant les deux seins triomphaux
D’une ample et flexible parure ;
Et les vagues violettes ou roses
Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent
Autour des flancs, autour des reins ;
Et tout là-haut le ciel divin
Qui rit à la santé lumineuse des choses !

La belle fille aux cheveux roux
Pose un pied clair sur les cailloux.
Elle allonge le bras et la hanche et s’inclina
Pour recueillir au bord,
Parmi les lotiers d’or,
La menthe fine ;
Ou bien encor
S’amuse à soulever les pierres
Et provoque la fuite
Droite et subite
Des truites
Au fil luisant de la rivière.

Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,
Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
Et les oiseaux vifs et vermeils
Volent et volent,
Et l’ombre de leurs ailes
Passe sur elle.

Ainsi fait-elle encor
A l’entour de son corps
Même aux mois chauds
Chanter les flots.
Et ce n’est qu’en septembre
Que sous les branches d’or et d’ambre,
Sa nudité
Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
Mais c’est qu’alors sont revenues
Vers notre ciel les lourdes nues
Avec l’averse entre leurs plis
Et que déjà la brume
Du fond des prés et des taillis
S’exhume.

Pluie aux gouttes rondes et claires,
Bulles de joie et de lumière,
Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
Car tout l’automne en deuil
Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
Son flot rechante au long des berges recourbées,
Parmi les prés, parmi les bois ;
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois ;
Et peut-être que Mélusine,
Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et, suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encor
Et danse.

Emile Verhaeren, Les blés mouvants