pinterest

jeudi 22 décembre 2022

AUTRE FROID

AUTRE FROID

 

Tombent les premières neiges des cimes,

Les premiers flocons duvetés de frimas ;

Aux vents des galiotes, au faîte de leur mât,

Décembre se vient perler de bises maritimes.

 

L’hiver est à nos portes, ivre de solitude ;

Il marche sur la peau d’irascibles crachins

Déportés de l’atoll aux effluves fraîchins,

Déviés du motu sous d’autres latitudes.

 

Il porte en ses bagages de nouvelles congères

Pour amadouer la nuit, au courtil blessé,

Les fragiles boutures subtilement tressées

Au bel espalier voilant l’alevinière.

 

L’hiver a fait confesse de pénibles épreuves ;

Lui qui, du toit chaumé su dompter des saisons,

Avant de disparaître du seuil de nos maisons,

Aux infimes coulées que les ides promeuvent.

 

Au clair de mes poèmes, je le veux souverain,

Prêt à dresser sur le lac engourdi, au matin,

Stances de Lamartine aux atours cadratins,

Strophes bleues de Malherbes estimées du Borain.

 

J’effeuille de sa hardiesse, sans m’en faire jamais,

Les perceptibles crues… au son de ses sanglots,

J’entoile de douceur, quand passe le tringlot,

Les pas désenchantés que l’aube essaimait.

 

Aguichante parfois, sa toilette moirée égrenée

De flocons semblables aux nobles bruines

Apaise mon regard floué sous pâles ruines

De ces ires propices à nos songes mort-nés.

 

Hiver de mes dérives, mes désenchantements,

Toi qui des féeries rehausses la splendeur

Projetée au revers de nos folles ardeurs,

Viens tancer ma réserve de rétif amant

 

Pris au filin de nuits dentelées d’amertume,

Au soir où l’hétaïre s’attife de breloques !

N’ai pas_ loin s’en faut_   faut-il que je l’évoque !?

La pudeur du triste clérical encloué au bitume.

 

Je vais ou bon me semble ; l’hiver me fait invite

A sa table mondée de fines particules… j’accède

Au palier de ses froides striures, en aède

Surpris de la beauté des floches sous guérite.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022