(AUX RUINES DU PASSE)
Je connais de la ville les moindres interstices,
les ruelles pavées, les trop longs boulevards, les tristes avenues et le sang
des trottoirs : celui que perdent la nuit, les marlous et les chiens
fuyant l’aube à venir, pour ne se point soumettre aux lois de la maréchaussée
avide d’en découdre avec ces marginaux émargeant de nuits blanches, d’éthyliques
comas… ou simplement de fastueux lupanars où s’offrent sans retenue, les
bourgeoises coincées, les fragiles minaudes dont Paris auréole l’ignominieux
commerce(…)
Paris est un chenal que traversent les vents et d’épaisses
bourrasques muées en maëlstroms sur la peau de la Seine, entre les ponts ;
ils grincent sous le poids de trotteuses fardées, de fringants pédérastes
ajustés au corset d’illusoires offrandes, grimés sous la barlongue d’un
éphémère théâtre,
La coulisse d’un opéra en ruine ; y glissent
des cariatides purgées du raisonnable (…)
Paris cette gâtine, est une moite jachère dont les semis enserrent entre les frêles stries les pas désaccordés de crédules péons, de pontifiants sectaires noués au point du jour, quand résonne l’écho du vice, et (ou) quand tintinnabulent les cloches du destin vidé de sa superbe…
Je connais les artères germanopratines, les murets de Gavroche : fragiles barricades, sanglades palissades ; s’y écaillent encor la sueur de braves révolutionnaires…
Sur les Champs-Elysées, et jusqu’au point de l’aciculaire obélisque Concorde, les touristes dévêtent la capitale avant de l’entoiler d’ouateuses fumées prises aux estaminets à l’écœurant pétun… au rets de l’objectif, s’étranglent des clichés faciles, de ridicules poses pixellisant l’étrange, cosmétiquant du flou le trompeur photomètre…
Quand Paris, en doux conciliabules, défenestre mes joies, vient m’inoculer le venin de sa rage, heureuse, fière en sournoise catin, elle me fait reproche de nos brèves étreintes, nos vagues promesses, tous nos gages menteurs ; alors, au silence fané de mes topiques fuites, j’encloue de métaphores mes peines ulcérées, puis… au faîte d’un temps mort, imagine un chemin perçant d’outre-lieu, un cahoteux sentier où se meurent les songes juste éclos.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022
