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vendredi 25 octobre 2019

PAPULARUM, LUCENTIS MACULAE VULNERIBUS*


                                                            

                                    PAPULARUM, LUCENTIS 
                              MACULAE VULNERIBUS*
Vésicatoires plaies

Il se fait tard, et déjà, s'écrase sur le mur,
Mon ombre dépecée par les rais d'un soleil
Éclaté en des vapeurs viciées de l'armure
Que je traîne jusque dans mon sommeil.

Il fait nuit, les heures se confondent
A l'horloge des songes peuplés de chimères
Écalées de corrodantes plaies dont j'émonde
L'élastine purgée de purulentes glaires.

Il y a, en ces secondes de quérimonie,
Cerces violacées sous ma peau nue,
Empreintes dont je veux faire déni
Pour ne me point trahir… en ces déconvenues.

Je vois se rabougrir ma superbe d'antan,
S'affaisser de mon double, le panache d'hier…
En ma voix étranglée, le souffle inconsistant
Embrume les vocales des glandes faîtières.

Je viens d'avoir… cent ans, s'éveille ma mémoire :
Les séculaires traces de la faucheuse guerre,
Les femelles rasées, pour avoir dans le noir,
Osé du troisième Reich, emprunter naguère,

En des rires affectés, la cambrure aryenne…
Je revois les mafflus mastiquer en grimaces,
Les fades friandises de l'Amérique pleine
D'orgueil manifeste, narguant la contumace.

Fréhel chante à Paris… André claveau s'agite
Sur le vieux pulpitum d'un théâtre de gloire
Où la môme Piaf rêve d'un tableau de Magritte
Accroché à la loge de son triste manoir…

Les frères Lumière promettent à la foule ébahie,
Un cinéma d'auteur, une œuvre gigantesque…
Prévert serait à même, quand l'audace éblouie,
D'en piéger les accords, la carrure dantesque.

Les premières soubrettes enfourcheraient
D'anonymes montures… de Pigalle, à l'Etoile,
Joueraient les putains de cour… coucheraient
Sur le ventre des mâles que la rumeur entoile.

Sur la couche baignée de sueur et de sang,
Dans l'infecte agonie de ma désespérance,
Je regarde danser des souvenirs blessants,
De tatillonnes gouaches à l'écaille trop rance.

Cent ans… que de mystères enfouis sous la sépia,
De clichés d'offertoire, d'estampes défraîchies ;
Je n'avais de ces minutes glauques, que l'opiat
Soulageant l'éphèbe pour le moins avachi

Au pied d'une candace boursouflée, étrangère
Captive, des rustres maritornes, ironiques,
Prêtes à dévierger le béjaune des taulières,
Crispé sous le corset des salaudes cyniques.   

Mendès-France cacardait à outrance, on le sait,
Au quartier latin, le président Lebrun_ dit-on
Avait tourné la page de l'immodeste succès,
De Gaulle rêvait d'empire… dites,_ mûrit-on

En ces enfièvrements bagués du profane ?
Voit-on, du panthéon des plaintives âmes,
Monter d'autres vapeurs, d'autres flux insanes
Dont les monarques civilisent la trame ?

Ma pelle, mon cerceau, quand Pétain sermonnait,
Dupaient de ma gourme illusoire, l'emphase…
Maréchal, vieux crevard hitlérien, tu t'époumonais
Pour rien ; l'histoire te rattrape ; faut de la saponase,

Pour épurer ton  vieux cœur mité…vois sur le marbre
De ton mausolée d'indélébiles restes 
De ta molle dépouille... là, ne pousse aucun arbre,
Puisque de ton tanin, s'est éventé le zeste !

Que se passe-t-il céans… je crois que je traîne,
Éventré d'amertume… oh ! Vous m'en direz tant !
Avoir cent ans… quelle affaire !!! Sera-ce la mienne ?
Rien de grave ! J'ai dormi hors des strates du temps.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019