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samedi 11 janvier 2020

AER PILO TUNSUM*



                          AER PILO TUNSUM*
                    Aériens flocons


Neige sur vendredi, en nos hivers précoces,
A l'heure où marchands, anonymes ripeurs,
Sous d'épaisses pelisses,  évincent la torpeur,
S'activent sur la place, prêts à tenir négoce.

Il neige sur l'échalier, à l'orée d'un grand bois ;
Les daines quittent refuge, les orvets en fuite,
Abandonnent l'enclave leur servant de guérite ;
Demeurent, le minotier, l'agrarien aux abois.

De ces placides chues, ces hivernales pointes,
S'éloignent vers de lointains blizzards,
D'ultimes humeurs ; d'aucuns_ est-ce bizarre ?
Les engobent de nos bruines disjointes.

Neige des grèges coulées, de souverains sanglots,
Sur la plaine endormie, au faîte de l'arbre vert ;
Mon regard étoile ces hiémaux revers,
En gélifie les frimas spoliés de grelots.

Au clair de ces chemins déliés de verdure,
Ces routes étrécies_ inutiles sentes, je vois
S'esbaudir la riche poudreuse sur la voie,
La joyeuse faune dont les vents font parure.


En de secrètes rondes, les bruyantes bécasses
Font festin de fruits éclatés, mortes graminées ;
En sarabande, frôlant les cheminées,
Le fuligule milouin, le tarin des aulnes, qu'effacent

D'ouateuses brumes: vaporeuse nébulosité…
Le temps balaie des ombres, la ligne
Retenue aux filins de l'éther... le cygne
S'en éloigne, puis… en l'aube feutrée, des cités

Accapare des berges poudrées, le pourtour ;
Son ami, le col vert, en des ballets d'invite,
L'entraîne sur les flots ; quoique complices, s'évitent
Au soir où naissent des brises, sans détours,

D'inflexibles remous ; l'écluse tait du tumulte,
Les lourdaudes péniches emplies à ras-bord,
De vins, de victuailles, conglobés à tribord,
Chavirés à bâbord… quand on les catapulte.


Heureux, en ma léthargie, j'agrémente de songes,
Les nocturnes escales ; ai, pour me dérider,
Donné ton au silence _ et pour l'en débrider,
Dénoué des saisons, la glaireuse axonge.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020