« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition » Voltaire
LE PRÉTENTIEUX
VOLTAIRE, ARROGANT RHÉTEUR
1694/1778
François-Marie Arouet, pugnace,
Styliste de métaphrase, logographe
Vouant à l'elliptique, en doxographe,
Perceptible amour, ô combien tenace
Aux siennes assertions ! Orateur
Dont on supplante harangue,
A-t-on des pensées exsangues,
Le droit d'en être contradicteur ?
Philosophe, anglomane, tu naquis
A Paris le 21 novembre 1694 ; en toi,
Le tumulte des mots rend matois,
Le raisonneur aux joutes de marquis,
Puis, les lymphes de bombance
Dont ta plume admoneste le pérore
De ta verte faconde aux aurores,
Les rigaudons, ces pitres d'allégeance.
Anticlérical, déiste plein de verve,
D'arbitraire ; éloquent, mais pédant ;
De Lally, au sieur de la Barre, ardent
D'indéfendables causes... sans réserve,
Tu presses du succès, le chaud nanan,
A contre-pied de cet aplomb dont,
Très cher, tu sembles faire don....
Ceint de l'art vexatoire, aliénant.
Tu rêves de monarchie libérale,
En accentues des règles la pointe ;
Apte ici, à renier les Écritures ointes
Du Divin Créateur, sans les lois augurales.
Tes lettres philosophiques, cependant
Avivent mon inextinguible pépie…
Ta riche plume me tance sans répit,
Du triumvirat des kaisers fardant
De vice la plèbe, quand elle larmoie ;
L'irrévérencieux, ce fat, cet inculte
Au tropisme de béatitude insulte,
Puis, en parachève de l'extase, l’émoi.
Tu courtises avec tact les monarques,
Sans mal, conchies du mufle la haine,
L'aigreur... aux festins des silènes
Lesté d'infatuation… ils, t'emparquent
En cénobite, en froid anachorète
Comme blessé du vieil assermenté
Du Tariqa, quand la concussion tait
Du dispendieux l’asile par trop replète.
T’embastille, le pouvoir en place ;
Tu sembles, en cette inélégance,
Roturier, populacier sans ganse,
Ni éperons, dois-je dire sans classe (!?)
Emilie de Châtelet, ton amante lucide,
Voile encor tes mots doux de l’ambiguë
Vacance... ce fictif ; as-tu de la ciguë
Espérer bienfaisance, sans subside ?...
Vos liaisons renflouent du tombeau,
Chaque dalle… La Prusse est un désert
Sans péons… l'homme, de la misère,
Jamais n’obvie ; tout est propre, beau ;
Fusent parfois, possibles victoires ;
Parle-moi de Rousseau, des Crébillon,
Ces talentueux émules ! car, haillons,
Ou guenilles, sans rites ostentatoires,
Lient fort peu de l’élan, tout le vide
Emprunté malgré soi au terne béotien
Molesté un peu plus d'académiciens
Dont seules, les notes débrident
Du dithyrambe, le vrai panégyrique !
Peux-tu, très cher, devant les folles vierges,
Et sans mal, souffler un à un, les cierges
De ces religions et par trop chimériques ?
1753, Berlin te récuse.... Frédéric II
T'y éjecte ; déçu, tu regagnes Ferney,
Noué d'un caraco... te voilà aluné
Hors des orbes, abattu, cafardeux.
La Révolution t'ouvre, ô bonheur !
L'altier Panthéon… d'aucuns diront :
Quel homme ! les autres crieront
De te voir adoubé... quelle horreur !!!
Sera-ce alors en ces vaines pompes,
Que, Voltaire, toi, l'écrivain de France,
S'ouvriront pupilles ? L'outrance
Faite au roi, en ces nuits d'estompe,
N'emmure jamais, du philosophe,
La démesure… tu aimais les plaisirs
De la table mondée, oubliant d'en gésir
Aux empyrées... Le Ciel t'apostrophe,
Car, de ce sybaritisme, les conquises
S'ébattent nues, car l'odalisque espère
L'eau de la parénèse, en priant le Père
D'ôter de tes blandices, la folle entremise.
Te faudra confesser, insatiable noceur_
Des frondes, la faiblesse en la chair ;
De coupe pleine, derrière l'archère,
Le remords, tous les regrets perceurs !
Ton œuvre m'affole… m'y veux
Sans regimber céans, soumettre ;
Vrai ! ne serai jamais maître
Des contradictions ! L'influx verveux
D'écrivaillons diserts, n'a sur moi,
Nulle emprise… fièrement, je l'avoue !
Le tubule trop sage est _ sans vous,
Censeurs dont les mots atermoient,
Un mince réticule ; s'y affairent des notes
Semblables aux palimpsestes gris
De scribes lourds, de plumitifs aigris...
Aux libelles de Dante… j'empote
Du savoir, l’empyreume pensée ;
Pourquoi dois-je encor acquiescer,
Accorder indulgence aux resucées
Du décadent me voulant là, tancer !?
Tu contestes Voltaire, ton affiliation,
Peux-tu invectiver la mort, ou d'Œdipe,
De Rohan-Chabot, les principes ?
De Conti vainquit-il ta position
De bâtonné humilié, quand la Bastille
Écornait ta superbe, t'offrant sa geôle ?
Fais-montre de réserve ! vois, tu t'affoles !…
La condescendance encloue tes quilles.
Mai 1778, en l'hôtel de ton fidèle ami,
Le marquis de Villette, la mort t’agressa,
T absorba, t'aspira, t'oppressa...
Elle t'ouvrit le tombeau… endormi
Aux ruines d'un lourd passé, d'un temps
Désaccordé des premiers frimas,
Encloîtré d'orchidées, tu y semas
Les pesants râles, d'un ultime printemps.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

