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samedi 7 octobre 2023

BOUFFONS VENITIENS

BOUFFONS VENITIENS

 

Les rires font offenses en l’âme du draveur

Dont la charge flottante leste la rivière ;

Son fardeau que les remous empierrent,

Sillonne, au fil de l’eau, le puissant étuveur.

 

Pour le Vénitien, les rires du zani masquent,

Et pour nous plaire, le caricatural…

Quand il fait son entrée magistrale,

Conquis, le public salue ce fier tarasque.

 

Brighella, Mezzetin, Pedrolino, Scapin,

Polichinelle, Trivelin Coviello, bien sûr,

Font offre du meilleur… rassurent

L’auditoire séduit de l’art supin.

 

La ruse confisque au permanent, souvent,

Sans qu’on sache pourquoi, l’endémique ;

En encloue l’intangible, et qui, de la mimique

Affectionne baroque… n’est rien de décevant !

 

Au XVII siècle, la grande casaque de scène,

Alimentait rumeurs, quant à son avantage ;

L’image supporte_ on le sait _ mal, l’aboutage ;

Rebute parfois, le généreux mécène ;

 

Attifé de la sorte, zani et maître se confondent,

Illusionnent sans mal le prôneur théatin :

Ce faiseur de morale, vexé du baratin

De ces pitres muchés, affolés de faconde.

 

Venise est un miroir sans tain ; s’y mirent

Les nantis de l’Italie vaincue… s’en faudrait

Préserver, pensez-vous ! nul, de l’adret,

Ne peut faire montagne, sans l’admire

 

Du vaillant varappeur : digne ascensionniste

Crevant de l’impossible, le bedonnant confort ;

Le bouffon s’imagine, en son intérieur for,

Déchirer la valade du vieil accessoiriste,

 

Pour percer mystère de la gent de coulisse :

Nouvel appariteur aux doctes exigences….

Ecaler du chapitre, d’anonymes stances,

Aboute du poème posé en ces abscisses,

 

L’iambique substance… sans fondement,

S’écroule la catachrèse… l’orateur perd pied

Si la déclame gêne… sans ce polycopié,

Le tribun se ferait herméneute… sûrement !

 

Le zani, lui, talle du boyau d’escale, pause…

De la déconvenue alimentée de rires, Venise

S’octroyait _ aux moindres des mainmises_

Le droit des prébendiers démunis de l’enclose.

 

De ces pantalonnes crues, émanait l’ire

De tragédiens bouffis, ces pansus cabotins,

A l’instar du piètre Montfleury : pantin

Dont la plume fossilise Asdrubal : c’est peu dire !

 

 Mascarille, Jodelet, Gros-René, Figaro,

Plus tard, envahiront l’estrade… vice, hardiesse,

Couronneront alors, ces âmes en liesse,

Donnant au rôle de valet, et sans aucun haro,

 

L’exacte mesure du factotum se livrant

Aux foules ébahies… l’aura du non sequitur

Embellit le langage du noble, sans détours,

Aux susurres permises… peu à peu, l’enivrant.

 

Du cynisme de la libre pensée, au refouloir

De censeurs piégés d'artefact, prétentions

Aucunes ne pourraient, même en l’inaction,

S’ajuster à la lame du biseau de doloire.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

vendredi 6 octobre 2023

INCIVILES LAMPEES

INCIVILES LAMPEES

 

Des mortes nuits d’automne, au matin épuré,

S’évident les noceurs de doriennes contrées ;

S’en viennent ripailler, en mentors adextrés,

Aux artères de riches capitales… emmurés

 

De sybarites flux, s’allongent sous la nue,

Riches de mécréance, de syncrétiques rites ;

Dépourvus de morale, en l’aube azurite,

Capitonnent le vice encoffrant l’ingénue.

 

Prétentieux, larvaires : iniques aguicheurs

Emargeant de l’oukase du récipiendaire,

Rognant de l’ordalie, les us protocolaires,

Le douzil de coutumes au fiel accrocheur.

 

Sur le gris du pavé, s’éparpillent aux vents,

Les malléables traces de pas impudents,

Les trop souples empreintes d’imprudents

Ecornés de la maréchaussée poursuivant

 

Ces jobastres, ces gens-foutre d’ailleurs,

Dont la raison vacille, avant de s’écrouler,

Aux moindres aléas, comme blackboulés

Du serein réceptif… gaussés là, du railleur.

 

Pris en la nébuleuse de pénétrantes sorgues,

Glissent d’estaminets fermentés de puanteur ;

Les femmes qui les ceignent d’apesanteur,

Clivent à leurs visées, de ténébreuses morgues.

 

L’amour, à leur endroit, n’a point certificat ;

Peu s’en fallait que l’offre du dérèglement,

Annihilasse, du point d’âpres tourments,

La folle mécanique piégeant l’indélicat…

 

De Paris, à Tokyo, aux portes des bordels ;

De Londres, à Manille, de Rome, à Bangkok  

Au souffle de bourrelles, la mesure de coke

Affine la prisée du loup sur sa ridelle.

