MEA DESERTUM*
Mon désert
J’aime le désert où sombrent mes désirs,
Je m'enfonce sans crainte dans le sable
Des dunes où serpentent des moulures friables
Aspirées de l'engobe y venant gésir.
L’oasis au matin, fuse de ma torpeur,
S'y lentement tarit… la mort a évasé
Du cylindre des jours prestement délacés
L’aperture roidie émoustillant mes peurs.
J'avance au soir, sans amertume, ni haine,
Sous la phonie de tapageurs manèges ;
S’y rejoignent parfois sur l'immense plaine,
D’équivoques profils ; le simoun les malmène ;
Ils pleurent sous coupole d'un évêché sans âme,
Refoulent allègrement, des sermons moniaux,
Le pompeux syncrétisme de cérémoniaux
Devant lesquels l’autochtone se pâme.
Mon désert est le lit d'amoureuses brisées
Se laissant vaincre en l’aube ouatée
De vains désirs rythmés de rouge cruauté
De chiennes enjôlées de sonores baisers.
Je veux de leurs rêves cendreux, cueillir
Le suggestif en leurs songes ridés, égrapper
La pleine convenance, pour elles, draper
De l’illusoire satin, l'offense, sans faillir,
Galber avec doigté la hanche de porphyre
Redessiner des courbes, la mutation,
Torsader la turgide ovulation
Encellulée du germe, sans l’auto-suffire.
Du désert de l'angoisse, émanent au soir,
Des paysages que creuse l'insomnie ;
Ils naviguent encor aux flots noirs du déni,
Dressant du désaveu, l'altier encensoir.
J'agrémente mes nuits, du musc de l’enfance
Retrouvée au trottoir de quiètes venelles ;
Semblent s'y encor mouvoir les marelles,
Les folles bergerades de l'adolescence.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019



