OBLIVISCATUR TE IN
CONSPECTU*
Avant de l’oublier
Avant de l’oublier, je reviendrai danser
En ses nuits, pister ses insomnies,
Me griser du nectar de ses vieilles manies
Amputant de l’amante, les teintes nuancées.
Avant de l’oublier, confesserai sans haine,
L’avoir purgée de ses lubies absconses,
Égrené de ses rires, de ses lèvres d’oponces,
La quintessence, l'effluve souveraine.
Apeurée, frustrée, elle a suivi mon ombre,
Dépassé du profil des compromissions,
La suggestive aura de l'inhibition
Qu'illustre son côté sombre.
Avant de l’oublier, enivré de fragrances,
J’amoindrirai des peines ponctuelles,
Le spumeux ressac des influx rebelles
Sur la plage du corps piégé de sénescence.
Avant de l’oublier, j’éteindrai de ses joies,
L’euphorie passagère dont l’inutile humeur
Meurtrie du raisonnable, la puante tumeur
Gangrenée _quand la pensée rougeoie _
Du voile putrescible du derme subéreux
Agonisant sans fard... déliquescence blessant
Du passé émietté du verbe obsolescent
L'emprunt d’orateurs au langage poreux.
Avant de l’oublier, de renier l’évidence
Drapée de démesure, toute l’immodestie,
Dénuderai _ cela, sans contredit ! _
L’entrelacs du déni dupant la conscience.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019

