BAGATELLE
Refleurit Bagatelle, ses jardins et ses prés,
Ses allées où renaît la rose trémière ;
J’aperçois, en m’avançant plus près,
Les chenilles hardies en l’aube première.
Il me plait de me perdre en ce lieu
Apaisé de fragrances nouvelles, enclos printanier
Bercé de rêves bleus à l'orée des yeux _
Jouissives harmonies du temps saisonnier.
Les amoureux s’y laissent approcher,
Emmurent du regard, les multiples bosquets
Abritant l’indiscret dont le cœur écorché
Piste les séducteurs... puis leur offre bouquet.
J’aime de Bagatelle, les fontaines cuivrées ;
S'y viennent abreuver les brises de l’avril,
Quelquefois, hélas ! les noceurs enivrés,
Plus souvent les amantes fébriles.
Les jours repus de nuits impures
Pénètrent l’ombre du chêne pédonculé
Aux bordures crantées... les rayons les ceinturent
De l'immense bétoire au pourtour éculé.
Bagatelle m’enveloppe de cris, de pépiements
D'oiseaux voletant sous la nue,
Y déploient rémiges avec pour armement,
D’imperméables plumes sous un duvet menu
Ils nagent en l’air où s’étirent des formes
Projetées des grands bois, des profils
Éveillés dés matin, à dix lieues du bel orme
Jailli de vertes plaines ; les brumes y défilent.
Bagatelle, ma douce, toi, mon jardin secret,
Laisse-moi respirer ton arôme au courtil ocré !
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019