 

Vous les verrez, au noir de vos cités,

Avachis sur la place de grève ; sans mal,

Saurez les reconnaître… de ce flou anomal,

Gicleront les cuvées de ces altérités…


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

TERRE POCHEE

TERRE POCHEE

 

Ils ont meurtri ton sein de veuve désolée,

Profané tes jachères de matrone stérile ;

Les hommes ont érigé l’altier mausolée

Du noble pulpitum te rendant fébrile.

 

Tu es_ c’est à n’y rien comprendre, ridée

De part en part, telle catin encloîtrée

De pathogènes affres, dont la lèvre fardée

Déborde des ridules pleinement excentrées.

 

Tes bassins : rivières devenues, ont sanglé

Des flots, d’indiscrètes roulades, damé

De ton sable, les dunes étranglées

De vents encagés de sphères arrimées

 

Au point de l’exosphère ; y culbutent parfois,

Des typhons vrillés à ce méso climat

Aux longes calcaires aspirées du froid

Gélifiant les plaines transies de frimas.

 

Des marcottes, pendouille en hiver,

Le lierre dont la sève confisque, sans mal,

La foliation des pousses, son contrevair

Irradié… aux soufflées hiémales.

 

J'épie des forêts sans arbres, ni ronces,

Tubules de bambou tropical… au cœur

De promesses tronquées ; s'y enfonce

La canopée voilée de sons moqueurs,

 

La faune sans gîte ; souvent, l’homme

Écale des semis appauvris, le breuil…

Y rampent les larves qui, de la gomme,

Aspirent le suintement des feuilles.

 

Tu te laisses séduire d’âmes pécheresses,

Puis, brider de prétentieux cloneurs

Amourachés, au for de la détresse,

De l’étrange science d’empoisonneurs.

 

En l’ondule des prés du métayer,

Tu assèches mes larmes lysergides

Traversées de sanglots enrayés…

Tance donc l’impétrant imbu de subsides !

 

En ma maigre besace, ce mince réticule,

Ai, du poreux souffle grisant l’esthète,

Rogatons chus du fin opercule

Embué de rosée, au matin faisant fête

 

Au ciel où nage le majestueux phénix …

L’azur vient modeler de sa dive prestance,

Précieux fuselage… des légendes de Nyx,

Se su défaire, confiant de sa vaillance…

 

Dieu a donné à cet aigle de feu, pour

La désenchantée, yeux de circaète,

Volontaires plumes… il connaît du tambour,

Le son bref de l’invite, connaît la baguette

 

Qu’effleure la peau de caisse… terre lasse,

Te dois-je bercer de rêveries nocturnes ?

J’eusse aimé, nuits bleues, faire place

Aux furtifs geignements diurnes 

 

De quérimonies, étoiler le psaume de cris

Éventrant silence du circonstancié,

S'il prend forme… placé en mes écrits,

Le tangage du cercle, ici-bas, émacié

 

De la plèbe parfois, fomentée de mépris

Attisés de cerbères que l’agnostique prie.

*

Terre de souvenirs, Cosmos de ma liesse,

Tu verras de Dieu, Ton Créateur béni,

Pousser en L’Eden, L’Arbre de tendresse ;

Les croyants marcheront tous unis

Aux Sources de L’Amour Rédempteur ;

Jamais ne fouleront ton sol, ces contempteurs

Dont Satan piège l’existence… seront bannis,

Ces gras suppôts écorchés de déni ! …

***

Terre de mes ancêtres, je t’offre mes mots d’auteur.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

mercredi 4 octobre 2023

NOSTALGIQUES EBAUCHES

NOSTALGIQUES EBAUCHES

 

Je feuillette le livre de nos aventures ;

J’y glisse l’ex-libris encarté aux rêves,

L’ambition de nos fatales trêves :

Péremptoire optation, qu’emmure

 

Le jaseran dont se targue la rogue ;

Empruntions jadis, pour taire

L’absconse retenue, l'ardent cautère

Embrasant tous les satyres gogues.

 

J’écale des fièvres, subtile pochée,

Pour extraire la délicate sève

Conglobée de perles, et qu’achève

Sa mue, lentement ébauchée.

 

Sombrent au jour blême, les drageons

De folles complies, d’ascétiques tierces

Enrubannées de crêtes ; elles bercent

Les vents en l’éclos du bourgeon…

 

D'inhabiles mains, écrivions romance,

Élégiaques couplets d’engagements ;

Sait-on pourquoi l’adolescence ment,

Talée de souvenirs évidés de muance ?

 

Ai bu de tes rires, l’influx désordonné :

Anodine coulée de jouvence ;

Tes mots aiguisés d’impudence,

En calmaient des larmes boutonnées,

 

Les longs flots déviés de palpébrales

Emplis de rêveries... flottantes images

Dont le cœur alimente mirages

À la cavée d’ivresses cérébrales.  

 

De ces fossilifères, je garde malgré moi,

Traces d’un espace irradié d’extase,

D'anamorphes frettes, en l’abrase  

De réminiscences : persistants émois.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023