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dimanche 4 juillet 2021

LE PRÉTENTIEUX


« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition » Voltaire

 

LE PRÉTENTIEUX

 

VOLTAIRE, ARROGANT RHÉTEUR

1694/1778

 

François-Marie Arouet, pugnace,

Styliste de métaphrase, logographe

Vouant à l'elliptique, en doxographe,

Perceptible amour, ô combien tenace

 

Aux siennes assertions ! Orateur

Dont on supplante harangue,

A-t-on des pensées exsangues,

Le droit d'en être contradicteur ?

 

Philosophe, anglomane, tu naquis

A Paris le 21 novembre 1694 ; en toi,

Le tumulte des mots rend matois,

Le raisonneur aux joutes de marquis,

 

Puis, les lymphes de bombance

Dont ta plume admoneste le pérore

De ta verte faconde aux aurores,

Les rigaudons, ces pitres d'allégeance.

 

Anticlérical, déiste plein de verve,

D'arbitraire ; éloquent, mais pédant ;

De Lally, au sieur de la Barre, ardent

D'indéfendables causes... sans réserve,

 

Tu presses du succès, le chaud nanan,

A contre-pied de  cet aplomb dont,

Très cher, tu sembles faire don....

Ceint de l'art vexatoire, aliénant.

 

Tu rêves de monarchie libérale,

En accentues des règles la pointe ;

Apte ici, à renier les Écritures ointes

Du Divin Créateur, sans les lois augurales.

 

Tes lettres philosophiques, cependant

Avivent mon inextinguible pépie…

Ta riche plume me tance sans répit,

Du triumvirat des kaisers fardant

 

De vice la plèbe, quand elle larmoie ;

L'irrévérencieux, ce fat, cet inculte

Au tropisme de béatitude insulte,

Puis, en parachève de l'extase, l’émoi.

 

Tu courtises avec tact les monarques,

Sans mal, conchies du mufle la haine,

L'aigreur... aux festins des silènes

Lesté d'infatuation… ils, t'emparquent

 

En cénobite, en froid anachorète

Comme blessé du vieil assermenté

Du Tariqa, quand la concussion tait

Du dispendieux l’asile par trop replète.

 

T’embastille, le pouvoir en place ;

Tu sembles, en cette inélégance,

Roturier, populacier sans ganse,

Ni éperons, dois-je dire sans classe (!?)

 

Emilie de Châtelet, ton amante lucide,

Voile encor tes mots doux de l’ambiguë

Vacance... ce fictif ; as-tu de la ciguë

Espérer bienfaisance, sans subside ?...

 

Vos liaisons renflouent du tombeau,

Chaque dalle… La Prusse est un désert

Sans péons… l'homme, de la misère,

Jamais n’obvie ; tout est propre, beau ;

 

Fusent parfois, possibles victoires ;

Parle-moi de Rousseau, des Crébillon,

Ces talentueux émules ! car, haillons,

Ou guenilles, sans rites ostentatoires,

 

Lient fort peu de l’élan, tout le vide

Emprunté malgré soi au terne béotien

Molesté un peu plus d'académiciens

Dont seules, les notes débrident

 

Du dithyrambe, le vrai panégyrique !

Peux-tu, très cher, devant les folles vierges,

Et sans mal, souffler un à un, les cierges

De ces religions et par trop chimériques ?


1753, Berlin te récuse.... Frédéric II

T'y éjecte ; déçu, tu regagnes Ferney,

Noué d'un caraco... te voilà aluné

Hors des orbes, abattu, cafardeux.

 

Mais...


La Révolution t'ouvre, ô bonheur !

L'altier Panthéon… d'aucuns diront :

Quel homme ! les autres crieront

De te voir adoubé... quelle horreur !!!

 

Sera-ce alors en ces vaines pompes,

Que, Voltaire, toi, l'écrivain de France,

S'ouvriront pupilles ? L'outrance

Faite au roi, en ces nuits d'estompe,

 

N'emmure jamais, du philosophe,

La démesure… tu aimais les plaisirs

De la table mondée, oubliant d'en gésir

Aux empyrées... Le Ciel t'apostrophe,

 

Car, de ce sybaritisme, les conquises

S'ébattent nues, car l'odalisque espère

L'eau de la parénèse, en priant le Père

D'ôter de tes blandices, la folle entremise.

 

Te faudra confesser, insatiable noceur_

Des frondes, la faiblesse en la chair ;

De coupe pleine, derrière l'archère,

Le remords, tous les regrets perceurs !

 

Ton œuvre m'affole… m'y veux

Sans regimber céans, soumettre ;

Vrai ! ne serai jamais maître

Des contradictions ! L'influx verveux

 

D'écrivaillons diserts, n'a sur moi,

Nulle emprise… fièrement, je l'avoue !

Le tubule trop sage est _ sans vous,

Censeurs dont les mots atermoient,

 

Un mince réticule ; s'y affairent des notes

Semblables aux palimpsestes gris

De scribes lourds, de plumitifs aigris...

Aux libelles de Dante… j'empote

 

Du savoir, l’empyreume pensée ;

Pourquoi dois-je encor acquiescer,

Accorder indulgence aux resucées

Du décadent me voulant là, tancer !?

 

Tu contestes Voltaire, ton affiliation,

Peux-tu invectiver la mort, ou d'Œdipe,

De Rohan-Chabot, les principes ?

De Conti vainquit-il ta position

 

De bâtonné humilié, quand la Bastille

Écornait ta superbe, t'offrant sa geôle ?

Fais-montre de réserve ! vois, tu t'affoles !…

La condescendance encloue tes quilles.

 *

Mai 1778, en l'hôtel de ton fidèle ami,

Le marquis de Villette, la mort t’agressa,

T absorba, t'aspira, t'oppressa...

Elle t'ouvrit le tombeau… endormi

 

Aux ruines d'un lourd passé, d'un temps

Désaccordé des premiers frimas,

Encloîtré d'orchidées, tu y semas

Les pesants râles, d'un ultime printemps.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

samedi 3 juillet 2021

LA MONTAGNE Jean TENENBAUM (JF)

LA MONTAGNE

Jean TENENBAUM (JF)

 

Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver?

 

Jean TENENBAUM (JF)